DB I. 6A1I1BALI)I
fr* Sa nous retir^nl» noui ne laiiserons pas, je l'espère, un seul blessé sur le champ de bataille.
*i^ Npo 1 Qoni eri^reat toutes les toiz.
Au reste, blessés, nous Tétions presque tous.
liOvaque je vis tout mon monde bien calme et bien aisoré» je donnai tranquillement Tordre de se retirer tout en oombattant.
Par bonheur, je n'avais pas une égn^tignure, ce qui me permettait d'être partout, et, quand un ennemi a'approqbait trop témérairement de nous, de le faire repentir de sa témérité.
La peu d'hommes iralides qu'il y eût parmi nous cbnntaient des hymnes patriptiques, auxquels les blessés répondaient en chœur.
L'ennemi n'y comprenait rien.
Ce dont nous souffrions le plus, c'était du manque d'eau.
Les uns arrachaient des racines et les mâchaient; les autres suçaient des balles de plomb ; quelques- DUS burent leur urine.
Enfin, la nuit vint et, avec elle, un peu de fraîcheur.
Je serrai mes hommes 0n colonne, et plaçai les blessés au milieu. Deux seulement, qu'il était impossible de transporter, furent laissés sur le champ de bataille* Je recommandai bien à ma petite
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troupe de ne pas se disperser, et de se retirer dans la direction d'un petit bois.
L'ennemi s'en était emparé avant nous; mais il en fut vigoureusement chassé.
J'envoyai alors des explorateurs, qui revinrent me disant que l'ennemi avait mis presque tous ses hommes à terre et faisait pattre «es chevaux. Sans doute se persuadait*il que c'étaient la faim et le manque de munitions qui nous avaient fait faire halte; la faim, nous ne la sentions pas; quant aux munitions, nous en avions trouvé, sur nos adversaires morts, autant que nous en avions voulu.
Maintenant, le plus difficile nous restait à faire.
L'ennemi était campé entre nous et le Salto; après un repos d'une heure, qui fit croire à nos adversaires que nous resterions toute la nuit où nous étions, j'ordonnai à mes hommes de se reformer en colonne, et, au pas de course, la baïonnette en avant, nous nous lançâmes comme un torrent au milieu d'eux.
Les trompettes ennemies sonnèrent le boute-selle ; mais, avant que chaque homme eût trouvé selle, rônes et cheval, nous étions déjà passés.
Nous nous dirigeâmes de nouveau vers une espèce de maquis. Une fois dans le fourré, je donnai
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Tordre à tout le monde de se coucher ventre à terre. L'ennemi venait à nous sans nous voir, sonnant la charge.
Je le laissai approcher à cinquante pas du bois, ety alors seulement, je criai : « Feu ! » en donnant ^Texemple.
< Vingt-cinq ou trente hommes et autant de chevaux tombèrent; Tennemi tourna bride et rentra dans son camp. Je dis à mes hommes :
— Allons, mes enfants, je crois que le moment est venu d'aller boire.
Et, côtoyant toujours notre petit bois, portant nos blessés, tenant à distance les plus acharnés de nos adversaires, qui ne voulaient pas nous abandonner, nous gagnâmes le bord de la rivière. A l'entrée du village nous attendait une grande émotion : Anz^ni était là, pleurant de joie.
Il m'embrassa le premier, et voulut embrasser tous les autres après moi.
Anzani, lui aussi, avait eu son combat : il avait été, avec ses quelques hommes, attaqué par l'ennemi, qui, avant l'engagement, l'avait sommé de se rendre, lui disant que nous étions tous morts ou prisonniers.
Mais Anzani avait répondu :
— Les Italiens ne se rendent pas ; décampez tous
«0 MÉMOIllBS
tant que tous êtes, ou je votts foudroie aveo mes eseadrons. Tant que j*aupai un de mes compagnons avec moi, nous combattrons ensemble, et, quand ]e serai seul, alors je mettrai le feu aux poudres, et me ferai sauter^ et tous avec moi.
L'ennemi n'en demanda pas davantage, 11 se retira. Aussi, mes hommes, qui retrouvaient tout en abondance au Salto, disaient-ils en s'adressantà moi :
— Tu nous as sauvés une première fbis; mais Anzani nous a sauvés une seconde !
Le lendemain, j'écrivis cette lettre à la commission de la légion italienne à Montevideo ?
