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politique de la majorité. Grand admirateur de Mirabeau , il l'attaqua quelquefois cependant, notamment à loccasion du veto et de la déclaration de guerre. Après la fuite de Varennes,sans se séparer ostensiblement de l'extrême gauche, il soutint pourtant la politique des constitutionnels et des réviseurs. Ses articles étaient remarqués, principalement dans le monde lettré; ils n avaient ni la passion, ni la violence, ni les qualités , ni les défauts, qui font pénétrer les journaux dans le grand public. Il était d'ailleurs plus théoricien que politique , et le soin qu'il avait de défendre en philosophe les théories du dix huitième siècle n'était pas de nature à satisfaire les esprits surexcités. Ainsi il défendait, chaque fois qu'ils étaient attaqués , les physiocrates et les économistes; et il y avait là un certain courage, car ils n'étaient populaires ni dans l'Assemblée ni dans le public, a Très-certainement M. de Cazalès et W. l'abbé Maury sont t< des hommes de beaucoup d'esprit ; mais comment des « hommes de beaucoup d'esprit peuvent-ils croire encore « que les économistes ont formé leur théorie sans consultt ter l'expérience? Les économistes ont-ils donc fermé les K yeux sur le monde? Ont-ils toujours parlé d'agriculture, tt de commerce, de manufactures, sans les regarder? « Quelle idée ! et tout le monde le répète. Je vois, au con- (c traire que leurs ouvrages sont remplis de faits, c'est-àa dire de l'expérience malheureuse de la pratique de tous ce les peuples. On ne veut pas comprendre que si, pour adcc opter une idée, il fallait qu'elle fût confirmée par l'expé- « rience, jamais une idée nouvelle ne pourrait être adopte tée. On ne veut pas comprendre que les hommes qui ont, a à ce qu'on dit, une raison , avant d'agir doivent penser, ce et que par conséquent, par la nature des choses, la théoce rie doit précéder l'expérience ; que les observations de ce l'expérience forment elles-mêmes une théorie ; que si l'on
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« veut arriver, je ne dis pas à quelque perfection , mais à « un état tolérable , il faut passer sans cesse de la théorie « à l'expérience, de l'expérience à d'autres observations. « On ne veut pas comprendre enfin que les théories de ce « siècle les plus saines, quoi qu'on en dise, les moins « abstraites , les seules sur lesquelles on a pu se reposer « avec le sentiment de leur exactitude, les plus belles que ce l'esprit humain ait jamais produites, sont elles-mêmes en « grande partie les produits de l'expérience des erreurs et «. des malheurs de tous les autres siècles. » Voilà qui était bien dit; mais on demandait alors à un compte-rendu plus de chaleur et plus de vivacité.
Garât, en cessant d'être député , cessa d'être journaliste. On lui laissa le choix de son successeur, et il choisit Condorcet, en lui adressant sous forme de lettre une véritable brochure contenant l'exposé de ses principes et de sa conduite. Quoique rangé officiellement parmi les constitutionnels , Garât y développe des principes plus convenables dans une république que dans une monarchie, et on peut y voir combien l'idée et le sentiment royalistes tenaient déjà peu de place dans l'âme de ceux qui ne s'intitulaient pas encore et qui même ne se croyaient pas républicains.
Garât, dans le cours de l'année 1 792, fait partie de l'ambassade de Chauvelin. La loi voulant qu'un député ne pût obtenir une place du pouvoir exécutif que deux ans après l'expiration de son mandat , il y fut attaché sans titre, ainsi que Talleyrand , qui était le véritable directeur de cette ambassade. Ce fut à cette occasion qu'il rédigea et fit traduire en anglais une nouvelle brochure pour défendre la révolution française contre le manifeste des gouverneurs des provinces belges répandu à profusion en Angleterre, avec l'encouragement du ministère anglais lui-même. Garât, cette fois, qui connaissait l'histoire d'Angleterre, atténua
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iipr, analyser, >e rendre compte subtilement, c'est hésiter en face de la passion qui agit toujours et n'hésite jamais; et l'hésitation qui est, dans tous les temps, imputée à faiblesse ou à indifférence, dans les temps de révolution est attribuée à crime ou à trahison.
Les partis, quels qu'ils soient, se donnent des ministres pour qu'ils épousent, avec leurs principes, leurs passions. A leurs yeux, ne point les suivre aveuglément c est les trahir. Les Girondins , qui avaient porté Garât au ministère de la justice , furent donc indignés contre lui quand ils le virent, à propos des massacres de septembre, se prononcer de manière à favoriser sur ce point la politique des Montagnards. Ils l'accusèrent, dans leurs journaux, d'avoir fait l'apologie des massacres, et l'appelèrent Garat-Sepfembre.
Cette accusation , qui persista puisque nous la voyons reparaître dans la dénonciation de Philippe Dumont, étaitelle fondée? Garât s'en défend dans ses Mémoires avec beaucoup d'énergie ; mais sa défense même aide à faire comprendre ce que l'accusation pouvait avoir de spécieux, surtout de la part des Girondins.
