‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 105 sur 224 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

lat et des armes, les playes desquels it tousjours attribuées , non au deffaut ly à qui ils appartenoient en propriété, le celuy qui en avoit Tadministration !bame ; qu^il ne permettroit jamais , e rame luy batroit au corps , que la (ité des ennemis servist de mal-heur à ce , qui avoit de tout temps genereutriomphé de ses ennemis; que c'estoit faillis de cœur de se laisser abatre par le ou par Tespargne , et lors mesmes t question , comme il est aujourd'buy, msser les efforts de la fortune avec le courage.

^nd , que les seigneurs , gentils-bomimmes d'armes , et autres qui avoient eo Piedmont , ne cessoient de le presr avoir congé d'aller faire un tour en lisons, pour solliciter leurs procès; iot qu'ils en tomberoient par la main qui estoient à leur aise , jouissans du ) leur patrie , et qui se sçavoient revoir ropos de Toccasion que leur absence lortoit, et à laquelle les cours de parae s'arrestoient gueres : entre autres rs d'Aubigny, comte de Rollé , de de Terrides , et La Motte Gondrin assoient fort , et à nul desquels il ne onlu accorder , sur Tasseurance qu'il Dolt que Sa Majesté accorderoit une :e générale de deux ans, pour tous I servoient actuellement en Piedmont , aquelle , à dire vray, nul ne demeura, ique n'a voulu faire ledict sieur d'Au- |m a faict un trou au vent , sous pres'Q a, à ce qu'il dit, congé de Sa , et duquel toutesfoîs il n'a jamais e apparoir.

aussi eu sept ou huict hommes d'arse sont voulu desrober , lesquels ont ralisés et faits prisonniers, en atten- Is en soient sévèrement cbastiés, soie Sa Majesté commandera, isiesme , que Von a encores tout reit imprimé ceste créance à ceux qui : en Piedmont , soient grands , moyens s, que tandis qu'ils s*amuseront à le le mareschal leur puisse faire ny honneur , ils perdront leur temps ;

la médiation , non de luy, ains de ceux qui ont delà l'auctorité en main; de manière que chacun non seulement se degouste de servir sous sa charge, mais de luy rendre mesme l'ancienne obéissance dont ils estoient recommandés ; que le mareschal sçait bien qu'il est très-juste et très-raisonnable que les grâces et les faveurs soient recogneues provenir du maistre , afin que l'obligation luy en demeure; mais il ne seroit pas mal séant , ny préjudiciable aussi , que ce fiist par la recommandation et tesmoignage de ceux sous lesquels ils ont desjà servy et faut qu'ils servent en- ' cores : toulesfois, qu'il remet le tout à la discrétion de Sa Majesté , laquelle sçaura mieux juger que nul autre le bien et le mal que tout cela peut indifféremment produire , ainsi qu'il a cy-devant assez souvent remonstré. i^

Le quatriesme , et qui est fort considérable, c^est que tenant aujourd'huy le roy en Piedmont vingt-cmq ou trente fort notables places, et entre autres Albe, Sainct-Damian , Verrue , Casai , Santia , Masin et Yvrée , qui sont proches et fort incommodes à l'ennemi , il est à croire qu'aussi-tost qu'il aura assemblé ses forces il ira attaquer Tune d'icelles , auquel cas il feudroit qu'il y eust en chacune une couple de seigneurs d'anctorité , de valeur et d'expérience , pour y commander ; et par ainsi il desireroit qu'il pleust au roy luy en [envoyer demy douzaine, tels qu'Q les sçaura bien choisir ; car quant à messieurs de Bonnivet, de d'Ampville , Gordes, Terrides, Aussun,lesBiragues et Francisque Bernardin , chacun d'eux avoit gouvernement et charges pour la campagne , où il fidoit qu'ils luy «aidassent à la conduicte et exploicts des armes; que de les nonuner luy-mesme il ne le feroit jamais , ayant assez à faire à respondre de soy-mesme parmy les plus sainctes actions qu'il pouvoit rendre.

