‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 11 sur 224 · SEIGNEUR DE TAVANNES · texte numérisé non relu

SEIGNEUR DE TAVANNES

adf b pour régner en pieté , justice , soulagéement et tranquillité du public.

Les pères Tertneax laissent un ardent dcsir ï leon enfens de les imiter. Alexandre re{|[ret- Hitkboii^iear de Philippe, qui luy laissoit peo i conquérir. U se présente un grs^pd labeor à Vostre Majesté, pour surpasser les actes kerolques du feu roy , lequel avec peu de pas et d*argent regagna son royaume , la plmput perdu par ses prédécesseurs et reirtte de leurs subjects aidés des estrangers , esMt de différente religion au Pape , aux Eipigieb et Italiens ses contraires , a vaincu ans son royaume les deux tiers de TEurope, rdEéamy et ennemy, François et estrangers, de toosnoDuné arbitre delà chrestienté, guidé (h cid pour éstre reconduit dans TEglise catMkpie , rend son royaume paisible accreu de la Bresse , contraint par sa prudence de Qunbray aux Espagnols, et d'endurer de Lorraine et les Huguenots en quelque poîssaBce , comparé à Charles YII , qui chassa de son royaume ses ennemis inlroduicts par son père Charles VI , par Tadoptlon d'un An- {lois estranger. Ces deux roys en actes sem- Uabks , Tun laisse GMais , Tautre Cambray à conquérir; le premier laisse le duc de Bour- SOiDgoe en puissance , Tautre les Huguenots eo pouvoir , esgaux en prospérité : le duc de l'oiu'gongne abandonne les Aoglois ses associés, le duc de Mayenne les Espagnols ses protecteurs/ Leurs Majestés, à la veille.de perdre leurs Estats, relèvent leurs couronnes;

différent en ce que Charles YH , contre sa parole , fit tuer Jean de Bourgongne , et le roy vosfre père protégea le duc de Mayenne. Deux Louys vous sont aussi proposés : le IX* , qui acquit le nom de Sainct contre les Infidèles^ et le XH% celuy de Père du peuple. Dieu tient le cœur des roys en ses mains : purifiez le vostre , à ce qu il vous conseille à prendre et choisir la meilleure de ces cinq voyes : régner en équité , réunir vos subjects en une seule religion , ester aux Espagnols ce qu'ils vous détiennent, faire la guerre aux Turcs, ou partir l'Europe avec la maison d'Austriche. Trois considérations sont en ce choix : la justice du dessein , les moyens de' Texecuter, vostre instinct naturel. ,

Le premier, de régner selon les loix de Dieu et du royaume , a ces contrariétés : l'ambition , l'avarice , larcins et desordres invétérés, deux religions en un mesme Estât, divers partis , les dons , les pensions accoustumées , la justice en vente , l'inconstance Françoise , la simonie tolérée, les ecclésiastiques dépravés, la milice corrompue, la noblesse mes-, contente, le peuple surchargé. L'antidote contre ces poisons : changez la domination seigneiurialle à une juste royauté ; faictes ce que les estats généraux assemblés vous conseilleroient^ou les mettez en force, à ce qu'ils descbargent Vostre Majesté, tant des mescontentemens et suppressions des ofliciers supernumeraires qui sont aux charges et estats de la guerre et de vostre maison , de la justice , des finances , et réduction d'iceux, que rc-,

