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rées de la société , c'est-à-dire qu'ils présentent quelques garanties de capacité. Ici, son raisonnement s'inspire de sa méthode philosophique, son langage est autant d'un professeur dans sa chaire que d'un orateur à la tribune. « M. Duport dit qu'il n'y a rien de si simple qu'un fait, que " tout le monde peut en juger ; mais la simplicité n'est pas a un attribut essentiel des faits. 11 yen a qui sont simples, (c d'autres qui ne le sont pas du tout. Un meurtre a été ce commis, le corps sanglant est exposé à tous les regards : (c ce n'est pas sur ce fait qu'il faut prouoncer. Un homme a est accusé ; est-il coupable? voilà la question. Pour mar- « cher à travers les ténèbres dont les coupables s'envelop- « pent toujours, il n'y a d'autre guide que les indices, ce Parmi toutes \es opérations de lesprit, il nen est pas qui ce exigent plus de raison et de logique. L'indice se dérobe ce aisément à l'esprit le plus attentif, le plus méthodique, (C le plus éclairé; c'est le rapport entre un fait connu et un ee fait inconnu. Si la connaissance de la loi n'est pas nécesce saire pour être juré, une bonne logigue est indispensace ble. »
Quant à l'établissement des j urés civils, qui fut alors l'objet de débats très-importants entre Sieyès, Duport, Thouret, etc.. Garât ne se prononça pas absolument. 11 pensait que cette question ne pouvait être discutée utilement qu'après l'étabhssement d'un nouveau code civil ; il proposait cependant un moyen terme par lequel les juges auraient choisi eux-mêmes parmi les citoyens éclairés des arbitres pour les assister.
Un mois après. Garât, comme s'il eût été encouragé par le succès, monta de nouveau à la tribune pour soutenir contre Mirabeau le droit absolu de l'Assemblée à déclarer la guerre. Ce discours a un mouvement plus oratoire que le précédent ; il est ferme , concis, et ne manque pas de
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chaleur. « Déclarer la guerre, c'est la vouloir. M. de Mira- « beau a cru que déclarer la guerre, c'est le concours delà u volonté et de laction. La volonté et Taction concourent « pour la faire; mais elle est déclarée par la volonté, u 31. de Clermont-Tonnerre a dit que déclarer la guerre, ce ce n'est pas faire une loi; que la loi embrasse tous les « temps, toutes les personnes, toutes les circonstances ; u que la déclaration de guerre n'a en vue qu'un fait, qu'un « temps, qu'une circonstance, qu'un petit nombre de perce sonnes. Si chacune des autres lois est une volonté génécc raie , l'acte par lequel la guerre est déclarée est aussi ce une volonté générale, puisqu'il statue sur la volonté des ce citoyens, sur les intérêts des deux nations, sur les intéce rets même de toutes les nations. Une nation tient à tout ce dans l'univers par ses relations extérieures; elle tient a i. toutes les nations , à tous les temps. Lorsqu'on ne peut ce contester les principeset les conséquences, il resteàconee tester que les principes eux-mêmes sont une théorie ce dangereuse. On dit : « Philippe est à vos portes, et vous ce délibérez. » Ce n'est pas ce dont il s'agit : quand Phice lippe est à vos portes, la guerre est déclarée. »
Nous avons vu , à propos de la déclaration des droits , que Garât ne suivait pas toujours l'opinion de la majorité; il s'en sépara deux fois à la tribune et dans deux occasions importantes II demanda que les ministres eussent voix consultative dans l'Assemblée. Les ennemis de Mirabeau firent passer l'opinion contraire, sous prétexte que les ministres domineraient l'Assemblée, ec Leur puissance est grande au dehors; ici ils ne sont que les égaux de chaque député, » dit vainement Garât. Si Mirabeau manifesta plusieurs fois sa sympathie pour le philosophe, l'opinion de celui-ci sur un sujet qui tenait tant à cœur au célèbre orateur-, ambitieux d'être à la fois ministre et député, n'y fut sans
