‹ Mémoires de GaratChapitre 54 sur 213 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

De Robespierre et de Salles. — De leur esprit et de leur caractère. — Entretien avec Robespierre avant le 10 mars. — Entretien avec Salles cinq ou six jours après.

Je me suis surtout souvent rappelé, et toujours avec effroi, deux entretiens que, dans l'intervalle de cinq à six jours, j'ai eus, l'un avec Robespierre, et l'autre avec Salles.

Tous les deux, on le sait, avaient été, comme moi, de l'Assemblée constituante. Pendant trois années, et tous les jours, nous avions presque dans toutes les questions voté dans le même sens ; mais j'amais je n'avais eu aucune espèce de liaison avec aucun des deux.

Je veux pourtant dire ici quelle était alors

mon opinion sur tous les deux, d'après l'idée que j'avais pu prendre dans l'Assemblée constituante de leur esprit et de leur caractère.

Tous les deux, je les croyais sincèrement et ardemment attachés à la révolution. A tous les deux, je leur croyais de la probité; et j'attache à ce mot , non l'idée d'un homme qui fait toujours le bien, mais l'idée d'un homme qui veut et croit toujours le faire. Si j'avais pu avoir des doutes sur la probité et sur le patriotisme de l'un des deux, d'après deux ou trois circonstances publiques, j'aurais eu des doutes sur Salles plus que sur Robespierre; mais je n'en avais sur aucun.

Avec un esprit très-actif et une imagination très-agitée par les affaires et par les principes de la révolution , Salles ne me paraissait avoir aucun talent réel.

Dans Robespierre, à travers le bavardage insignifiant de ses improvisations journalières, à travers son rabâchage éternel sur les droits de l'homme, sur la souveraineté du peuple, sur les principes dont il parlait sans cesse, et sur lesquels il n'a jamais répandu une seule vue un peu exacte et un peu neuve , je croyais apercevoir, surtout quand il imprimait, les germes

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