Pour les Girondins, qui demandaient la mise en jugement des septembriseurs, faire leur apologie ce n'était pas célébrer la justice des massacres en eux-mêmes, mais seulement les atténuer, en rejetant la responsabilité de ce grand crime non sur ceux qui lavaient commis ou ordonné, mais sur la révolution même, et en le représentant comme une conséquence, comme une ë"ile nécessaire et fatale de l'insurrection du 10 août , et c'est précisément ce qu'avait fait Garât. 11 importait fort peu, après cela, qu'il qualifiât avec indignation les massacres et les massacreurs, qu'il s'éle\ât contre les atlenlals et les forfnils de ces jours néfastes, qu'il prononçât leur condamnation au nom ÛL'Vhinnanité gémis-
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:'.a}ile et indignée ; ses adversaires ne durent voir là que des mouvements oratoires destinés à contre-balancer sa première opinion. Celle-ci était en effet la seule qui leur tînt à cœur, parce qu elle avait une portée politique, parce qu elle était conforme à l'opinion des Montagnards sur ce sujet. Ainsi, Garât disait bien : « Dans les insurrections même il « peut avoir été commis tels attentais, et ces attentats « peuvent laisser après eux de tels dangers pour Tordre a social établi, qu'il est impossible à une nation de fermer « les yeux sur les uns et de ne pas s occuper à prévenir a les autres. Il est des lois tellement inséparables de la na- « ture des hommes, qu'elles les suivent et les obligent parfc tout, dans les cités et dans les forêts, durant la paix et c< durant la guerre, durant les lois et durant Jes insurrec- H tions. » Ces paroles fort nettes, ces maximes fort justes, semblaient invoquer une vengeance et un jugement. Garât prétend que teile était bien sa pensée, sans paraître s'a percevoir qu'en représentant les massacres comme une prolongation des combats de la liberté contre le despotisme, il rendait le jugement impossible. Une telle contradiction étonne chez un homme qui attachait tant d'importance à ce qu'il appelait la logique des passions. Les passions, en ce moment , voulaient que tout ce qui était nécessaire fût légitime, et, du moment que l'insurrection était nécessaire et légitime , toutes les conséquences directes de l'insurrection devaient l'être également. Aussi, les Girondins, qui voulaient laver l'insurrection de la tache du 2 septembre, eurent ils raison de voir une sorte d'attaque dans son discours , et les Montagnards , qui voulaient rattacher les massacres à l'insurrection , eurent-ils raison d'y voir, de leur côté, une sorte de justification de leur doctrine.
Les explications que donne Garât dans ses Mémoires , et qui suffisent à disculper son nom devant l'histoire, repo-
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saieiU donc sur une argumentation trop subtile pour satisfaire pleinement les partis politiques, qui d ailleurs n'avaient le temps ni de les demander ni de les entendre. L'impression qui resta chez les Girondins, c'est que Garât était un ami douteux; les principaux personnages du parti ne le regardèrent plus comme un des leurs , et leurs journaux l'attaquèrent avec quelque violence ; mais , comme il tenait son poste de la Convention même , il n'en garda pas moins son portefeuille.
Le poste était difficile , surtout pour un homme habitué comme Garât à réfléchir plus qu'à agir; il ne paraît pas cependant avoir rencontré de pénibles difficultés avant le 21 janvier. Il vivait entre les deux partis, fréquentant les hommes des deux côtés , cherchant à les rapprocher, à les modérer par des raisonnements tirés de la philosophie et de l'histoire. Lors du procès de Louis XVI, il se prononça dans ses conversations contre la résolution prise par la Convention de s'ériger entribunal , contre le jugement et l'exécution, prétendant que les Républiques, ainsi que le prouvait l'histoire, avaient une tendance naturelle à se perdre par leur ardeur à poursuivre leurs vengeances. Un de ses biographes rapporte même une conversation entre Garât et Barère, de laquelle il résulterait que, sur les instances du premier, le second avait promis de ne pas voter la mort. Ces opinions étaient de nature à rendre Garât impopulaire dans les clubs et parmi les Montagnards, mais elles ne se manifestaient pour ainsi dire que privément, et elles étaient, d'une part, contrebalancées par l'opposition de Garât à l'appel au peuple, et, de l'autre, par lassurance optimiste avec laquelle il venait constater devant la Convention le calme et la tranquillité de Paris.
Quoiqu'affecté par la condamnation de Louis XVI, c'est un témoignage qui lui est rendu par plusieurs contempn-
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rainsnon suspects, entre autres Edgeworth etDumouriez, Garât, comme ministre de la justice, n'en notifia pas moins sa condamnation à l'infortuné roi. Il ne l'eût point fait, dit-il , si au fond il n'eût trouvé la condamnation juste. En effet, il paraît avoir eu sur ce point une opinion trèsarrétée, car, sous la restauration même, en faisant l'éloge du courage de Louis XVI, il laisse à entendre que sa tête est tombée sous le glaive égaré de la Justice. Pour qui connaît les idées et le style de Garât, l'antithèse n'implique pas contradiction.