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doute pas étrangère. Lors de la division de la France en départements, Garât n'alla pas, comme on Ta dit, jusqu'à réclamer l'ancienne organisation provinciale; il demanda seulement, d'accord avec son frère aîné, que les Béarnais et les Basques ne fussent pas réunis dans un même département, parce qu'ils ne parlaient pas la même langue. ce C'est, dit il, une vérité reconnue dans les pays gascons « et français, qu'il est impossible d'apprendre le basque si (c on n'a habité très-jeune avec les habitants de cette pron vince. Aussi dit-on familièrement que le diable est venu « chez les Basques pour apprendre le basque, et qu'il n'a « pu en venir à bout. Ce proverbe vient de vous faire rire ; « il contient cependant une vérité profonde. Les provera bes sont la sagesse des hommes ! Aucune langue n'est « plus difficile que le basque et le Béarnais, n Emporté par l'enthousiasme patriotique, il se lança hardiment dans une dissertation philologique et littéraire; il voulut démontrer que l'italien , l'anglais, l'espagnol, avaient leur source commune dans le latin, a Le basque, s'écria-t-il, est la véa rilable langue attique. » Ici on l'interrompit, il persista; on le rappela à l'ordre, il protesta; l'Assemblée passa outre et fit bien , car l'histoire n'a pas plus réalisé ces fâcheuses prophéties de Garât sur le Béarnais que celles du côté droit sur la nouvelle organisation du royaume.
L'activité de Garât ne se renfermait pas dans l'élaboration de quelques discours; il n'avait pas cessé ses leçons à l'Athénée, et il les continua jusqu'à son voyage à Londres en 1792. Ses leçons, qui , dit-on, sont en possession de sa famille et qui ont trait à l'histoire de Rome et de Grèce, mériteraient, nous assure-t-on , d'être publiées , non-seulement eu raison de leur mérite intrinsèque, mais encore comme spécimen de ce qu'était alors, au milieu de la tourmente même, le haut enseigneinent. En outre, Garât col-
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laborait activement au Journal de Paris ; il avait assumé la tâche la plus laborieuse : chaque soir, au sortir de l'Assemblée, il rendait compte de la séance du jour. La facilité de travail, la variété de ses connaissances, 1 élégance naturelle de son style, le rendaient très-propre à ce rôle qui exige des facultés diverses. Ses comptes rendus étaient fort remarqués par leur modération et leur urbanité. Garât, fidèle à son caractère, s'efforçait de se montrer à la fois impartial envers ses adversaires et favorable à la révolution, et, quoi qu'en ait dit Morellet, qui plusieurs fois dans ses Mémoires a calomnié Garât, il semble y avoir réussi. Qu'on lise , par exemple , le compte rendu d'une des séances les plus orageuses de la Constituante, de la séance relative à la révolte des magistrats de Rennes, dans laquelle l'abbé Maury se livra à ses plus violentes sorties : « M. l'abbé Maury tint la parole une heure et demie, si « nous avons bien mesuré le temps. On eut plus d'une fois u lieu de s'étonner, en l'écoutant, de la présence impertur- « bable de sa mémoire, de la fécondité de ses moyens, de « la correction soutenue d'un langage qui , dans les mo • a ments passionnés , s'élevait facilement au ton de l'élo- « quence ; de ce courage immuable qui étonne les murmu- « res et que les murmures n'ébranlent jamais; de la réu- « nion enfin d'une multitude de dons du corps et de l'es- « prit qu'on est heureux de porter à une tribune autour de « laquelle éclatent souvent tant d'orages. » On n'exigera pas sans doute de quelqu'un qui ne pensait pas comme l'abbé Maury qu'il donne les mêmes éloges à la logique et à la justesse des raisonnements de cet orateur. Certainement, étant données la violence des temps et la distance qui séparait les partis, il était impossible d'allier plus discrètement la politique et la politesse.
Dans son journal comme à l'Assemblée , Garât sui\ it la