cherche des financiers, lesquels, chasliés, peuvent fournir du moins sis^ millions de livres, leur laissant la moitié de ce qu ils ont mal acquis depuis leur advenement aux finances , joints à resparfine d'autres six millions de pensions reduittes , qui suffira pour rembourcer tous les oflices supernumeraires et racheter Yostre donctaine. Restablissez Tancîenne probité ecclésiastique ^ la justice en son inte{][ritc, et ce , d'autant que Textinction des {m]OS des ofliciers supernumeraires et pensions reduittes au{;mentera vostre revenu, avec une libéralité des ecclésiastiques de vostre royaume , pour vous aider à racheter partie de vostre domaine enga{;é. Entretenez la {jendarmerie et les gens de pied selon les formes anciennes , sans pervertir le tailloti ny les deniers des cinquante mil hommes ; rendez les goavememens triennaux ou les supprimez , et y employez par commission; ne pourvoyez aux places importantes que vos très fidèles serviteurs et les sexaf[enaires , ou gens (lesquels le parentage suspect ne puisse aporter crainte ; pourvoyez anx charges ecclésiastiques les plus gens de bien et de scavoir , pareillement arix guerres les plus fidèles expérimentés, et recompensez les princes plus en argent qu'en clrarges et gouvernements. Conservez vos anciennes alliances avec les voisins , et n'entreprenez guerre injuste ; entretenez Fedit de pacification aux Huguenots sans aucune innovation : que s'ils s'en rendent indigues , leur injustice , vostre force , leur division , vous facilitera la victoire entière. Réduisez le tout , à l'imitation du roy Louys XII , Père des peuples , qui seront vos vrays défenseurs et protecteurs : abolissant les subsides et imposts tyranniques , vous ne serez contraint d'entretenir une armée d'estrangers , comme Agatocles, t}Tan de Sicile, pour vous conserver par la ruine de vos subjects , et moins de suivre le pernicieux conseil qu'aucuns mauvais François ont esté si osés de vous donner, d'entretenir et payer douze mil hommes de pied et trois mil chevaux placés aux quatre parts de vostre royaume , vivants sur le peuple , pour soudainement opprimer ceux qui par remooitrances et supplications se plaindroienl du gou- ▼ernement , lesquels cependant s'exerceroienl en tout excès de servitude et impositions : advis

qui ne doit jamais estre prononcé en présence d'un bon roy , et rejette de Vostre Majesté, gagnant par justice , pieté et charité , le cœur de vos snbjects^ qut seront les vrayes et fortes armes pour vous maintenir contre toutes eslevalions , les perdre et dissiper en cas qu'il y en eust , régner heureusement à la gloire de vostre nom et repos de vostre royaume. Deqnoy ont servy tant de pensionnaires, de gardes , de soldats , de practicques et de nienées , aux deux roys qui vous ont précédé, puis qu'ils ont esté arrachés du milieu de leurs armes par morts violentes ? Quel proflit de ces grandes levées de deniers? plus vous donnez , plus il y a d'ingratitude, et pour cent satisfaits, milmalcontens. De tant de millions de deniers exigés , une beaucoup moindre sorermef MlBitM i Vostre Mdjesté , laquelle ne ressent aucunes voluptés ny plaisirs de ces exactions , dons immenses, allrments d'envie, (Toffieifee êé de guerres civiles : pins ïk eûoûti pftt is ta ventent avoir. Eslisez nh comeil , Mm éëà plus grands, ains des plus gens de bMtt , éxpB' rimentés amateurs de la losmatentioti de nàtat et de vostre authorité; hisses frire IM charges à ceux que vous en avez faonort^ évitant tontes iroportoirités servîtes , à dé que vous puissiez vous occuper à des effects |iAinr remarqtnbles. Distribuez tes gratlficstiote à personnes de mérite , à ce qtt'H y ait iSWèieùÊiB entre les bons , les médiocres , ittnttles et ata^ vais : les couronnes sont pesantes qui eedeM aux iroportnnitës. Demetrins dboit que ceux qui les cognoistroient ne les releveroiént de terre ; Henry III souhaîttoit la bonne fortune d'un gentil-homme françois possédant dix mil livres de rente. Il esta Vostre Majesté, faisant bien , d'estre en repos , en senreté , sans im« portunance , beny, aymé de vostre peuple , et craint des estrangers; les menaces , les malcontens,les partialités , seront esteinctes , et un million d'hommes courront sus à tontes sortes d'ambitieux brouillons , sans que soyez plus en peine de leur sacrifier les trésors de la France et vostre liberté , pour éviter leurs mauvais desseins , délivré de satisfaire journellement à tant de fascheux qui contraignent vostre présence hors de vos louables plaisirs. Vray est-il que tous changemens de mal en bien sont difliciles ; c'est pourquoy plusieurs

