LIVRE CINQUIÈME
de constance , que les mesmes choses pour lesquelles Tordre avoit esté prins pussent aussi prendre ime fin heureuse et bien ordonnée. Luy fit aussi remonstrance que , quelque soin qu'elle et M. le connestable eussent à la conservation des conquestes delà les monts , qu'elles clocheroient et rouUeroient tousjours dans les inconveniens, si dès le commencement de Tannée il ne leur plaisoit faire recognoistre fort exactement quel estoit le fonds des financées et quelles charges elles avoient à porter, pour puis, selon cela,, faire les departemens particuliers de ce qu'il faudroit pour Picardie, la Champagne et le Piedmont , en distribuer les estats aux thresoriers, et envoyer d'autres au lieutenant gênerai , afin que sur ce fondement chacun peust advancer , mesurer ou retrancher la despence. Qu'avec ceste asseurance , les assignations se trouvans par après longues au recouvrement, il feroit des partis pour Tadvancement d'icelles avec les banquiers de Lyon et autres , dont Tinterest seroit porté , non par Sa Majesté, mais par toute l'armée. Ce sera aussi, par ce moyen , relever Sa Majesté et M. le connestable du soin et des fascheries dont il est contraint les travailler tous les jours , ester la commodité aux thresoriers de se dispenser des deniers, maintenir la discipline militaire, conserver et augmenter la réputation et les subjects , et mettre Tesprit du gênerai en assiette si tranquille , qu'il n'aura plus qu'à penser à bien et fidellement mesnager et exploicter les forces. Pour conclusion , que si Sa Majesté pouvoit tant faire qu'il eust présentement deux payes, et asseurance que les autres suivissent de près , il esperoit gaigner tant à Tendroict de l'armée , qu'elle amenderoit ses récentes fautes par le hasard de quelque grand et généreux exploit , Toccasion duquel ne luy defaudroit jamais.
Cependant le mareschal, sur Tesperance d^un futur secours , ordonna que les compagnies qui tenoient garnison en Albe seroient secourues de quelques vivres par forme ^de prest ; ce que le sieur de Lyoux , gouverneur, ne voulant endurer , ordonna que cela seroit supercedé , et qu'il en escriroit , comme il fit, au mareschal , luy mandant que il ne permettroit jamais que le dedans ny le dehors de la
MÉMOIRES DE ftOYlTIN tX VILLARS.
XvsS6i
ville quil avoit en {yonvemement f iist foule , ny qu'un tas de gens allassent et vinssent à leur plaisir sur les sauf-conduicts de luy : chose que le niareschal trouva de fort dore di{;rstion , comme contraire et au service du roy et à rauctorhc iqu'îl avoit. Pour ne rien altérer tontes-Tois , il èftflcra la responce et le ressentiment à la deuxiesme recliatge qoe faurro luy en fit , et luy manda lors que, tout ainsi qu'il avoit esté trophastif et peu retenu en ses actions et h escrire aussi , qu*il avoit voulu cstre tant plus lent et plus considéré, pour luy donner loisir de mieux et plus rêveremment remarquer les choses, ponant la lettre ces mesmes mots : «< Â vous dire ce qui en est , vous avez outrepassé les bornes de Tobéissance et du respect que vous devez porter à mes commandemens , entreprenant, connue vous avez faict, de rudement chasser d'Albe , et de vostre seule auctorité privée , ceux qui avoient sauf-conduict de moy , qui n'ay jamais aprins , comme je ne veux encores faire , qu*il soit permis , non plus à vous qu'aux autres gouverneurs de villes , de contrcroler mes saufsconduicls , lesquels je ne concède jamais si non en tant que les nécessités du service du roy m'y incitent , et dont il ne vous appartient de prendre cognoissance : bien vous est-il permis, en cas de soupçon , de m'en donner advis, afin d'y remédier selon l'apparence que j'y trouvcray. Quant à ce que vous dictes que le zèle du sor>ice de Sa Majesté vous a conduict à ce faire , je loue le zcle , mais non l'action , car je veux que vous sçachiez, monsieur de Lyoux, que vous vous lèverez de bon matin si vous Temporlez par-dessus moy, qui sçay révoquer et avancer, selon ce que je juge convenable, mes sauf conduicts, sans qu'il soit ny honneste ny nrcessaîre aussi que vous l'en li'opreniez , comme vous avez faict ainsi inconsidérément, et contre le respect que vous devez porter à ccluy qui a commandement sur vous , et (|ui n'a faute ny de force ny de jugement pour s'en faire à croire. Quant à la foule que vostre gouvernement reçoit de quelques vi\Tes que I on fournist aux bandes italiennes que M. de Gordes y a envoyées par mon commandement , je sçay assez que ce sont fascheuses^et ennuyeuses courvées, mais
