CHAPITRE QUATRIÈME
Beaucoup de gens pillejit, les uns avec bassesse, dans les poches, et de petites sommes; les autres de grandes sommes^ et avec grandeur, dans les trésors et dans le sang des nations; mais, en général, s'il est possible d'avoir des motifs de trouver bons les pillages qu'on fait soi-même , il est difficile d'avoir des motifs de trouver beaux les pillages que font les autres. La morale des voleurs même est, à cet égard, aussi sévère, aussi pure, que celle des plus honnêtes gens.
Machiavel dit : // 7ie faut pas que celui qui gouverne soit honnête homme; mais il faut qu'il ait grand soin de le paraître. Ce soin n'est pas communément celui qu'on néglige ; et les deux parties même du précepte de Machiavel ne laissent pas que d'être assez ponctuellement remplies. Au dire de Philippe Dumont, il y en a une au moins que j'aurais violée complètement : j'aurais pris bien peu de soin de paraître honnête homme. Aurais-je suivi , par hasard, l'inverse du précepte de Machiavel, et au lieu de paraître honnête homme sans l'être, l'aurais-je été sans vouloir le paraître? Cela n'est pas trèsvraisemblable ; car si un coquin a de bonnes raisons de vouloir paraître honnête homme, un
honnête homme ne peut pas avoir les mêmes raisons de vouloir paraître un coquin.
J'oubliais que nous sommes en révolution; j'oubliais que dans cette révolution un grand principe a été mis en avant par de grands génies : le partage des biens ; j'oubliais que, pour essayer les mesures d'exécution de ce principe profond et vaste, des gens qui n'avaient rien ont pris tout à ceux qui avaient quelque chose, et ne leur ont rien laissé; ce qui est un partage très-égal et très-fraternel. Ne serait-il donc pas possible que j'eusse voulu associer mes pensées législatives aux conceptions rares avec lesquelles VAmi du Peuple était familiarisé, et dont Saint-Just s'approchait tous les jours par tous les progrès de son esprit? Mais non; il faut que j'aie eu toujours sur toutes ces belles choses quelques scrupules et quelques faiblesses ; je n'ai jamais été à la hauteur, au pas ; toujours je suis resté en arrière. Il est donc assez évident que je n'ai mérité ni cet excès dlionneur, ni cette indignité.
Par toutes ces raisons, je me juge dispensé de prouver que je n'ai pas fait l'apologie des pillages.
Mais si je me tiens quitte, sans aucune in-