PREMIER ADVIS AU ROI LOUIS XIII

nrfs ont fiarit armer tenrs serTheurs , voDiant resCablir lesanciennesIoti.Yons estes en moindre peine , (Fautant que tous vos subjects co- («iioisisefil maintenant ne pouvoir vivre ny subàsler que sons la royauté ; non qu'il ne faille preodre garde à ne vouloir si pree?fHtammeot hkt on si grand changement de mal en bien, aios avec considération donner quelques choses an temps , et glisser les bonnes actions sous la proteecion des loix et bien de TEstat. La pielé et la justice sont les deux colomnes qui eonsenrem les Estats : Tune empesche les rebeflîMM par dévotion, Tautre par la terreur des soppKces. Ayez Fœil ouvert au gèneni et an particoCer de la France ; considérez rom les partis.

Lesfdrces de ceux de la religion prétendue reformée consistent en partie aux personnes principales , qui sont les sieurs Les-Diguieres , de BouiQoii , et de Suilly , dont le grand âge et ks grandes richesses leur estent tout désir de faire la goerre , possédant certain ce que rineertitndedesevenemens leur pourroit faire perdre : et qnaat aux sieurs de Rohan , de La Force , et de CfaastillOA , leur fbit)iesse , ambition et avarice , avec peu de force , les fera condescendre à vos voAontés. Les tilles de ce part} qm ont la supériorité et principale puissance désirent la paix , ayant tenté, et cognoissaot ne poirvoir establif des republiques en cesie moiiarchre. Les ministres et factieux se gagnent par argent. Combien plus facile vous est-il d^cqpetiv la bien-vetrillance de tous icenx , qu'aux mal-contents qui pottr leur interesiles vondroient susciter! Ppisque vostre Majesté a Fargent , les grades et la justice en la mann , en usant avec prudence , il n'y a rien i craindre de leur part. Et quant à la royne vosire mère , Yostre Majesté s'y comportant comme elle doit , luy donnant ce qui luy a esté promis , accordant ses requestes raisonnables, et traictant le tout avec douceur et justice , elle ne poorroit soiriiaiter la coronne autre part que sur vostre teste. Et la vieillesse du duc d*Espemon, et jeoaesse eiambition demesorée des princes et autres puissans , la considération de plusieurs de leurs proches, n*estans point désespérés, se contiendront, et ce , d'autant qu'ils^ ont cogncu leur impuissance , mesfiance et division d'entre eux. Ne

leur concédez par cramte , menaces , oa persuasions, aucuns gouvernements ny ptàce§ préjudiciables à vostre estât royal , qu'ils ont cogneu estre en telle révérence par Fexemplé récent du gênerai et du particulier, que Flfth possibilité et nécessité leur fera tout sMffiriry ne pouvant , sans leur appaiTente perte , s'exposer aux volontés de Vostre Majesté , de hh quelle les affaires sont en tel estât , par vostM bon-heur, que tout ce que vous feree oé tè* formerez ne vous peut estre impoté à famé dèr courage , ayant monstre aux priiiee^ leur kl* puissance , et regagné , aydé de la forte , Titmitié maternelle , tellement qu'il n'y a éM ôft vostre royaume qui iie confesse la difficulté d'entreprendre contre vostre aâthorité : àé qnoy, par grande consideratioa da passé e^ du présent , vous devez profiter, cogaoissatti que si monsieur le prince et ses associés , el ceux qui depuis se sont une seconde folsèdo^ vés sous Fauthorité de la royne vostre mère , eussent autant aymé et désiré le bieii ptfblie et descharge du peuple , que leur înteresl , H qu'ils eussent en la conduite dés feirees qtTil» avoient , ils eussent peu prétendre de' fùviê réduire avec peu d'anthorité , estant certaiil que quiconque reforme un Estât par lésarrfie^^ il s'acquiert la puissance silpreme ^ et ett dépouille celuy qui la possedoit. Et si tant dé^ grands qui avoient promis à la roynè voWé mère , n'eussent point manqué , tes iM ië foy^ les autres de cdEidmtte, et par ufte ptàÉsaute guerre eussent effrayé les Parisiensi , H estoit périlleux que né r'entrissiez en toteRc^. Et depuis , des bruicts et des menaées d^uM assemblée des principaux de FEstat qui pour régler vostre puissance , se seroient mis enéafll' pagne , lesquels, par Fayde de Bleu^ joincte à vostre bon-heur, leur imprirdetfce et peu d'expérience , Vostre Majesté a siippedités , phAtost par miracle apparent qne par moyèttl humains, ayant jette les terreurs paniqaefs dedans eux , et par la victoire de quatre mil hommes desarmé trente mil eslevés étf ee party, lesquels vous avez receu en grâce par une prudente paix. Et cognoissez que Dieu vous a voulu faire paroistre de combien il importe que reformiez vostre Estât, etsuyvier Texemplc des bon rois, pom* ne plus retomber en ce pcril passé si avanturcusement. Qne si

