CHAPITRE HUITIÈME. iSl
deux devaient exciter, les avait fait rejeter par ceux-là même qui venaient de les applaudir ; que cependant plusieurs de ces furieux étaient sortis sans déposer leur fureur, *et qu'on avait lieu de craindre qu'ils ne l'eussent portée ailleurs.
Je proposai deux partis :
L'un, de nous rendre au conseil exécutif, d'y établir une séance permanente , d'y appeler les autorités constituées de Paris qui avaient la réquisition de la force armée, et de leur faire donner devant nous les ordres que nous jugerions nous-mêmes les plus propres à garantir de tout attentat les jours sacrés des représentants du peuple et la sûreté publique ; l'autre , de nous rendre dans le sein même de la Convention, de faire appeler par elle le maire de Paris, le président du département et le commandant de la force armée, et de donner à des mesures de police la grandeur, la force et la majesté des déterminations législatives.
Aucune de ces deux propositions ne fut adoptée : la première , parce qu'on soupçonnait les chefs des autorités constituées de complicité avec les scélérats, et que, dans ce cas, avec tous les moyens de nous tromper, ils nous au-
raient eu seulement plus près des coups qu'on pouvait vouloir frapper ; la seconde , parce que les membres désignés aux couteaux n'étaient point dans la Convention , et que de toute la nuit il n'y avait là pour eux aucun risque.
Le bruit se répandait qu'on allait fermer les barrières , sonner les tocsins et tirer le canon d'alarme : il n'était pas vraisemblable que tout cela se fit s'il n'y avait pas un grand complot, et si dans ce complot n'était pasla Commune. Nous décidâmes que je me rendrais à la Commune à l'instant même. Lebrun y vint avec moi; en y allant nous passâmes par les environs de la Convention nationale et des Jacobins : tout y était dans un profond silence ; le seul bruit qu'on entendait dans les rues était celui de la pluie qui tombait, et de quelques patrouilles rares qui marchaient lentement.
Le conseil général de la Commune était assemblé et bruyant : il l'était presque toujours.
Nous appelâmes le maire, et lui demandâmes compte de tout comme au chef de la police. Le maire nous apprit qu'il venait de se présenter à la Commune une députation des Cordeliers et de la section des Quatre-Nations^, pour demander la fermeture des barrières , les tocsins et le