CHAPITRE CINQUIÈME
Dans les siècles religieux, il leur arrive souvent, après avoir commis quelque crime dont ils sont eux-mêmes épouvantés , d'aller pour toute leur vie se mettre à genoux dans des déserts et dans des cavernes, où leur imagination profonde et tremblante creuse incessamment les abîmes de l'enfer. Les cloîtres, en ensevelissant beaucoup d'hommes de ce genre, ont rendu, à cet égard, de grands services au monde.
Dans les siècles où il y a une philosophie , ils s'y dévouent comme à une religion ; ils portent très-loin l'attention et le raisonnement; mais le raisonnement est trop souvent altéré pour eux dans ses sources même, dans les sensations; et c'est pour cela que dans les objets où leurs sensations ne sont pas corrompues, ils ont du génie ; que, dans tous les autres, ils délirent méthodiquement et sans retour.
Je ne serais pas étonné que Robespierre eût quelque religion: mais jamais homme sachant écrire des phrases élégantes et belles ne fut plus étranger à une bonne logique. Pour lui, les meilleures raisons, c'étaient ses soupçons.
Un jour que je l'invitais à réfléchir sur quelques idées que je lui présentais, et qui lui au-
raient épargné tous ces crimes qui ont dressé tant d'échafauds et le sien , il m'a répondu ces propres paroles : Je nai pas besoin de réfléchir; c'est toujours à mes premières impressions que je m'en rapporte. Les premières impressions étaient toujours, dans un pareil tempérament et dans de tels événements , celles de la haine, du soupçon, de la terreur, de Torgueilet de la vengeance ; et c'est de ces sources que sont sortis les forfaits qui ont inondé la république du sang des républicains, et non pas d'un plan de tyrannie , qu'un homme tombé de degré en degré dans une si lâche et si effroyable scélératesse n'a jamais pu avoir la grandeur de former. Voilà aussi l'exemple et la leçon dont nous avons le plus de besoin : non, Robespierre n'a jamais voulu anéantir la république, mais il la couvrait de crimes et de sang, et il croyait en préparer la force et les prospérités ; ce n'était pas un ambitieux tyran, c'était un monstre. Athènes, jusqu'à Philippe, échappa à tous les tyrans, mais elle fut presque toujours tyrannisée par les passions folles et atroces de ses citoyens. Voilà, je le répète, la leçon dont a besoin une grande démocratie ; et en convertissant les exemples de démence et de forfaits des