‹ Mémoires de GaratChapitre 9 sur 213 · XXX NOTICE SUR LA VIE DE GARAT · texte numérisé non relu

XXX NOTICE SUR LA VIE DE GARAT

« rues pleines d'un peuple en fureur ; je croyais entendre « sonner tous les tocsins ; mais non , nous ne trouvâmes « qne la solitude et le silence. Nous passâmes près de la « Convention nationale : là surtout régnaient le calme et le a silence. » De tout cela Ton pouvait conclure que les craintes de la majorité étaient exagérées ou chimériques > que les mouvements ne tenaient pas à des complots, qu'eux aussi étaient exagérés par la crainte ou l'esprit de parti ; il ajoutait cependant que ces mouvements tenaient à une cause sérieuse profonde ; mais il ne disait pas quelle était cette cause. En somme, ses conclusions étaient favorables, presque conformes à la politique des Montagnards, qui niaient le comité d'insurrection, qui attribuaient eux aussi les troubles de Paris à une cause générale.

Quelques jours après, Garât vint donner de nouveaux détails sur le tO mars : ses renseignements n'ont point changé ses convictions; il a cherché partout le comité d'insurrection, il ne Ta trouvé nulle part; tout le monde en parle , mais personne ne le désigne exactement; on lui avait dit que les membres de ce comité se réunissaient au Palais-Égalité : recherches faites, il s'est trouvé que quelques citoyens se réunissaient par habitude au café Corazza pour boire de la bière (On rit à la Montagne). S'il y avait un comité, il serait aux Jacobins, aux Cordeliers, dans les quarante-huit sections de Paris; il n'y a donc pas de comité, mais il y a partout des révolutionnaires. Ces révolutionnaires, livrés à eux-mêmes, ne seraient point dangereux, s'ils ne trouvaient pas un appât dans la situation générale de la république : « J'aurais à dire ici, dit Garât, a des choses qui doivent nécessairement fixer vos opia nions sur l'état de Paris et delà république entière. Je a crois, citoyens , qu'il existe ici vingt ou trente hommes t) que je ne connais point , qui ne sont peut èlie coupables

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« d'aucuns crimes, mais que je crois dangereux et capa- « blés de tout entreprendre pour satisfaire leurs passions, a Si ces hommes étaient abandonnés à eux-mêmes , ils ne « seraient point à craindre ; mais ils se sont mis à la tête « de tous les mouvements populaires. Lorsque dans la Con- « vention nationale des débats violents ont lieu, lors- (( que des dissensions se déclarent, ces hommes se répan- « dent dans les clubs , dans les sections et dans les groucc pes, et disent que la Convention nationale renferme dans ce son sein ses plus mortels ennemis ; que le côté droit est « composé d'aristocrates dont il faut faire tomber les tê- « tes. Ces hommes seraient rejetés avec horreur, si les « dissensions qui s'élèvent quelquefois dans la Convention « ne leur donnaient des prétextes pour échauffer le peu- « pie. Pour mieux déterminer des faits, ayant des amis ce dans les deux côtés de la Convention, je me flatte d'avoir (( lu dans leur âme. Je rapporte ces confidences parce t< qu'elles ne peuvent nuire à personne. Des personnes du <( côté droit m'ont dit : Ne voyez-vous pas que ces homcc mes veulent nous mener à l'anarchie par l'accomplissecc ment de leurs idées criminelles? Mais ils peuvent en acc voir deux : ou d'ériger un nouveau trône, ou d'élever un « pouvoir de triumvirs ou de dictateur. 11 est des membres ce du côté gauche qui attribuent au côté droit un système (c très-suivi, très-fié, de conspirations. Ne voyez-vous pas, ce disent-ils , que ce dernier, sous prétexte de modérer le ce cours trop rapide de la révolution , veut tuer la liberté ? ce Ces membres , par leurs journaux , par leurs discours , ce répandent que Paris , que la Convention, sont remplis de ce brigands. Par là ils cherchent à soulever les départece ments pour anéantir la Montagne, la sainte Montagne, ce Voilà ce que j'ai entendu, à mon grand étonnement; et , ce lorsqu'après j'ai essayé de les dissuader et de défen-

