CHAPITRE HUITIÈME
mienne ce souvenir, confirmera ce que je raconte ; et après une année de crimes et de calamités telle, qu'on n'en découvre pas dans toute l'histoire de l'espèce humaine une autre qu'on puisse lui comparer, une des consolations que je compte pour mon âme, c'est de me faire entendre aujourd'hui à l'âme de Lanjuinais. Je vais donc lui répondre à travers les douze mois de sang et de ruines qui nous séparent de sa question : ((Oui, Lanjuinais, c'est lecaféCorazza, Vous l'avez ignoré, peut-être, dans les cavernes où vous avez cherché un asile; mais ici, dans le triomphe insolent des factieux , des bourreaux et des échafauds , ce secret a été révélé pour tout le monde : oui, c'est le café Corazza, Dans les âmes de tous ceux qui étaient mêlés aux combats des deux côtés de la Convention fermentaient toutes les passions qui devaient faire éclater la révolte; mais au café Corazza conféraient presque journellement ceux qui préparaient de loin, qui arrangeaient la révolte pour l'organiser dans des formes qui ressembleraient à l'insurrection du 10 août. Gusman, Défieux, Proli, Chabot, Gollot, étaient les plus assidus à ces conférences, et Collot, Chabot, Proli, Défieux, Gusman, ont été les principaux
auteurs de la révolte du 31 mai et du 2 juin. On imita du 10 août jusqu'aux singeries ; et, de même que Péthion, au 10 août, fut mis en chartre privée par les insurgés, Chabot, au 30 mai, fut tenu en chartre privée à Tévêché par les révoltés. Que d'autres jouissent d'un affreux triomphe lorsque les expériences des malheurs rendent un témoignage tardif à la vérité qui a été méconnue et outragée dans leur bouche ; je gémis, je suis consterné et je m'anéantis dans le néant de la prudence et de la prévoyance hu-
maines !