PREMIER ADVIS AU ROY LOUIS XIIL

de le se garde que pour estre bien avec Dies. Iceox favoris soient admonestés de se de Texcès passé en leur establisse- • 9 richesses , alliances et grandeurs^ povdTOTts-en-avant ne prétendre ny ag^rque h manotention de Tauthorité royalle , de la pieté Justice , bien , paix cf rqioa de la France et descbarge du peuple, fwnitimnt à combien ils ont esté près de leur ttljigacmept , évité par la seule inexpérience ctiapmdence de leurs contraires; et pour fâre paroistre utilement à la France leur zele €i yfcclîon au repos et bien d'icelle , et qu ieenieoootentent des grades, gouvernements, lidieam et alliances qu'ils possèdent, sans qae poor eux à Tadvenir ils veuillent aucuns aecroissements à la foule du peuple , et moms m récompenses par cy devant données aux {oavemeurs et capitaines , pour s'attribuer ievs places , bornant et limitant avec grand ■gec leur bonne fortune à ce qu il a pieu à Un leur impartir, tant poiu* sçavoir leurs bames intentions, que pour establir un bon «dre en la France , ils fassent faire une assenUëe de deux ou trois des plus gens de bien de chacune province : convocation du loat dilferente et non semblable aux deux qui te sont fisiictes en la ville de Rouan par le feu Fpj et par Yostre Majesté , lesquelles ont esÂ^îmliles , apostées , et misérablement acheléet sans aucun fruict. Au contraire la propeiéedoitestre en intention certaine de suivre les bons conseils et advis , pour le restablisse- ■eat de Tancien ordre du royaume , de la pielé, justice, soulagement et descharge du peuple. En ceste assemblée se doit faire des edkis inviolables , de quoy réussira que ces ooavoqoés» retournans dans les provinces, feroBl entendre ce qui aura esté fait : telle- ■entqn'au lieu qu'infinis dans icelles proposent de trouver des remèdes extraordinaires au gouvemement des affaires du jourd huy , et de se plaindre qu'il ne s'est veu ny leu que trois personnes soient eslcvées en telle grandeor, les peuples béniront et loueront, non lenlement Yostre Majesté, ains principalement le dwix des susdicts qui gouvernent , lesquels ib protégeront de leur pouvoir; heureuse fateor , laquelle , après estrc montée au principal degré, s'y pourra maintenir! et , pur une

oubliance de leurs grands establissements , recevront des louanges et des gloires, au lieu de blasme et d'injure , et en la place d^assassinateurs trouveront des protecteurs. Et lors se verra que Thimoleon n'a pas tué son (rare, ains le tyran , puisque Luynes , par la mort de Conchine, aura changé la tyrannie en juste gouvernement, condamnant et laissant les actions mauvaises de ce temps-là , pour se joindre et adhérer aux justes et très-bonnes qui se résoudront en cette assemblée.

