CHAPITRE HUITIÈME
miers mots, qu'aucune de mes recherches n'avait pu me faire parvenir à une société ou rassemblement qui fût dit, c'est-à-dire appelé comité d'insurrection. Il n'y eut à cet égard dans mes paroles aucune tergiversation. J'articulai le résultat de mes perquisitions très-nettement, très-franchement ; et aujourd'hui que les faits, en se développant d'une manière si terrible, ont jeté tant de lumières sur leurs véritables causes, il est démontré pour tout le monde qu'à ce moment, qu'aux 13, 14, 15 et 16 mars, il n'y avait nulle part dans Paris un comité dit d'insurrection.
11 y eut des choses dont je parlai, non pas en tergiversant, mais avec circonspection; et on verra tout à l'heure pourquoi et comment.
Je m'attachai principalement dans mon rapport à fixer l'attention de la Convention nationale sur elle-même, à lui faire regarder ses divisions intérieures comme le plus grand de tous les dangers pour elle-même, pour la France, pour le genre humain , à qui elle était donnée en exemple et pour le bien et pour le mal. D'autres, peut-être, auraient regardé cette partie du rapport comme très-délicate , très-dangereuse à traiter; mais ce n'était pas là pour moi les
charbons ardents ; ce fut sur cela que je m'arrêtai ou que je me répandis avec le plus de confiance et le plus d'épanchement. Je sentais bien que. je parlais devant une assemblée qui agitait les destinées de ma patrie et de la terre; mais cette assemblée , dont la puissance était redoutable et la mission auguste, je la voyais composée de beaucoup d'hommes chers à mon cœur, et je cherchais à faire entrer la voix de la vérité dans leurs âmes par les accents de l'amitié. Je demandais une autre vertu encore à des hommes à qui les plus hautes vertus étaient si naturelles. «Si vos âmes, leur disais-je, pouvaient tout à coup s'ouvrir les unes devant les autres, vous verriez dans toutes lareligion et la passion de la république. Cette république que vous adorez tous, aimez-la tous assez pour lui sacrifier les haines et les ressentiments nés chez vous du culte même que vous lui rendez. Ni les républiques ni les religions ne sont détruites par des traîtres et par des ennemis; elles le sont, les unes par des partis, les autres par des sectes. Les mouvements du dehors ne seraient rien, ils n'existeraient pas, si les mouvements de la Convention ne les excitaient et ne les appelaient. Ici, la trahison n'est nulle part;