VIII NOTICE SUR LA VIE DE GARAT
a bien que de bonnes lois peuvent faire. Avec quelle sùa reté, quel éclat, quelle grandeur, ces législateurs de Tance tiquité ont rempli leur objet I Rome a institué ses lois « pour la puissance ou par les conquêtes , et Rome a concc quis l'univers. Instituons des lois pour la sagesse et pour ce le bonheur, et ne doutons point qu'on ne voie sur la v.< terre des hommes sages et heureux. De belles législau tiens ne seront peut-être que les derniers ouvrages de a l'esprit humain arri\é à sa perfection. Alors tout sera c achevé : Thomme n'aura plus qu'à jouir de la vie , et la « société, comme la nature, exécutera d'elle-même les lois ce qu'elle aura une fois reçues. «
VÉloge de Montausier, couronné également par l'Académie française , ne donnait pas matière à des digressions politiques et religieuses. La vie de ce personnage, qui, en somme, ne fut qu'un courtisan plus austère en apparence qu'en réalité , n'était pas de nature à soutenir longtemps l'orateur. L'époque où il avait vécu d'ailleurs était trop près de Garât pour qu'il se permît et que l'Académie lui permît un jugement libre et impartial. Aussi, à part les mouvements oratoires imposés par le sujet contre les cours et les courtisans, qui, depuis La Bruyère et Massillon, étaient passés à l'état de lieux communs et de satires inoffensives , le discours de Garât rentre tout à fait dans le genre académique. 11 loue et flatte beaucoup et critique peu. Toutefois, en plus d'un endroit , le fond des opinions philosophiques se laisse entrevoir. 11 juge bien Richelieu , qui contribua à la gloire de la France « en attaquant sa liberté ». Sur Louis XIV lui-même, qu'il était difficile d'apprécier alors sévèrement, surtout à l'Académie , il émet , avec ménagement, il est vrai, et en ayant recours à la prosopopée, un jugement qui, pour le temps, approchait de la témérité : « Parais , monarque magnanime , toi quoîi ac-
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« cuse d'avoir tout fait pour ta gloire et rie7i pour le bonce heur de ta nation ! Toi qui naspu sauver ta mémoire du « reproche d avoir pensé que ton peuple devail s'immoler « à tes goûts, et que tu ne devais pas te sacrifier à sesbe- « soins. » Enfin Garât, en terminant, s élève contre la mollesse des mœurs et Taffaiblissement des caractères, dus au despotisme du grand siècle. « Les arts et le génie ne peu- « vent sauver de sa décadence une nation oii les caractères ce s'affaiblissent; et que de peuples on voit dans l'histoire « retombant dans la barbarie des mœurs , éclairés encore ce de toutes leurs lumières ! Nous ne voulons plus que des ce qualités aimables ; mais n'oublions pas que les vertus u douces sont les dernières qui paraissent dans les socié- (t tés, et qu'elles touchent à l'époque de la corruption et de a la honte des peuples, v
Garât prenait goût aux couronnes académiques : en 1784, il était pour la troisième fois couronné à propos de son Eloge de Fontenelle. Mécontent de la manière dont Laharpe avait lu l'éloge de Montausier, il voulut cette fois lire lui-même son discours. C'était une nouveauté; on s'en moqua quelque peu, Grimm et Laharpe particulièrement : Laharpe avec amertume, Grimm avec bienveillance et esprit. Quant à l'éloge en lui-même , les deux critiques ne s'accordèrent point : Laharpe n'y voit qu'une suite de lieux communs, de digressions, de hors-d'œuvre et de déclamations; Grimm, tout en le jugeant sans indulgence, fit ressortir tout ce qui avait pu justifier le choix de l'Académie. 11 y reconnaît un esprit ingénieux , souvent profond , habitué à manier les idées abstraites, et sachant peindre avec finesse et énergie. Il s'arrête particulièrement sur le morceau où Garât, après avoir établi que l'esprit humain , qui excellait chez les anciens dans les arts , semble exceller chez les modernes dans les sciences, fait un tableau en