CHAPITRE QUATR1È]\1E
rendre compte de ma conduite, on m'a fourni seulement l'honorable occasion d'exposer quelques titres à l'estime de !a nation, d'ouvrir tout entière une àme dans laquelle le silence cachait quelques biens et quelques vertus peutêtre. Mais, encore un coup, je veux parler à la république, à ses légishiteurs , à ses juges; il n'y a pas de loi sociale, il n'y a pas de principe de morale qui puisse obliger un honnête homme à répondre à d'imbéciles détracteurs, à des fous, à des hypocrites conjurés ensemble, dans les pamphlets, dans les placards, dans les aboiements des carrefours, et le tout pour écraser quelques misérables succès d'un talent qui ne s'est jamais vendu ni à l'aristocratie ni à la royauté, ni aux feuillants ni aux jacobins, ni au côté gauche ni au côté droit, ni à ses ennemis ni à ses amis. Quand ma vie tout entière est employée à com.battre des erreurs funestes au genre humain, les hommes, à qui je ne demande rien de plus, me doivent au moins, ce me semble, de me dispenser de confondre de plats mensonges et de lâches menteurs. Ah ! si j'avais été capable d'écouter d'autres voix que celle de ma raison , de consulter d'autres intérêts que ceux de la vérité et de la république,
tant de dangers ne m'auraient pas incessamment environné dans ma marche solitaire! J'aurais été menacé d'un côté, mais je ne l'aurais pas été de tous les côtés; en blessant des passions, j'en aurais flatté d'autres: et la ligue de celles contre lesquelles je me serais serré m'aurait couvert de ses phalanges contre la ligue de celles dont je me serais éloigné. Je connaissais aussi bien que d'autres ce conseil donné par Machiavel aux politiques, à qui il veut ôter toute conscience : Soyez grandement ENNEMI et GRANDEMENT AMI. Je n'ai voulu être que GRANDEMENT juste. Commc ccla abicn tourné pour moi et pour les autres!... Mais c'est à ma pensée, c'est à mes souvenirs que je parle; j'oublie que je n'ai pas encore expliqué les faits importants de mon ministère, que je n'ai pas encore exposé ma conduite; je m'en ressouviens, et je tâcherai de ne plus l'oublier.
Les journaux ont rapporté très-diversement les chefs d'accusation que Philippe Dumont a énoncés contre moi ; mais je vais les copier dans les journaux qui en ont le plus rapporté, et les plus graves. J'ai répondu au premier : il portait sur les 2 et 3 septembre. Voici les autres : 1° d'avoir fait l'apologie des pillages