CHAPITRE HUITIÈME
naçante : je sus bientôt que c'était une troupe qui, après s'être enivrée dans un repas fait à la section de la Halle, allait défiler dans la salle des Jacobins. Mon premier sentiment fut le besoin de me réunir à mes collègues.
Je cours d'abord chez Glavière, que je ne trouve point chez lui, et je me rends ensuite au département des affaires étrangères, où je trouve Lebrun, Bournonville, Brissot et Gensonné ; Glavière se réunit bientôt à nous. Là, nous prenons des mesures pour savoir avec quelque certitude ce qui se passe, et nous délibérons sur la conduite que nous devons tenir nous-mêmes. La Gonvention était assemblée pour discuter le plan d'organisation d'un tribunal révolutionnaire : le plan, proposé par le côté gauche, était repoussé avec horreur par le côté droit. Les mouvements séditieux qui se faisaient sentir dans quelques rues pouvaient avoir une intention plus criminelle encore, mais il était naturel de penser que leur but était de forcer les opposants à donner leur voix à l'établissement et aux formes extraordinaires du nouveau tribunal : des moyens semblables ont été employés trop souvent durant toute la révo-
loO MÉMOIRES DE GARAT.
lution, et de bons décrets même ont passé par ces indignes moyens.
Des rapports qui nous arrivent de plusieurs côtés et qui s'accordent ensemble nous apprennent que, lorsque des troupes ont défilé dans la salle des Jacobins, du milieu de la file un homme s'est détaché, et qu'il est monté à la tribune; que dans un langage plein de fureur, et avec l'accent d'un Africain ou d'un Bergamasque, il a fait des propositions atroces; qu'il a proposé de diviser la troupe qui défilait en deux parties, dont l'une irait à la Convention venger le peuple en punissant de mort ses mandataires infidèles, et l'autre au conseil exécutif égorger tous les ministres, faire maison nette; que des applaudissements s'élevaient déjà, que des sabres s'agitaient en l'air pour donner des suffrages homicides à ces exécrables motions, lorsqu'un membre de la société a changé la motion de tuer les députés et les ministres en celle de les arrêter et de les emprisonner; qu'à l'instant où cette seconde proposition allait être mise aux voix, Dubois de Crancé était arrivé aux Jacobins, et, s'élevant contre les deux motions avec l'horreur et l'effroi que toutes les