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CHAPITRE SEPTIÈME

vite qu'on la prend; et si vous menacez continuellement les mêmes passions que naguère vous avez continuellement protégées, parce que vous êtes devenus sages, la multitude croira que vous êtes devenus traîtres : ce n'est pas le fouet à la main qu'il faut approcher les coursiers fougueux qui doivent recevoir le frein. Quand il n'y a aucun véritable gouvernement, il ne faut pas être surpris si la multitude ne se laisse pas gouverner. Imposez-lui doucement et fortement le joug des lois, et criez moins à l'anarchie ; gardez-vous surtout de montrer sans cesse la hache des lois à des hommes parmi lesquels il y en a peut-être de scélérats, mais parmi lesquels, sans aucun doute, il y en a plusieurs qui ont en ce moment dans Paris plus de puissance que les lois et la justice. N'exagérez pas leurs crimes , car vous feriez croire qu'ils n'en ontpointcommis; ne confondez pas avec eux ceux qui sont très-innocents, quoiqu'ils soient très-montagnards, car vous feriez croire que tous sont innocents. Il y aune vérité terrible, et que pour cela même il faut bien connaître et méditer beaucoup : c'est que dans les grandes démocraties, et surtout à leur naissance, la multitude prête bien plus volontiers

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sa confiance, son amour et sa force à ceux qui lui parlent le langage des passions dont elle est enivrée, qu'à ceux qui lui parlent le langage de la raison, qu'elle ne comprend pas. Entre le défenseur de ses droits et celui de ses excès, c'est à celui-ci qu'elle donnera la préférence. Ne provoquez donc pas sans nécessité un combat prêt à s'engager pour des intérêts qui ne sont pas ceux de la liberté et de la république, et dans lequel vos ennemis vont déployer contre vous des armes que vous-mêmes avez aiguisées dans d'autres temps.

A Gensonné, qui n'a jamais cessé de croire à la pureté de toutes mes intentions, et que, malgré l'opiniâtreté trop naturelle de son caractère, plus d'une fois j'ai fait incliner vers ma manière de voir les circonstances et la marche qu'elles prescrivaient, je tenais un autre langage.

Je lui disais :

(( Vous croyez être certain que la France <( tout entière se lèvera pour voler à votre dé- <( fense ; mais songez donc que vos forces, dans <( cette supposition même , sont disséminées (( dans toute la France , et que celles de vos « ennemis sont réunies dans Paris. Dans un

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