Fera finalement entendre au roy que domp Alvaro de Saude , mareschal de ^carnp de la fanterie espagnole , avoit esté visiter Valfenieres, accompagné de six cens chevaux, et, en s'en retournant , il voulut aller fidre dresser une embuscade à ceux de Villeneufve , où le sieur deLa Motte Gondrin estoit lors retourné , . dont ayant eu le vent , A 6t sortir son fils avec

mt allerjpp^iysttivre e^ France par 1 quinze cellades, luy ppmmandant de tenir

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VULARS.

bride en main pendant quMl monteroit à cheval avec cinquante cellades et cent arquebusiers : le fils , jeune et courageux aussi , alla si avant, que Tembuscade descocha tout à coup sur luy , le menant un peu rudement vers le lofps ; mais le père , arrivant au secours , et traversant aussi au mesme instant Francisque Bernardin avec cent chevaux, qui vil le jeu , y accourut , et chargèrent tous ensemble si courageusement ceste cavalerie , qu*il y en demeura trente de morts et environ vingt-cinq de prins, lesquels navoientpasies espérons si affiles que le mareschal de camp, lequel à la course se sauva en Ast.

. Le dernier mars li>54 , le roy renvoya le (jeneral Coyflîer en Pledmont , chargé de [se conjouir avec le mareschal de la réduction de la citadelle de Casai , laquelle Sa Majesté vouioit estre soudain bien remparée et munie par le secours qu'il faloil tirer de Montferral, le roy n'ayant moyen d'y entendre.

:. De f^ire entendre au mareschal qu'en faveur du (esmoignage qu'il a rendu de la valeur de Salveson , que Sa Majesté luy accorde le gouvernement de Casai.

Que 9 quoy que sçache dire ou remonstrer ledict sieur mareschal , Sa Majesté n'entend qu'il ait en tout et par tout que quatre mil Italiens en Piedmont.

Que Sa Majesté est contente de tirer à son service le sieur de Flaminio Paleologo , avec un estât de chambellan , mais que de luy entretenir une compagnie de ^chevaux légers, elle ne le pou voit faire.

Qu'elle a pour agréable qu'il retire aussi le comte de Dezane à son service , avec titn; de colonnel de trois enseignes italiennes seulement , qui luy seront baillées de ces quatre mil que Sa Majesté entend luy fournir, comme aussi seront les trois concédées au fils du marquis de Masseran , avec chacune cent escus par mois.

Que Sa Majesté est résolue de tourner le pins gros de ses forces du costé d'Italie , et d'envoyer douze mille escus au mareschal , pour gratifier ceux qui ont conduit l'entreprinse de Casai.

Qu'il a accordé la capitainerie delà (Mfadelle de Casai au sieur de Uessay , avec iulention

toutesfois qu'il se gouvernera parle conseil et ad vis du gouverneur de la ville.

Le roy désire que le mareschal face vm ses eflbrts pour retirer le comte de Yaleoce au service de Sa Majesté , luy accordant ce qu'il jugera convenable.

Que les baron de Chepy et capitame Vtià ont esté gratifiés par Sa Majesté selon ce qie ledict sieur mareschal desiroît , et quVIk vetf et entend que le procès soit foict au Fonore, et envoyé à la mort sll le mente , poidr servir d'exemple aux perfides.

Que Sa Majesté ne veut , pour la dtadek de Casai ny pour celle de Masin et Malivid^ entrer en aucune augmentation des baafa irançoises , mais que Tune d'elles soit kpartie par lesdictes citadelles , et plustoSt(Mt ce faire , soit cassé un capitaine et sa mÊ^ pagnie , et aussi quant au corps entier et «I quant à la séparation.

Que là où le marquis de Final perseierdi h ne vouloir faire la fidélité h Sa Majesté èà terres qu'il tient en son obéissance , qu'Bs^ft saisisse et y establisse commissaires.

