‹ Mémoires de GaratChapitre 39 sur 213 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

2 et 3 septembre, et le jugement qu'en porteront tous les peuples et tous les siècles; ces premiers mots que j'en ai dits, les voici : <( Le (( cri de l'humanité indignée et gémissante a (( sans doute déjà prononcé, sur les événements u des 2 et 3 septembre^ le jugement qui sera a répété par toutes les nations et par tous les (( siècles. )) Oui, dans ce discours, où l'on prétend que j'ai fait l'apologie des 2 et 3 septembre, ces paroles sont les premières que je prononçai sur ces journées. Oui, je le jure, j'ai le texte sous les yeux, et j'ai copié fidèlement ces paroles du texte même du discours.

Quels résultats effrayants présentent les tristes et douloureuses discussions dans lesquelles on m'a forcé d'entrer !

J'ai voulu rejeter sur les tempêtes de l'insurrection qui bouleversent tout un instant, des événements horribles que tous les despotes et tous les oppresseurs de la terre attribuaient à la liberté et à une nation magnanime exposée depuis cinq ans aux regards et à l'imitation du monde ; et on a prétendu qu'en faisant sortir ces forfaits inouïs du délire et du désordre d'une insurrection trop prolongée, j'avais voulu les faire adopter par cette nation et les compter

U MÉMOIRES DK G\R\T.

parmi les actions glorieuses ou nécessaires de la révolution !

Un peuple chez lequel tout était encore incertain et menaçant , où les mouvements révolutionnaires, au lieu d'aller expirer doucement dans une activité réglée et féconde, faisaient naître incessamment des mouvements plus impétueux et plus destructeurs, j'ai voulu l'avertir des dangers extrêmes des insurrections; j'ai voulu lui dire, et sans aucun détour, qu'il s'en faut bien que dans une insurrection tout soit sacré comme sa fin, que les plus grands attentats naissent facilement de toute part dans cette suspension des lois ordinaires; et on a publié que j'avais posé comme un dogme révolutionnaire, que les atrocités commises durant une insurrection sont aussi saintes que la fin que l'insurrection se propose !

A l'occasion d'hommes présumés coupables, mais déjà châtiés par un spectacle et par des dangers plus affreux que les supplices, j'ai offert un plan de déportation qui tendait à faire supprimer la peine de mort, au moment où les partis qui se formaient dans la république allaient jeter les yeux sur la hache des lois comme sur l'instrument de leurs victoires et de

Page 1