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XIV NOTICE SUR LA VIE DE GARAT

Garât ne monta pas souvent à la tribune , la timidité y contribua plus que la faiblesse de sa voix , quoi qu'on en ait dit, car plus tard il parla beaucoup , comme nous le verrons , à la Convention et aux Cinq-Cents. 11 prit la parole sous la Constituante, quelques jours après la prise de la Rastille, et àToccasion de la mise en jugement de Bezenval , pour demander la conservation de l'amnistie prononcée déjà par les électeurs de Paris sur les faits relatifs aux événements du i4 juillet. Cette amnistie, contre laquelle se prononcèrent Mirabeau et l'Assemblée, fut l'objet d'une discussion assez vive. Garat, reconnaissant , comme précaution oratoire, la justice ou du moins la nécessité des châtiments terribles déjà exécutés (meurtres de Foulon , Flesselles, Berthier), demande que désormais le peuple se montre clément. « 11 est des esprits qui n'ont pu nous sui- « vre dans cette marche si rapide vers la liberté, pardono nons-leur d'être restés dans des siècles de barbarie et a d'ignorance , comme on pardonne à la folie et à la dé- « mence. Marquons donc cette heureuse époque en dona nant à notre justice les sentiments môme de la généro- (c site. » C'est Robespierre qui , faisant ce jour-là même ses débuts oratoires, répondit à Garat par quelques paroles sèches et sévères. « Je réclame , dit-il , dans toute leur « vigueur, les principes qui doivent soumettre les hommes « suspects à la nation à des jugements exemplaires. Vou- « lez-vous calmer le peuple ? parlez-lui le langage de la « justice et de la raison , qu'il soit sûr que ses ennemis « n'échapperont pas à la vengeance des lois , et les senti - « ments de justice succéderont à ceux de la haine. » On le voit, les deux orateurs sont, dès leur début, fidèles à leur caractère: le discours de Garat est comme l'avant- coureur de celui qu'il prononcera plus tard sur les massacres de septembre; de même, les paroles de Robespierre, qui déjà

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invoque la rigidité des pi'incipes, contiennent en germe sa politique sous la Convention,

Dans la grande question de la dépossession du clergé , Garât se prononça , dans un discours très-net, en faveur du projet de Talleyrand; son argumentation tendait à prouver, par les faits et l'histoire , que la propriété du clergé n'avait jamais eu que le caractère de l'usufruit, a On « attribue cette opinion à la philosophie nouvelle, je prou- « verai qu'elle est fort ancienne. Sous toutes les dynasties « de nos rois , la nation , dans les besoins publics , tourna « toujours ses regards vers les biens du clergé. » Remarquons en passant le bonheur de l'euphémisme : en invitant la Constituante à tourner ses regards vers les biens du clergé, Garât montrait qu'il était capable de transporter à la tribune les procédés de l'éloquence académique.

Le discours le plus important de Garât fut celui qu'il prononça, le 29 avril 1790, sur l'établissement du jury. Là encore , il fut fidèle à son caractère et aux habitudes de son esprit. Son discours est conciliant, littéraire et philosophique , en donnant à ce mot , non-seulement un sens moral et pohtique, mais surtout son acception scolastique. Il procéda par voie d'analyse, examinant les avantages et les inconvénients , pesant méthodiquement les uns et les autres dans une impartiale balance. Les avantages, selon lui , sont au nombre de cinq , les inconvénients au nombre de cinq aussi; mais, les avantages étant d'ordre moral, il se prononce donc pour l'établissement du jury au criminel. « Il nous faut des jurés dès à présent, s'écrie-t-il ; nous « n'avons à choisir qu'entre eux et cette procédure contre ce laquelle s'élèvent les sages et crie le sang de tant de vic- « limes, )> Il veut que les jurés ne puissent prononcer la peine de mort qu'à l'unanimité; il veut aussi, contrairement à Duport , qu'ils soient choisis dans les classes éclai-

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