CHAPITRE SEPTIEME. Ui
a thène et de Phocion avait raison, l.es hom- <f messages de l'Europe pénétreront sans peine <( les motifs de vos ménagements pour des « législateurs trop peu dignes de partager ce (( titre glorieux avec vous , et ils vous blàme- (( raient si, par une précipitation trop grande à « exercer quelques actes de la justice nationale, « vous mettiez la nation et la justice elle-même « en péril. Cicéron, dont le nom est souvent « par vous invoqué, poursuivit Gatilina et ses (( complices sans relâche et sans miséricorde « jusqu'à la mort qu'il leur fit donner comme rt sous ses yeux. Mais Gatilina et ses complices « ne déshonoraient pas seulement la républi- « que, ils conspiraient contre elle; Cicéron en « avait les preuves dans ses mains : il fallait ou « les tuer ou laisser égorger le sénat et incen- « dier une partie de Rome. Mais voyez avec <( quelle prudence, qui serait traitée de fai- <( blesse ou de lâcheté par des hommes moins <( sages, ce même Cicéron se conduit avec son « collègue au consulat, collègue qu'il s'est fait (( donner lui-même , quoiqu'il le connût pour « un homme sans mœurs, sans probité, et plus « di^ne à tous égards d'être le complice de « Gatilina que le collègue de Cicéron. Voyez
« comment, pour assoupir les vices les plus « dangereux de ce collègue, Cicéron caresse « jusqu'à son ambition ; comment ce grand « homme se sert des vices même d'un gueux (( élevé aux dignités suprêmes pour en faire un (( instrument utile un moment à la république. « Mon cher Gensonné, voilà pour moi le mo- « dèle d'un homme d'État dans un homme de rt génie et dans un homme de bien. On peut « faire de superbes phrases sur la vertu de Ca- (i ton qui était inflexible, mais il n'y a rien de t plus beau que les phrases de Cicéron, et il « n'y a rien de sage et d'utile comme sa con- (( duite. Je trouve très-bon qu'on tâche d'imi- <( ter les mouvements passionnés de l'éloquence « de Cicéron, mais je voudrais aussi qu'on « imitât la prudence et l'habileté de sa con- « duite. Songez, mon ami, que la république « de France est née avant les vertus qui sont « nécessaires à sa durée; songez que jusqu'à « présent nous possédons plus les bons princi- " pes que les bonnes mœurs, et que les princi- '( pes même sont plus proclamés qu'ils ne sont H connus; songez que, si la guerre éclate entre (( les législateurs qui ont foudroyé le trône et rt les législateurs qui ont une théorie plus pro-