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a dre lesi membres de la Convention contre lesquels ils « s élevaient avec le plus de fureur, ils m'ont tous dit : « Vous ne connaissez pas ces hommes; nous serons leurs « victimes et vous leur dupe. »

Nous avons tenu à donner textuellement cette citation peut-être un peu longue, parce qu'elle indique bien la politique de Garât. On voit que la cause générale , profonde , doù dérivent selon lui tous les mouvements est dans les divisions de la Convention ; que , selon lui , ces divisions tiennent à des préventions , à des craintes particulières également chimériques, également mal fondées. Impartial entre tous les partis , il les juge, les apprécie, et leur conseille la modération. 11 n'y a pas autre chose dans ses Mémoires , dont la citation que nous venons de donner est comme le sommaire; seulement, dans ceux-ci il développe et analyse ce qu'ici il ne fait que noter. Les visions du côté droit développées par Salles dans les Mémoires, les visions du côté gauche révélées par Robespierre , ne sont que le commentaire des quelques lignes du discours que nous venons de citer.

L'accord du discours de Garât et des Mémoires prouve sa bonne foi, sa clairvoyance comme moraliste, son impartialité comme historien ; mais, s'il fut clairvoyant moraliste , impartial historien , fut-il également prévoyant et impartial ministre? 11 faut bien répondre négativement. Qu'il en eût ou n'en eût pas conscience, la force des choses devait naturellement l'amener à pencher du côté des Montagnards ; car pouvait-il remplir pleinement son devoir de ministre , du moment qu'il proclamait que les deux partis s'accusaient réciproquement de complots chimériques? Sous TinQuence de cette opinion, il était donc porté à natlacher aucune importance aux complots réels qui pouvaient se tramer dans Paris ; et même ici nous devons re-

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trancher quelque chose de ce que nous venons de dire relativement à sa clairvoyance comme moraliste : il est vrai, les complots dont s'accusent les hommes en temps de révolution sont chimériques; Garât, sur ce point, a raison, ou plutôt il auiait eu raison, s'il avait ajouté : « ils le sont tous moins un. » A travers les complots imaginaires que les partis s'imputent, il en est un sérieux, qui se continue et qui finit par aboutir au triomphe ou à la catastrophe. Voilà ce que ne vit pas Garât.

Rien sur ce pointne put le désillusionner. Persuadéque la cause de l'agitation était dans les dissensions de la Convention, que ces dissensions avaient elles-mêmes pour cause la surexcitation des passions , que ces passions ne pouvaient s'apaiser que d'elles-mêmes ou par un effort de modération , ceux qui lui parurent le plus s'écarter de la modération furent naturellement ceux qui les premiers crurent devoir prendre des mesures effectives pour se défendre. Aussi Garât , qui se refusa à voir un complot dans les menées des Montagnards, des Jacobins, des Cordeliers, des sectionnaires, des membres de la commune, on vit un, ou peu s'en faut, dans la commission des Douze, instituée pour lutter contre ces menées.

Que la création de la commission des Douze ait été dans l'état de Paris, vu le peu de forces que les Girondins avaient à leur disposition , une mesure impolitique ; que l'arrestation d'Hébert et de Chaumette n'ait fourni qu'une occasion de s'insurger à ceux qui , depuis longtemps les plus forts , criaient à l'oppression et à la persécution, il se peut; mais ce n'était pas au ministre de lintérieur à s'élever contre cette commission , créée pour venir en aide à l'impuissance du pouvoir exécutif. Maintenant que nous connaissons les causes du 31 mai, nous ne pouvons lire sans étonnement la séance du 2o mai, où Garât vint rassurer

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