Reste plusieurs princes et grands qui voudroient estre employés dans les aflaires : les uns ont des gouvernements , comme M. le comte de Soissons , les ducs de Guise , de Nevers, de Longue ville et de Montmorency, lesquels n'ont point de puissance dans iceux contre Vostre Majesté , ne tenant les places principales , et moins le cœur des peuples ennemis de la division de l'Estat : les autres ont si peu de pouvoir, le comte d'Auvergne, prince de Juinville, de Nemours et duc d'Elbeuf, qu'ils ne peuvent faire mal . Et quant aux officiers de la couronne, ils sont en telle quantité et si impuissants, estans privés de leur ancienne authorité , et partie d'eux de l'expérience nécessaire à cette charge, qu'ils demeureront en obéissance. Neantmoins les plus grands se doivent entretenir suivant les règles de l'Estat , faisant tousjours entendre aux villes de leurs gouvernements vostre intention, pour l'obeyssance limitée qu'ils doivent rendre à leurs gouverneurs. Le vray et unique moyen est de bien faire , ayant Dieu , le droit et la justice de son costé, laquelle avez fait paroistre en la liberté de monsieur le Prince : aussi estoit-il honteux , non seulement que l'on croye , mais qu'on puisse penser que Vostre Majesté le detenoit pour crainte qu'il eust de luy; et estoit injuste que ce prince , n'ayant rien commis depuis le traicié de paix interiné par les cours de parlement , ait esté constitué prisonnier : la liberté duquel est à vostre gloire , iceluy estant obligé ( puisque Vostre Majesté d'où ne procedoit son mal'heur a apporté son salut ) de vous servir avec toutes les fidélités qui se peuvent imaginer , à quoy son bon naturel , l'interest qu'il a à l'Estat, et cognoissance de soy-mesme, le portent. Mais c'est icy une plus grande clémence , sans comprendre celle à quoy la n?-

ture TOUS oblige envers la royne vostre mere^ qa'avez reced ea amitié maternelle , calmant tans ses déplaisirs et mécontentemens , ainsi qn il luy a pieu que vous ayez receu en {vrace tons les princes et grands , lesquels, se défiants de vostre bonté , avoient pris des armes défensives , pour avec seurté vous requérir de recevoir la royne au rang et en la qnaiité qui )ny est deue , et de rétablir les anciennes Ion de TEstat.

Recevez M. le comte de Soissons en vostre bienveillance , cognoissant qne Vostre Majesté n'en a plus que trois de son sang , desquels dépend le salut de toute la France. Choisissez soixante seigneurs non partials, qui ne despendent ny des princes ni des grands ; leur donnez autant de compagnies de gendarmes; pourvoyez à tous leurs lieutenans et enseignes de gens qui vons soient fidèles et afleciionnés, lesquels ponrroient faire chacun une brigade, et seroient toos en leur particulier à Vosire Majesté , et non à leurs capitaines , qui ne les ponrroient porter an contraire. Et ne seroit besoin de cliercher la seurté des gendarmes , en les mettant anx compagnies de la royne et des frères de Vostre Majesté , ce qui ne s'est veu au passé , puisque vous pourvoiriez aux membres des compagnies gens qui seroient du tout ù vons et non à leurs chefs ; et au lien de dix lieutenans et dix enseignes , vous en auriez six vingts qui ne dcspendrorentquede VOUS; et mesme que les capitaines n'eussent aucune compagnie affectée , ains commandassent par commission à ceux qu'il vous plairoit. Cet entrctenement et payement de cette grande quantité de noblesse scrviroit contre tous les troubles de vostre Estât , reformant toutes les compagnies des gouverneurs , priuces et capitaines des places, les susdites soixante mises en garnison et payées du taillon , selon Fancien ordre. Et après les premières monstres en armes , mettre hardiment la main à la reformation des abus de VEstat, à la descharge du peuple, et nommément aux finances, y employant les seigneurs de qualité dont les richesses peuvent respondrc de leurs més-us. Cecy est dit pour la crainte en laquelle on a mis Vostre Majesté des estais généraux , ausqueLs plusieurs, qui vivent du désordre , vous ont empesché malicieusement de penser^ sous

