‹ Mémoires de GaratChapitre 42 sur 213 · CHAPITRE TROISIÈME. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. m

mure s'éleva , et je posai les questions et mes principes au milieu d'un bruit confus. Lorsque ensuite, du m.ilieu de ce bruit et de mes paroles qu'il couvrait, on entendit sortir les mots de pitié, de miséricorde , de jubilé politique, ceux qui avaient leurs projets contre les auteurs des massacres crurent que c'était pour ces forfaits que je venais demander une amnistie ou une approbation; et le murmure passa d'un côté de l'assemblée à l'autre , ou plutôt il fut dans les deux côtés. Le commencement de mon discours fut donc trop bien entendu par les uns , et tout le discours beaucoup trop mal par les autres. Mais de ce que quelques membres du côté droit crurent avoir des reproches à me faire , quelques membres du côté gauche en prirent acte pour me donner des éloges : ils accueillirent avec empressement la méprise qui donnait à leurs suffrages sanguinaires la sanction du suffrage d'un ministre de la justice qui ne passait pas pour un barbare^ et qui, dans plusieurs de ses écrits, en couvrant d'ignominie et d'horreur les vains sophismes de l'aristocratie , avait plus d'une fois réclamé les droits imprescriptibles de l'humanité en faveur des aristocrates même.

Il fallait une autre méprise pour les rendre toutes plus difficiles à reconnaître et à réparer; et elle a eu lieu.

De tous les côtés je me suis entendu attribuer cette phrase : <( Les 2 et 3 septembre sont des <( jours sur les événements desquels il faut <( peut-être jeter un voile. >i Cette phrase a été prononcée , en effet , par un ministre , au milieu de la représentation nationale.

Si ces mots étaient sortis de ma bouche, j'aurais eu, sans doute, des motifs trop puissants pour les prononcer, et je ne les désavouerais pas ; les choses sur lesquelles on veut jeter un voile ne sont pas des choses auxquelles on donne son approbation ou ses éloges; il s'en faut bien. L'Assemblée législative a jeté sur la glacière d'Avignon les voiles sacrés d'une loi ; et l'aristocratie en délire a pu dire, seule, que l'Assemblée législative avait consacré la glacière. Hors des tourbillons et des torrents impétueux des passions et des événements qui, après avoir tout englouti d'un côté , menacent de tout engloutir de l'autre, il est facile de poser les questions de morale, comme si on avait toujours à choisir entre le mal et le bien, entre le bien

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