‹ Mémoires de GaratChapitre 38 sur 213 · CHAPITRE TROISIÈME. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. M

trëe une fois avec toutes ses fureur^; elle ne peut plus revenir à l'équité, parce qu'elle a perdu tous les moyens de voir la vérité. Elle marche audacieusement et en paix avec sa conscience dans les voies de l'iniquité et de l'homicide; elle est livrée aux spectres, et c'est pour cela qu'elle devient une furie. Comme elle ne voit plus ni les choses sous leur véritable forme, ni les hommes sous leurs véritables traits, plus l'innocence, qu'elle poursuit, prendra d'éclat, et plus ses y eux seront blessés ; les tortures qu'elle vaudrait faire souffrir, elle les éprouve , et elle les prend pour les preuves des crimes qu'elle forge et qu'elle impute : elle a beau voir que chaque attaque est pour elle une confusion, elle attaquera encore, sans prévoir qu'elle va être écrasée d'une confusion plus ignominieuse.

Je l'entends me dire : Pourquoi vous contente)' de i)eindre ces journées sous des couleurs propres à les rendre odieuses? Votre devoir nétait pas de les peindre, mais de les apprécier: pourquoi nave':<-vous pas énoncé et prononcé formellement votre opinion ?

Je pourrais répondre: Le tableau d'un crime, tracé avec assez d'énergie pour le faire abhorrer de tous ceux qui n'en ont pas été les complices,

m MÉMOIRES DE GARAT.

est le plus terrible jugement qu'on puisse prononcer contre le crime et contre les criminels ; un jugement énoncé par une proposition peut partir d'une âme que le crime laisse sans indignation et sans émotion ; un jugement énoncé par des peintures qui remettent toutes les circonstances et toute l'horreur du crime sous les yeux ne peut avoir' été porté que par une âme émue, agitée, tourmentée encore par les souvenirs de ce qu'elle flétrit et condamne.

Je pourrais répondre: Tout mon discours est plein des appréciations les plus positives, des déclarations les plus formelles et les plus réitérées du jugement que vous paraissez regretter de n'avoir pas entendu sortir de ma bouche en termes froids et tranquilles ; prêt à retracer ces événements , j'ai exprimé toute la violence que je devais faire à la sensibilité de mon âme pour raconter ce que des hommes atroces avaient pu exécuter; je n'en ai parlé qu'en les qualifiant d'événements affreux, de grands forfaits.

Mais voici une autre réponse.

Par les premiers mots que j'en ai dits, j'ai énoncé, j'ai prononcé, et de la manière la plus solennelle, et mon jugement personnel sur les

Page 1