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CHAPITRE HUITIEME

De la nuit du 9 au 10 mars. — Des événements de cette nuit et de ma conduite. — De mon rapport à la Convention. — Si j'ai dit tout ce que je savais, si j'avais les moyens de tout savoir, si j'ai tout su. — Décret de la Convention contre le comité d'insurrection. — De mon rapport sur le comité. — Du café Corazza. — Mot de Lanjuinais sur le café Corazza au 31 mai. — Réponse à Lanjuinais.

Depuis longtemps, les menaces des deux côtés, différentes par leur nature, mais semblables par leur violence, devenaient de jour en jour plus terribles : c'étaient comme deux armées dont la résolution était prise d'en venir aux mains, et qui cherchaient pour la saisir la circonstance et la position la plus favorable.

La soirée du 9 au 40 mars parut précipiter les événements pour les conduire à un dénoûment affreux.

Les nouvelles de la défeclioii de Dumouriez, arrivées le jour même, avaient rempli les imaginations d'impressions sinistres ; on profitait d'une trahison pour semer le soupçon de mille autres, pour les rendre toutes vraisemblables parce qu'il y en avait une de vraie. Les liaisons anciennes de Dumouriez avec Brissot et avec les députés de la Gironde étaient depuis longtemps remplacées par des ressentiments que couvraient à peine les égards qu'un général d'armée devait à des législateurs, et que des législateurs devaient à un général par qui triomphait la république. Mais leurs ennemis voulaient les croire toujours unis pour les perdre ensemble et pour les unir réellement dans la même proscription : l'indignation que Dumouriez méritait dans la Belgique, on l'excite donc à Paris contre Brissot et contre les députés de la Gironde.

Je remarquais ces dispositions; je m'attendais à quelques mouvements; j'en surveillais la naissance et la direction.

A sept heures à peu près, à la maison de la justice, où j'étais, j'entends retentir et se promener par les rues un tumulte confus de chants d'une joie féroce et de cris d'une fureur me-

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