Après le procès du roi, la lutte entre les Montagnards et les Girondins devenant plus directe, la situation de Garât en devint plus difficile , d'autant plus que, lors de la démission de Roland , il avait été chargé par intérim du ministère de l'intérieur. C'était à lui que la Convention devait demander compte de la tranquillité de Paris et de sa propre sécurité; c'était lui qui devait surveiller la commune, assurer les subsistances ; et pour une si lourde responsabilité , il n'avait qu'un vain titre , le pouvoir étant tout entier, comme on le sait, dans la redoutable commune.
Ses premiers embarras lui vinrent de la cherté des subsistances : le peuple était convaincu que la cherté des vivres tenait à sa mauvaise administration, et les membres populaires de la commune ne faisaient rien pour lui ôter cette idée qui protégeait leur popularité. Garât, mandé à la barre de la Convention pour lui rendre compte de l'état des subsistances de la ville, renseignement qu'elle aurait dû demander plutôt au maire de Paris, en profita pour dégager sa responsabilité et la faire partager à la municipalité : «Il y a a trois jours, dit-il, je reçus un billet d'un citoyen de « Paris que je connais peu, mais dont j'estime la forme ré- « publicaine; ce républicain était persuadé que j'étais « chargé de rai)provisionnement de Paris; ce républicain
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tf s'est grandement trompé, car quel ministre voudrait se " charger d'un pareil fardeau ? Quelle république voudrait « charger un seul homme des subsistances de Paris? La '( municipalité seule est chargée d'approvisionner Paris. « Sur cet objet comme sur tous les autres , le départeu ment la surveille et le ministre se borne à surveiller le « département. Ainsi vous voyez que le ministre ne peut a prendre l'alarme que lorsque la municipalité appuyée du u département la lui donne, v Cette explication paraît simple ; elle attira cependant à Garât l'inimitié de la commune, notamment de Chaumelle, inimitié qui, malgré les ménagements ultérieurs de Garât, faillit l'envoyer plus tard au tribunal révolutionnaire.
Dans cette circonstance , Garât s'attira aussi le déplaisir et les interruptions de la Montagne par sa critique des mesures prises pour donner le pain à meilleur marché à la ville de Paris, au détriment du trésor public qui payait la différence. En économiste convaincu , il osa rapprocher le système actuel du système monarchique : « Sous l'ancien « régime , les ministres n'avaient qu'une seule attention : « c'était d'entretenir l'abondance dans la ville où vivait le a despote. Les principes du despotisme étaient qu'il fallait « donner du pain à la ville où vivait le tyran et affamer a le reste de l'empire. Sous l'ancien régime, malgré les u moyens qu'employait le despotisme pour arrêter les prot( grès de la raison humaine, quelques bons esprits découif V rirent que la liberté illimitée du commerce des grains v< était le seul moyen de tenir les subsistances abondantes. » Ici Garât fait l'éloge de Turgot, qui donna la liberté illimitée du commerce , d'où naquit l'abondance ; la critique de Necker, qui la retira, et depuis lequel Paris reçut, ce qu'il l'egarde comme un grand malheur, sa subsistance par administration. Enfin il conclut en laissant comprendre que
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le seul remède à la cherté était encore la liberté du commerce.
Si Garât se fût expliqué aussi nettement sur la question politique que sur la question économique , il ne se fût pas attiré les vives attaques qui l'accueillirent plus tard , et no se fût pas vu accusé à la fois d'aveuglement et de complicité. Cette double accusation a de tout temps été portée contre les hommes de tiers parti; mais, avouons-le, en ce qui touche Garât , elle n'était pas dénuée de fondement. Nous dirions volontiers qu'il la méritait par le fait seul d'être un homme de tiers parti dans un moment où il n'y avait de place que pour les partis extrêmes.
Le premier et court récit qu'il fit du 10 mars suffit à faire prévoir qu'il va s'égarer dans une position fausse. Le
10 mars , on le sait, est le précurseur du 31 mai, c'est-àdire un 31 mai avorté : les Girondins s'efforcèrent d'entraîner l'Assemblée à en rechercher les auteurs , et après un discours véhément de Fonfrède, le côté droit demanda à grands cris l'arrestation du comité d'insurrection. GaraL, interpellé comme ministre, répond : « Quelles qu'aient été « mes recherches, je n'ai rien appris qui pût constater l'exi- « stence de ce comité , si ce n'est d'une assemblée tenue a dans une salle de rHôtel-de-Ville par des citoyens , qui « avait pour but les subsistances de Paris , mais dont l'un c. avoua à un de mes commis qu'ils devaient préparer une a insurrection. » Puis, passant au 10 mars même, il le réduit à des propos , à des menaces faites, aux Jacobins, contre les députés et les ministres , menaces réduites à l'impuissance par les sages observations d'un Montagnard.
11 y a eu des mouvements, mais bientôt apaisés; les barrières n'ont pas été fermées; le maire Pache est vigilant; les ministres ont été en émoi, ils ont cru entendre sonner le tocsin. « Je croyais, traversant Paris, trouver les