«c Frères,
» Avant-hier, nous avons eu, dans les ohamps de San-Antonlo, à une lieue et demie de la ville, le plus terrible et le plus glorieux de nos combats. Les quatre compagnies de notre légion et une vingtaine d'hommes de cavalerie, réfugiés sous notre protection, non-seulement se sont défendus contre douze cents hommes de Servando Gomez, mais ont entièrement détruit l'infanterie ennemie, qui les avait assaillis au nombre de trois cents hommes. Le te% commencé à midi, a fini à minuit.
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9 Ni le iu>robre des ennemis, ni sei charges répétées, ni sa masse de cavalerie, ni les attaquea de ses fusiliers à pied, n^ont rien pu sur nous ; quoique nous n'eussions d'autre abri qu'un hangar en ruine soutenu par quatre piliers, les légionnaires ont constamment repoussé les assauts des ennemis acharnés ; tous les officiers se sont fôits soldats dans cette journée; Anzani, qui était resté au Salto et auquel l'ennemi Intima Tordre de se rendre, répondit la mèche à la main et le pied sur la sainte-barbe de la batterie, quoique l'ennemi l'eût assuré que nous étions tous morts ou prisonniers.
y> Nous avons eu trente morts et cinquante blessés; tous les officiers ont été frappés, moins Scarone, Saccarello aîné et Traversi, tous légèrement.
» Je ne donnerais pas aujourd'hui mon nom de légionnaire italien pour un monde d'or.
9 A minuit, nous nous sommes mis en retraite sur le Salto ; nous restions un peu plus de cent légionnaires sains et saufs. Ceux qui n'étaient que légèrement atteints marchaient en tête, contenant l'ennemi quand il s'émancipait par trop.
» Abl c'est une affaire qui mérite d'être coulée en bronze I
i> Adieu! je tous écrirai plus longuement une autre fois.
n Votre GlUSEPPE Ga&IBAU)!.
D P. S. Les officiers blessés sont : Gasana, Marochetli, Beruti, Remorini, Saccarello jeune, Sacchi, Grafigna et Rodi. d
Ce fut notre dernière grande aQàire à Montevideo.
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j'écris au papb
Ce fut vers ce temps que j'appris, à Montevideo, Texaltation au pontificat de Pie IX.
On sait quels furent les commencements de ce règne.
Comme beaucoup d'autres, je crus à une ère de liberté pour l'Italie.
Je résolus aussitôt, pour seconder le saint-père dans les généreuses résolutions dont il était animé, de lui offrir mon bras et celui de mes compagnons d'armes.
Ceux qui croient à une opposition systématique de ma part à la papauté verront, par la lettre qui va suivre, qu'il n'en était rien; mon dévouement était à la cause de la liberté en général, sur quelque point du globe que cette liberté se ftt jour.
On comprendra cependant que je donnasse la
préférence à mon pays, et que je fusse prêt à servir sous celui qui paraissait appelé à être le messie politique de Tltalie.
Nous crûmes, Anzani et moi, que ce sublime rôle était réservé à Pie K, et nous écrivîmes au nonce du pape la lettre suivante, le priant de transmettre à Sa Sainteté nos vœux et ceux de nos légionnaires :
a Très-illustre et très-respectable seigneur,
)) Du moment ob nous lont arrivées les premières nouvelles de l'exaltation du souverain pontife Pie IX et de l'amnistie qu'il ♦concédait aux pauvres prosorita, nous avoQS, avto une attention et un intérêt toujours croissants, compté les pas que le obef suprême de FÉglise a ftiits sur la route de la gloire et de la liberté. Les louanges dont Téobo arrivQ jusqu'à nous de l'autre cdté des mero, le frémissement avec lequel lltalie accueille la con« vocation des députés et y applaudit, les sages oonoepsions faites ii l'imprimerie, l'institution de la garde civique, l'impulsion donnée à l'instruction populaire et à l'industrie, sans compter tant de soins, tous dirigés vers ^amélioration et le bien-ètrtl des classes pauvres et vers la formation d'une ad-
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ipiai^trution nouvelle» tout, enfin, uûu$ a couvain- 0U$ que venait enfin de sortir» du sein de notre patrie, rbopanie qui, comprenant les besoins de son siècle, avait su, selon les préceptes de notre aaguçt^ religion, toujours nouveaux, toujours immortels, et «fins dérogera leur autorité, se plier cependant h réagence des temps ; et nous, quoique tous ce^ progrès fussent sans influence sur nous-mêmes, Qou^ l^s avons néanmoins suivis de loin, en accompftgnunt de nos applaudissements et de nos vœuj le oonpert universel de lltalie et de toute la chrétienté ; mais, quand, il y a quelques jours, nous avons appris l'attentat sacrilège au moyen duquel une faction fomentée et soutenue par l'étranger»— n'étant point encore fatiguée, après un si long temps, de déchirer notre pauvre patrie, — se proposait de renferser Tordre de obose^ atyourd'buî existant, il nous a semblé que Tadmiration et l'enthousiasme pour le souverain pontife étaient un trop faible tribut et qu'un plus grand devoir nou4 était imposé.
