‹ Mémoires de GaratChapitre 98 sur 213 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

mais la haine peut la voir partout, et la haine peut former des complots atroces contre des complots imaginaires. )>

Au sujet des mouvements du dehors, je citai ce Varlet, qui à peine avait vingt ans, et qui depuis quatre ans se montrait dans toutes les séditions. J'affectai surtout d'insister beaucoup sur une réunion de dix à douze personnes qui avait lieu très-souvent au café Corazza. Parler d'un café , lorsqu'on cherchait un comité d'insurrection, parut alors ou une puérilité presque niaise , ou une perfidie cachée sous un air de simplicité. J'avais pourtant ajouté : Ces personnes se réunissent au café Coraz-x-a, au sortir des séances des Jacobins ; j'avais pourtant prononcé quelques noms qui auraient dû faire penser, et qui n'auraient pas dû faire rire , comme les noms de Gusman, de Défieux, et de ce Proli que, là même, je dis être un fils naturel de Kaunitz, et qui était alors l'ami de Robespierre. J'avais pourtant ajouté : Quelques membres de la Convention nationale s'y rendent aussi, et, si elle le désire, je les nommerai, La Convention ne parut pas le désirer. J'aurais nommé Chabot principalement et Collot-d'Herbois. Depuis, CoUot m'a notifié qu'il m'avait compris, lui, et

qu'il n'avait pas souri de pitié, comme beaucoup d'autres, à mes pitoyables discours. Enfin, ces longs et fastidieux détails sur le café Corazza attachèrent à mon rapport un long souvenir mêlé de ridicule et de ressentiment. Et au 31 mai, lorsqu'au bruit du tocsin et du canon d'alarme, je me réunissais, dans la Convention, aux députés qui venaient prendre leurs postes, Lanjuinais, l'un de ceux dont la vie était le plus menacée, s'approchant de moi, non avec colère, mais avec dérision , me cria : Eh bien ! Garât, c'est le café Corazza ! Que pouvais-je alors répondre ? Il ne s'agissait plus alors de savoir où s'attroupaient secrètement les monstres; ils entraient dans le sanctuaire des lois ; le département était à la barre, et l'Huilier, qui depuis ce moment jusqu'à sa mort n'a cessé de demander ma tête, protestait pieusement que cette insurrection était toute morale.

Les paroles et l'accent de Lanjuinais étaient d'un homme dont l'àme était déjà très-élevée par la grandeur des dangers, et dans cette séance et dans les suivantes tous les mots qui lui échappaient prouvaient que la vertu et le malheur senties sources du beau et du sublime. Lanjuinais, si sa mén^oire a conservé comme la

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