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réalité très -beau , quoique un peu académique, du monde régénéré par les sciences. C'est sans doute ce tableau qui enthousiasma Buffon au point qu'au sortir de la séance, il embrassa Garât en s écriant : « Voilà un écrivain ! »
Nous sommes plus près de Grimm que de Laharpe , et nous pensons qu'en résumé Garât a fort bien jugé Fontonelle. Tout d'abord il montre qu'il comprend bien le personnage, quand, dès le début de son discours , il se demande : « Qu'est-ce que Fontenelle? Est-ce un bel esprit? Est-ce un homme de talent ? Est-ce un homme de génie ?» Garât commence, avant de se répondre, par faire une distinction entre les sciences qui viennent de l'entendement et les arts qui viennent des passions; et, examinant ensuite les œuvres littéraires de Fontenelle au point de vue des passions, il nous fait voir que, sous ce rapport, il est plus souvent bel esprit qu'homme de talent. A propos de ses opéras, il le sacrifie à Quinault, dont il fait un éloge qui est la satire indirecte de Fontenelle. A propos de ses pastorales , il invoque Théocrite et Virgile , et l'accuse de ne savoir peindre ni la nature ni l'amour, A propos enfin de ses Dialogues des Morts, il le comparée Lucien, pour trouver tout l'avantage à celui-ci. « Dans ses Dialogues des a Morts , il se place pour ainsi dire au milieu de tous les « siècles et ne trace aucun tableau historique. Il perd cette « occasion de mettre toutes les vérités recueillies par l'exfc périence du genre humain , au milieu même du specta- « cledes événements qui en ont été la source. Tant de pères sonnages ont perdu presque tous les souvenirs de leur ce vie ; les lieux et les âges où ils ont vécu sont presque efa faces de leur mémoire; jamais leurs entretiens ne reçoicc vent ni l'empreinte ni la couleur de leur siècle; tant do « caractères si divers ont la même couleur, ou plutôt n'en « ont aucune, et ces prétendus dialogues sont des disserta-
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a lions ingénieuses où [les deux interlocuteurs ont toute jours également l'esprit et le style de Fontenelle. »
Plus loin , après avoir analysé avec beaucoup de finesse et tous les ménagements que comporte l'éloge académique la manière de Fontenelle , il résume ainsi son talent littéraire : « Quel mélange incroyable de défauts, de talent, de (c sagacité, d'esprit, d'étendue et de profondeur, et comcc bien ce prodige, unique dans l'histoire de la littérature « ancienne et moderne, paraîtra plus surprenant encore si, « reportant une vue générale sur toutes ses productions « purement littéraires, nous voyons les mêmes qualités et ce les mêmes défauts dominer constamment dans des gen- (' res si divers 1 Partout des desseins conçus sur des idées a nouvelles et ingénieuses , des plans tracés avec une in" « telligence supérieure , et nulle part cette chaleur d'ima- « gination , ces impressions de 1 "âme sans lesquelles on ce n'est appelé ni à la poésie ni à l'éloquence; partout cet et esprit original qui, voyant tout autrement que les au- (i très , est très-propre à étendre la sphère de nos idées ; rt nulle part cet esprit naturel , nécessaire pour saisir et Cl pour rendre les sentiments universels qui so«t surtout c< les objets des beaux-arts ; toujours une analyse froide u des passions à la place de leur vrai langage, l'explication '.( des causes au lieu' de la peinture des effets, et des lu- (c mières quand on attend des émotions ». En dehors donc des sciences auxquelles Fontenelle rendit de | grands services, sa vraie gloire est d'avoir créé ce que Garât appelle l'esprit philosfîphique : ce C'est lui, en effet, c'est cet écriée vain modeste qui a si peu le ton d'un esprit dominateur, ce qui, au milieu du siècle de Louis XIV, tandis que les Rate cine, les Bossuet, les Fénelon, entraînent toutes les imaee ginations par le charme et la puissance de l'éloquence , ce fait déjà prendre un autre mouvement aux esprits , et
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« prépare sans qu'on s'en aperçoive le siècle de la philoc< Sophie, où la raison doit retrouver tous ses droits à Tem- « pire. C'est lorsque Fontenelle a eu écrit , que , pour la c( première fois, tout un siècle a été appelé philosophique. » L'éloge de Fontenelle eut un grand succès dans le public comme à l'Académie ; il plaça Garât au nombre des notoriétés littéraires; on attendit dès lors beaucoup de lui. Mais Garât avait une mobilité d'impressions qui ne lui permettait pas un travail assidu , persévérant, sur un même sujet. Au lieu d'appliquer son talent à une œuvre de longue haleine, il s'adonna au journalisme, et publia fréquemment dans le Mercure de France et \e Journal de Paris des articles de critique philosophique au point de vue de l'école de Condillac. Malgré son penchant à l'impartialité, il s'attira plusieurs inimitiés , entre autres celles de Laharpe et de Hivarol. Par le caractère de son talent et même de son tempérament, Garât était appelé au professorat : sa nature expansive et méridionale devait trouver un stimulant dans les communications réciproques et spontanées que le professorat établit entre l'orateur et l'auditeur. 11 entra comme professeur à l'Athénée, et il fit dans cet établissement , qui jeta, comme on sait, un brillant éclat pendant plusieurs années, un cours d'histoire ancienne qui obtint le plus grand succès. Son cours était animé de cet esprit républicain qui ne paraissait encore qu'un sentiment purement littéraire, qu'un goût de l'imagination, mais qui bientôt allait devenir une passion politique. Rappelons, comme signe des temps que l'établissement où se propageaient de telles doctrines était patronné par des grands seigneurs et même par des princes du sang !
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Les succès de Garât le désignaient à 1 attention de ses concitoyens ; aussi , lors de Télection aux États-Généraux, le bailliage de Labour le députa à TAssemblée, en compagnie de son frère aîné , avocat à Bordeaux , animé comme lui de sentiments libéraux , mais cependant plus près de Meunier que de Mirabeau. Notre Garât siégea à gauche, et par son vote à la tribune, et dans le Journal de Paris, où il rendait compte des séances , il appuya toutes les mesures révolutionnaires. Toutefois, il est à remarquer qu'il ^ ota contre la déclaration des droits de Thomme ; mais , loin d'y voir la trace d'un sentiment contre-révolutionnaire , il faut y voir, au contraire , une preuve que Garât s'efforçait sincèrement de mettre ses opinions politiques en accord avec ses principes philosophiques. Les partisans de la déclaration des droits voulaient lui donner un caractère de vérité absolue; Garât, au nom de la philosophie sensualiste, prétendait que, la vérité étant soumise aux faits et aux sensations nouvelles qui en résultent, ne pouvait être contenue absolument dans la déclaration des droits ; que, si l'Assemblée prenait cette résolution, elle mettrait des bornes à la puissance de la raison , et que sa déclaration , au lieu d'être une œuvre philosophique et progressive, ne serait qu'un catéchisme d'un nouveau genre. Mirabeau, Volney, pensaient comme Garât, et en général tous les constituants de l'école de Condillac, et on ne peut nier qu'au point de vue strictement philosophique ils n'aient raison.