ombre que les précédents ont esté corrompM : et neantmoîos c'est le seul vray remède ( estans mis en force et puissance sous l'ânfborité et assistance d'un bon roy) pocnr rescablif toutes les loix de la France , miner Contes les factions , et rendre vosire règne juste et ifdnreux ; et au défaut desquels les moyens mcs escrits sont nécessaires pour le bien de la France et salut de Vostre Majesté, tesqneb vous pouvez fan*e et exécuter sans ladite assemblée generalle des estats , par te eenseif des gens de bien fidèles cy-dessus remarqués ; qui sera d'autant plus vosire gloire , qné tons reconnoistront que c'est de vostre sent histhict, bonté et prudence que provient cé bien, etT non des estats généraux : ce qui vons est fistcih lité en faisant rapporter en rassemblée generalle des gens de bien que vous ferez , tons les cayers et requestes faites aux cinq estât» généraux derniers de Tours , d'OTleanols , des deux de Bloys et de Paris , potn* en prendre le bien et le bon suc , et rejetter te mauvais , sans desdaigner ni rejetter entièrement plusieurs offres et partis que des particuliers ont désiré faire durant cesdits estats potrr la descharge du peuple et suppression des despens inutiles , gages d'officiers et larcins ordinaires. Ainsi tous le bien et tout le bon-heur qui en adviendra se tiendra de Vostre Majesté, poor laquelle FEglise , la noblesse et le peuple prieront pour sa prospérité et saltit.

Second adris ponr réunir (mite l'Earope en vaut mesme

religion.

Réunir tous les hommes de France , et ensuite ceux de l'Europe , à une sente religion! il y a d'incomparables difficultés à reconnoitre la justice de ce dessein. Le pape^ les ecclésiastiques , crient , publient , preschent, et tacitement commandent l'extirpation de l'heresie par toutes voye? ; disent que ce sont personnes qui depuis cent ans se sont introduits en des nouvelles opinions par lesquelles il s'est créé vin{;t sortes de sectes , dont la pire d'icelles est Tatheisme , tramant infinies rebellions contre les puissances divines et souveraines , s'aidant des passions ; partialités , amitiés et

SECOND AOVIS AU ROY LOUFS XIII.

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mini^i^ des prrnces , se mestant dans les afbm (TEsfalet division d^iceax , sans lesquels ifs fussent esté estoufles à lear naissance. Ils s'arcreurenten Allemagne par l'assistance des dacs dp Saxe , landgrave de liesse , et infidélité de. Voris, qai craignoient que Tempereur Charfes-Qirint ne rendist rAllema{pie hereditaire en la maison d^AusCricbc , de laquelle ils fiToicDt ennemis ; en An{;leterre , de Tindijjna- Doo do roy Henry VIII, auquel le pape n avoit todIo accorder le divorce d'avec Catherine fAtisaiche ^ ponr épouser Anne de Boullen ; (t M France , de partialités de ceux de Guise, de r)0«rboii et de Montmorency, durant la mi* noriré in François I et Charles IX , sous lesqnelles diviûons d'Estat ils se sont au{;mentés. Que si & lear commencement on eust prattiqoé les maximes usitées en Espag^ne , ils fussm avortés à leur naissance; libertins, en- Bonis des roys et de tontes souverainetés , sources de rébellion , intelligents jusques aux Tores et Infidelles , les pro{;rès desquels leur doivent esire attribués. Que si l'Europe estoit vm une mesme religion , facilement la ruyne des Infidelles s*en ensuivroit.