s Noua qui vous écrivons, très-illustre et trèsrespectable seigneur, nous sommes ceu^ qui, toujours animés de oe même esprit qui nous a fait affronter l'exil, avons pris les armes à Montevideo, pour une cause qui nous parf^issait juste, et réuni
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quelques centaines d'hommes, nos compatriotes, qui étaient venus ici, espérant y trouver des jours moins tourmentés que ceux que nous subissions dans notre patrie.
» Or, voilà cinq années que, pendant le siège qui enveloppe les murailles de cette ville, chacun de nous a été mis à même de faire . preuve de résignation et de courage ; et, grâce à la Providence et à cet antique esprit qui enflamme encore notre sang italien, notre légion a eu occasion de se distinguer, et, chaque fois que s'est présentée cette occasion, elle ne Ta pas laissée échapper; si bien que — je crois qu'il est permis de le dire sans vanité — elle a, sur le chemin de l'honneur, dépassé tous les autres corps qui étaient ses rivaux et ses émules.
» Donc, si, aujourd'hui, les bras qui ont quelque usage des armes sont acceptés par Sa Sainteté, inutile de dire que, bien plus volontiers que jamais, nous les consacrerons au service de celui qui fait tant pour la patrie et pour l'Église.
)> Nous nous tiendrons donc pour heureux, si nous pouvons venir en aide à l'œuvre rédemptrice de Pie IX, nous et nos compagnons, au nom desquels nous vous portons la parole, et nous ne croirons pas la payer trop cher de tout notre sang.
DE J. GARIBALDl UT
I) Si Votre illustre et respectable Seigneurie pense que notre offre puisse être agréable au souverain pontife, qu'elle la dépose au pied de son trône.
» Ce n'est point la puérile prétention que notre bras soit nécessaire qui nous fait l'offrir; nous savons trop bien que le trône de saint Pierre repose sur des bases que ne peuvent ni ébraliler ni raffermir les secours bumains, et que, d'ailleurs, le nouvel ordre de choses compte de nombreux défenseurs qui sauront vigoureusement repousser les injustes agressions de ses ennemis; mais, comme l'œuvre doit être répartie parmi les bons, et le dur travail donné aux forts, faites-nous l'honneur de nous compter parmi ceux-là.
» En attendant, nous remercions fa Providence d'avoir préservé Sa Sainteté des machinations dei tristiy et nous faisons des vœux ardents pour qu'elle lui accorde de nombreuses années pour le bonheur de la chrétienté et de lltalie.
» Il ne nous reste plus maintenant qu'à prier Votre illustre et très-vénérable Seigneurie de nous pardonner le dérangement que nous lui causons, et de vouloir bien agréer les sentiments de notre arfaite estime et du profond respect avec lequel
Sd MÉttOlRES
nous sommes de Sa très-illustre et très-respectable Seigneurie les bien dévouêâ serviteurs.
» G. GARIBALDIy
» P4 AHZAln< » Montevideo, ii octobte 1647. »
Nous attendîmes vainement ; aucune nouvelle ne nous arriva, ni du nonce ni de Sa Sainteté* Ce fut alors que nous prîmes la résolution d'aller en Italie avec une partie de notre légion.
Mon intention était d'j seconder la Révolution là où elle était déjà en armes, et de la susciter où elle était encore endormie^ dans les Abruatzes^ par eicemple.
Seulement, aucun de nous n'avait le premier sou pour faire la traversée.
DE J. GARIRALDI W