Que le roy loue infiniement le ccmtA qM le mareschal luy donne sur toutes les ooitoquencos jue la paix peut apporter a TesW, et enquoy Sa Majesté se gouvernera selon «■ advis.

Le mareschal , recognoissant que toMsiB lettres et les mesmes depesches si soiuA faicies par ledict sieur gênerai Co}*(fier eia»très ne rapportoient aurun frnict qaeparoks et promesses fondressurla glace d'une wict, print resolution de remettre tout en la nii de Dieu , et de faire ce qu'il luy seroit possible pour prévenir ou adoucir les ioco0tniens qu'il crai{;noit du costé de Piedmott: mais premier que partir il voulut laisser cciK de Casai en quelque asscurancc. Pour ccfaât» il depescha Bonnivet avec trois camtms pof aller battre Tricerre , Baizola , Poma et S* Sauveur , chasteaux proches de Casai : cesny so fist battre de quehnies voilées dont ïse ti-ouva mal; les autres se rendirent doucement , et do?icement aussi furent traictés.

Pendant que tout cccy se dcmesloit , Salveson dressa une intelligence dans Verceilpv rentremise du sieur de Bressieu, Savoisiei, de l'exécution de laquelle Tesperance e^A

icnn^tJiêiiE.

mde ; mais celoy dont Bressieh ^ ser- 1 ur porter ses lettkres à Cd^l , se voyant I mifle escQS que je luy avois foorni art dn mareschâl pour portet* à Mn j'e vis en luy une contenance ^imorik'é le haste de dealog^er si grande . que ' en quelque soupçon dû mfd cfA àd- )ea de jours , ayant traby son msiMre exécuté. Si j'eh eusse esté crien , il eust euQ prisonnier.

ainsi exécuté , H tourna bride vers le nt , où n trouva que ceuk de Yuipian faffenieres s^stoiént fort émancipés i son absence , an préjudice du panipte de la campagne : à quoy il pourbien , qu'ils ne s'osoient plus guerés er de leurs tasnieres. Mais ceux de Thuous a voient tant à contrlB*coéurla proxitdict Yhlpian et les traverses qu'il lenr [ à chaque bout de champ , qu'ils snpt te mareschal d'en entreprendre la ste , oflhms pour ce fidre de fournir iniers et tontes les munitions de ponx)iillets et charroy qull faudroit pour rie , et de feiire une bande de leur jeuolontaiire , qui iroient apprendre à ser- IB roy et leur patrie. Le mareschal eut ^ble la disposition si affectionnée de pie; il les en loua et remercia ^promet- Itûre tout ce qu'il seroit possible pour idre après en avoir donné advis au roy par bonne volonté.

itosl que le mareschal fut t*etoumé vers mont , il sceut que le sieur de Sainct lYoit esté faiict prisonnier en un comidu près Casâl par Guido Piovenâ , cade cent chevaux légers de l'empereur, ieur de Mbntroux , frère et lieutenant Motte Gondrin , avoit esté tué , ayant iment combattu et ne se voulant rendre lose qu'on luy sceust dire ; et que veparler du sieur de BellegaMe , qui lussi lors à Casai avec M. de d'Amp ville, Piovena luy avoit dict qu'il romproit ers une lance contre luy pour la repuen laquelle il estoit de fort brave cavaautre Tayant , au retour de là prison , té audit sieur de Bellegarde , il luy enn trompette pour luy déclarer qu'il ac- \ le deffi seul à setil , ou avec trois ou