U n'y a moins d'utilité que de justice pour roys et souverains de France , d'Espagne et daSIpars ; quarante ans sont passés qu'ils tiennent ces royaumes en troubles ou allarmes

coBtiaaelles , ont donné quatre batailles en France , entrepris sur la personne des roys à Amboise et à Meaux ; en Flandres , attenté sur leurs gouverneurs , chassé leurs magistrats, rebellé toutes les provinces, jusqucs à ce qu'injouement ils se soient, en Zelande et Ollande, dispensés de Tobeyssancc de leurs roys, et ayent obtenu des souverainetés dans le sang et le feo de plusieurs combats , cause .de la monde quatre millions d'hommes, et de la perdition de tant d'amcs engagées dans les peiiiés de la guerre , et , ce qui est de pis , ont donné naissance à d'autres rebellions et ligues, sons prétexte de les ruiner , lesquelles ont ap« proche la France tellement de sa dissipation , qae les chemins en sont encore tracés pour y tomber ; s'cstans associés les catholi(]ues pour contraindre leiu* roy à faire la guerre auxdits hérétiques, prétexte sous lequel la division de l'Estat estoit fomentée des ostrangcrs et ucbée des François. U ne se peut avoir au-

cune paix de durée, les detix religions subsis- ' tant en Testât qu*elles sont, les armes et \ei rebellions estans toosjours couvortes , des uns sous le nom de pieté , et des autres sousceliry de liberté. Ce sont republiques dans les Estais royaux , ayant leurs moyens , leurs gens de guerre , leurs forces , leurs finances séparées des royautés , et tousjours préparés aux premiers mouvements qui paroissent , dans lesquels ils se précipitent contre les souverains, cognoissans qu'ils n'ont salut qu'aux troubles, à la tourmente, et diminution de Tauthorité royale , vray azile et réceptacle de tons les mal-contents , et veulent establir un gouvernement populaire et démocratique dans les royaumes , et changer Testât diceux. Les Chrestiens ont fait la guerre sous les empereurs payons ; mais despuis qne Dieu a mis le sceptre entre leurs mains , c'est à eux de forcer et contraindre les subjects, par toutes voyes , de vivre et mourir en la religion de leurs pères. Les Turcs et Perses souffrent vivre les Chrestiens dans leurs pals, et non jamais les hérétiques en leur religion; et les Espagnols ont acquis une réputation immortelle qui doit eslre imitée , ayant chassé du milieu d'eux les Mores et Grenadins. Ces raisons semblent avoir porté toute la justice et Tutilité de ce costé : c'est icy les contraires advis.

L'offence est à Dieu, de vouloir par les armes, combats, feux et cruautés, reconduire les hérétiques en la vraye créance , ainsi que si Nostre Seigneur n'estoit assez puissant, sans les secondes causes , pour les réduire à leurs devoirs. Ils se doivent vaincre et debeller par bonnes œuvres , prières et jeânes des Catho- Tk]ucs : sont les larmes , prières , jeûnes , aumosnes, qui expient et purgent les mauvaises opinions de ces nouveaux venus ; autrement par la guerre, source de tous maux , c'est proprement regimber contre Téperon. L'hcresie est un fléau envoyé parmy nous , ainsi que la famine , la peste , la vermine , et autres accidens . pour nos péchés. L'opinion , la mauvaise créance , est une mahidie qui ne s'arrache par la force : il convient la desraciner par les Escriturcs siiinctes , raisons , sciences , enseigneiiicns, cdueaiions , joinct aux bonnes œuvres des ecclésiastiques et prédicateurs, estant le moyen de la force du tout contraire ( Tappli-