encor vaut il mieux les supporter qAVn ne le faisant pas mettre Testât en perte et mpe. Si , n'estans point payées de sîl pay^ qui loir sont tamost denes, vous me rotiltez metii^fl avant quelque expédient pont* nie^ciMrVei playes , attendant le secours de Sa MigiMI', je le recevrois h grâce ^higulîere et te Vrif en desrobeit)is point Hionnenr. Lu pfaM que vo«s faictes de ces desordres ^ft lènlll, mais mm pas la protestation de ne IVtednrtf, tout cela dépendant, comme il fticA , ^ û discretiim et de moki jtig^etaent , et îmmi tt vostre, pour bon qu'R wk. Or, uAiiqttl passion ne vous aveugle plus , et que m appreniez désormais à obéir et à ne Vûosfii» 1èr plus avant que vous ne devez dés aWHIi lisez et digetez bien le ponveAr qûèleillf vous a concédé , et lors vous et vos gobjé^ gnons trouverez que votre voilée ne -s' point plus avant que dans l'enclos dé railles , et encores reiglée sous mon cottnik' dément. Quand je voudrotS , je veus trerois que nul de vous , horm» M. de Tt et de 1^ Motte Gondrin , n'avi^ tiltre n^prt^ voir que de capitaines dans vos vlllei. 'Wl dictes aussi par cestc mesme lettre qlR >oB estes bien marry que vous n'avez fuit peiW trois soldats de ces bandes ituliennes 4M vous a amenés , poiir quelque desordre qA ont commis : si vous l'eussiez enireprilis,è*M esté une faute fort lourde et qui voasi' mis en plus de peine que ne pensez, Il îM des hommes n'estant si fort à mespriser fil la faille foire perdre à qui que ce soitquéfv les voyes de la justice , sur laquelle vouititf aussi peu de puissance que les pn^res soldats. Si vous les trouviez vous mesmes sitk faict de quelque meschant acte , et quebei- 1ère vous omportast à donner quelque ooofi il seroit aucunement excusable , mais non jimais l'exécution de la justice , qui est auribuée aux prévôts de l'armée , sous le coumandement que je leur donne. Je suis mairit veu l'amitié que je vous ay toujours portée» que vous vous soyez ainsi de {jayeté de easi desreiglé en mon endroict : ce n'est pas ooi naturel d'entrer en ces disputes , si non Br tant qu'on m'y contraint , comme vous avtt faict, vous priant qu'il n'en soit plusparif.* ^ Briquemaut avoit proposé an rey leMi^
d*Ast, pour rexecmion de laquelle Sa [é avoit promis ftirces saflisaBies , metss quatre mil Âllemans du coronel Roiesqoels depuis elle emvoiya auSieanois promesses de luy envoyer încoaiJmeiM >s forces qu*elle faisoit lever. Et pMf qae reMpepriiMe ettdit pressée, et roii psf experieMe aprins te peu de leat qo*il devoit faire de teMes proi, il mpflUsL le roy loy voaknr domer Mieit advis «le ce ifsll'ei) devoit escar, seloa ce qu^flîay ^em «laaderoît , ttieadroit d^entreprendre ce que peut I oe pourrcHt pas adiever qu'avec tionte le; que , se metcaot snr mb gardes , il rendroft seulement de foire dilîgemretirer les moissons da«s les places , iwr la seorté d'icelles comme pour inider Teonemi : que , confbien qu'il ne partint pas d*enirer dans les secteis de fisté , neantmoins il M se pouvait gfarluy dire que tout ce qu'elle tenoit en mt, duché de Milan et Montferrstt, t point de si pethe importance qu'il ne )t d'estre plus soigneusement {^rdé Seanois ny la Gorsegue , et qu'il prequ on avoit envie de r'entrer dans les Ks erreurs des précédons roys , lespittoient tonsjours ce qu'ils avoient 1 et qui ne leur pouvoit estre esté , )iirir î Maples , en SiciNe et à IMilan ; Nsoit que c^estoit chose digne d'un lod et trèft-Juste roy d'avoir pitié des , mais qu'il estoit encor plus juste et Dvenable d*avoir pitié de soy-mesme , lost entendre à la conservation et à eement du sien que de se hasarder oorir à cehiy d'autruy, et pour des 9p esloignés et qui ont assez souvent fort volage et tendante à leur utilité liere -, et qu'en matière d'estat celuy it toujours le maistre qui avoit les m main , et qui les sçavoit utilement er, premièrement pour soy-mesme, pour autry ; qu'il ne tenoit pas le se^ e Sienne impossible ny trop hasardeux H par prévention on en eust commule bonne heure à ceux qui avoient et • et le jugement pour l'entreprendre ,