CHAPITRE SEPTIÈME. U
<( fonde de la république, dans l'état actuel des (( esprits , les quatre-vingt-dix-neuf centièmes (( de la nation ne se tourneront pas du côté de (( ceux qui ont lancé la foudre. On vous don- (( nera peut-être un jour des larmes et des sta- (( tues; mais si vous ouvrez des combats qu'il (( dépend de vous, je le crois, d'éviter, on peut (( commencer par vous faire monter à l'écha- (( faud. Songez, enfin, que dans le conseil exé- « cutifvous avez des amis, et que vous laissez <( le conseil exécutif comme il ne devait être que « sous un roi, sans aucune force ; que dans la « Commune vous avez des ennemis, et que vous « laissez la Commune comme elle ne devait être <( que sous un roi, avec une force toute-puis- (( santé. Quand vous disposez si mal les choses, « c'est une espèce de démence de croire que (( les événements puissent vous être favora- (( blés. ))
Ce que je disais à Gensonné avec tous les épanchements, avec tous les développements d'un homme qui parle à un homme qu'il aime et pour qui il craint, je l'ai fait entendre assez clairement à la Convention nationale elle-même.
Dans une séance du soir, où le conseil exécutif rendait compte de quelques troubles, je dis
iU MÉMOIRES DE GARAT.
sans aucune ambiguïté que le conseil exécutif ne pouvait être responsable des événements, puisqu'il n'était dépositaire d'aucun desmoyens, d'aucune des forces avec lesquelles on s'en rend maître, on leur commande et on les dirige. Gensonné se leva à l'instant pour faire la motion de mettre la réquisition de la force armée dans les mains du conseil exécutif. Robespierre, que je vois encore se précipitant du haut de la Montagne à la tribune, demanda la parole comme pour sauver la liberté, le peuple et les droits de l'homme. La querelle allait devenir terrible. Gensonné ne se sentit pas assez fort pour la soutenir avec avantage : il retira sa motion, qui à peine avait été entendue. Je ne sais si les journalistes discernèrent ces mouvements et leurs intentions , je ne sais si les journaux en on rendu compte, je ne sais s'il existe des témoins qui ont vu ce fait et qui en ont gardé la mémoire, mais ce fait est vrai, et j'en ai souvent parlé à beaucoup de ceux qui tiennent note des événements à mesure qu'ils passent.
C'est par le même motif que, sentant tous les jours davantage que le conseil exécutif n'était pas un pouvoir, le premier j'ai proposé de le