la

• quant furieusement ) , lors que rhumilité , la douceur et le sçaveir sont requis. Dequoy ont servy tant de cruautés , d*hommes géhennes , bruslés et martyrisés , tant de sang espandu , et tant de guerres de toutes paris , puis que cette hérésie en augmente plustostqu elle n'en diminue , et que la despence et mort de tant d*hommes dans la Flandre n ont servy qu'à faire perdre la souveraineté de 2^1ande et Ollande , pour estre trop oppressés ? Qui sera celuy qui ne conseille que , puis que tels remèdes practiqués avec si grand préjudice ont esté inutiles , il ne fahle recourir à rhumilité , douceur, prières, oraisons et sciences des gens de bien? mesmement, puis que la tollerance a donné estre à ce corps composé du quart de TEurope , et que maintenant les religions ont pris une habitude , et se sont accoutumées à vivre paisiblement les unes avec les autres , c'est véritablement de la droicte main coupper la gauche , tourner le fer , le feu et le sang contre nous-mesmes , contre les François et patriotes , contre nos frères et nos amis, au très grand aObiblissement des forces de TEstat. Combien de larmes, d'enlerrements , de brusiements , forcements , rançonnements , et des pertes , avant qu'en venir à bout! et combien de catholiques périront et perdront leurs vies en ccste entreprise jà tant de fois tentée par semblables remèdes! Les Grenadins , les Mores, ont esté chassés d'Espagne , gens de peu et sans valeur , et les Huguenots françois , composés de noblesse , de soldats et citadins courageux , ne souffrent aucunes comparaisons. Et si les particuliers sont damnés pour avoir fait mourir un de leurs pareils , que deviendront les roys qui , pour accroistre leurs Estats ou pour auctoriscr d*avantage leur domination , sont cause de la mort et de la perte d'un million d'hommes , y ayant grande différence de la mort considérée à la prompte et violente? Ceux de la religion prétendue reformée sont fondés sur une grande quantité d'edits de paix interinés dans les cours de parlemens ; c'est violer la foy publique , que les Infidelles mesmes {gardent , d'entreprendre sans sujet sur les Huguenots , d'alléguer qu'iceux ont pris les armes contre leurs souverains , et que la foy d'un roy et celle d'un sujet r'ont nulle osgalilê, estant'

beaucoup davantage obligés les subjets à leur souverain , que luy à eux. Bien est vray qu'ils ont failly aux eslevations , aux entreprises sur leur roy; cela n'a nulle conséquence ny ressemblance avec la puissance , magnanimité, et la foy de Leurs Majestés. Une foy promise ne doit estre violée , autrement seroit prendre Ucence et exemple sur les mauvais actes pour en faire de semblables. Geste guerre est un apparent malheur pour la France , affoiblissant le party du roy Tres-Ghrestien , et rehaussant celuy duroyGatholique, qui a pris le haut bout avec le pape et les ecclésiastiques. De plus , le roy à présent régnant ne peut nier l'obligation qu'il a à ceux de ceste religion , qui ont assisté son père contre les entreprises de la Ligue , du pape , d'Espagne et de Lorraine. Ne vaut-il mieux laisser le tout en la main de Dieu , qui sçaura bien , en temps et lors que nous le mériterons , en un clein d'œil , en un moment , faire plus que toutes les armées et conseils du monde en plusieurs siècles?

Pour exécuter ceste grande entreprise (si elle est jugée juste , utile et nécessaire ) de la réunion à la religion catholique de ceux qui s'en sont dévoyés , l'intelligence entre Sa Saincteté et les deux roys de France et d'Espagne est nécessaire ; le secret des conseils doit estre observé , s'il estoit possible qu'il n'y eust que les. trois personnes susdictes qui sceussent le commencement et le but de la fin, parce que , puisque les hérétiques ont surpris, failly et faussé leur foy divine et humaine par tant de fois pour faire mal, semble devoir estre permis de les imiter pour faire bien , et les reconduire au chemin dont leur infideUté les a csgarés ; à cest effect , commencer en France ce dessein avec artifices , dont le plus exprès seroit que du commencement il ne se cogncust point qu'on leur voulust faire changer de religion , à ce que leurs associés d'Angleterre et d'Allemagne ne s'esmeussent. La ligue sccrelle, Lien jurée et signée j le bruit soit publié de la guerre contre Espagne ; et sous ce .prétexte , lever deux armées en France et une dans la Flandre. !1 est certain que plusieurs capitaines hugucnolsscjetleroient dans l'armée IVanroise , croyants faire la guerre à leur commun enncmy, TEspagnol. Amesme^ temps siîisir les princij)au\ chefs sai i leur faire^

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