quatre autres ; l'autre , disant h^en avoir parlé que par jeu , le reAlse ; mais enfin , sommé de sa parole , il l'accepta , luy quittant Testection dn lieu et des armes. Le lendemain Bellegarde estant sorty avec une grosse trouppè dé Casai pour aller recogiioistre , entre Frasinet et Ca^l , lieu propre pour donner ce coup de lance , il rencontra les ennemis qui estoient aussi sortis dudict Fra« shiet pour en faire autant que luy, lequel ayant recogneu leur contenance , les chargiea si rudement qu'il y eut cinq ou six de tués et autant de prisonniers. De là à deux jours \ luy et Piovena se trouvèrent sur les rangs avec chacun un parrain et la lance bien acieréé. Bellegarde estoit monté sur un cheval d'E^agne des plus vistes , et l'autre sur un coursier dé Naples : au premier coup de la trompette les chevaliers partent; la vitesse du cheval d'Espagne et la force aussi avec laquelle il heurta le premier le coursier de l'autre , fut telle qu'il le renversa , les lances demeurans rompues, Tune par le choc de là cuirasse et l'autre par la cheute du cheval. Chacuh s'en retourna en sa garnison sans antre cérémonie.

^ En ce temps le sieur de Briquemaut, gouverneur de Sainct Damian , avoit intelligence dans Âst par le moyen dn chevalier Dozase , qui promettoit luy donner entrée dans l'un des bastions avec une trouppe de soldats qui forceroient le corps de garde de la porté du Tanare. L'apparence estoit si belle ^ que le mareschal trouva bon , puis que le roy tenoit si peu de compte des affaires de Piedmont, qu'il l'allast luy-mesme communiquer au roy, afin que Sa Majesté en ordonnast tout ainsi que bon luy sembleroit. Sa Majesté apnt en« tendu le discours, ordonna au mareschal d'y entendre. La Motte Gondrin au mesme instant luy fit sçavoir qu'il avoit si bonne intelligence avec un capitaine de la garnison , qu'il esperoit en venir à bout sous sa conduicte et commandement. Luy , apnt balancé l'un et l'an* tre party, sans que l'on sçeust rien des intentions de l'autre , il leur donna charge de faire bien recognoistre ce qui s'en pourroit espérer par quelque capitaine ou gentil-homme qui eust du jugement et de l'expérience , afin que , selon le rapport qu'ils en feroient sepsh

fljirdd mesme des fortereses ; que c'esuloir tout à escient hasarder Testât à un le dés , ott réduire tous les ans Sa Masi excessive despence pour suppléer à lants, quelle seroit à la parfin cons de le quitter avec la mesme gloire et tion qui avoit esté si laborieusement et usefflent acquises, et par conséquent en avant laisser la France exposée à ttion de tous ceux qui avoient envie Olirmander ; et que, quant à luy , plus- B d'estre ministre de telle ignominie niié , il aimoit mieux quitter sa charge, i bonne grâce de Sa Majesté , à tout |uelle voudroit choisir. D^alleguer^ foisoit le roy , que la sévérité des pucontenoit les fols et les esgarés, cela on à faire et à dire en ce qui regardoit les civiles, mais impertinent aux mimesmes lors que la foim et la necescorable assiègent le courage du sol- I insolences et rapines duquel ne luy ; en ce cas estre attribuées et moins corrigées par la justice , le payement m non seulement pour un mois, mais ! pour six. Et de faict , la misère avoit sqaes à ce poinct, qu'il y avoit plus cens soldats qui portoient les armes siur ise et sans souliers. Supplioit enfin sté de croire que sans le secours des liions qu*oa levoit au païs, et qui snt si ces practiques brigandesques introduictes , et sans aussi ce qu'il iprunté par rengagement de sa vaiside sa parale aussi , la contagion fust Hsée bien plus avant; et que ne luy 20 demeuré que le cœur et Taffection, levereroieat jusqu'au dernier sousitoit contrainct de librement remous- Majesté à quel cruel terme les choses reduictes , afin que son plaisir fust de si promptement et si advantageuseaffaires , qu'on puisse de bonne heure ' les premières estincelles de ce feu roit embraser tout , avec une reputaifve et peu convenable ^ si grand et lux prince qu'estoit Sa Majesté. Qu'il it pas de mettre bon ordre aux choses ises et de conséquence, mais qu'il t aussi Yciller de si près et avec tant

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