SECOND ADYIS AU ROY LOUIS XIII
aocon mal^ et s*ea asseurcr pour six mois , et, après avoir publié ( sans le déclarer par edict) que ce n est à la religion huguenole que Ton ea Yeni, ains seulement pour leur monstrer qo^îU se doiveni fier en la foy du roy , et non aux riVes de senriSB qu'ils ont demandées , ny ilears farteresses , et moins aux intelligences esiraDçeres , et que Sa Majesté veut qu ils se eoateDteot d^estre sous la protection de ses araes , avec deux armées attaquer toutes les plaifoibles ailles qu'ils ont.Que celle qui seroit caGayenne ( qui sembleroit estre levée pour résister a TEspagne ) tourne dans le Bearn , OQ la qioerelle et dispute est desjànée , eux ne looiaiis obéir aux edicts du roy , possedans mdeiMnieDt et forcement les biens des eccleâastîqoes. Il n*y a de ce costé aucune place forte , et qui puisse arrester une armée , si ce l'est La Rochelle et Montauban , devant lesquelles il faudroit faire des forts , et y laisser des puissautes garnisons. Cependant fautre année pourroit entreprendre sur les places da Daufiné , lesquelles feu M. de Mayenne , arec une armée de six mil hommes , avoit eatiereiQeiit prises ; et laissant en puissance M. le comte de Soissons , qui en est gouverneur, lequel est fort propre pour Topposer à Les-Diguieres, en tant qu'il fust vivant, duquel il occupe la charge , et en cas qu'il fust mort , le sieur de Crequy est catholique ; joindre les deux armées à Texpugnation de Nismes , MontpelUer, et autres villes foibles du Languedoc.
Les maximes qu'il faut observer principale- Dent , soot de prendre premièrement toutes les plus foibles villes et chasteaux , razer et confisquer le bien de tous ceux qui s'esleveroieot contre Yostre Majesté, sans nulle exception , les adjoindre à vostre domaine , en faire party , ou les donner aux catholiques qui vous assisteroient. Et afin de donner loisir de se repentir, faudroit faire ceste exécution par degrés ; commencer en quelques endroits , et après , par edict , donner quelque terme à cenx qui voudroient venir recognoistre Yostre Majesté ; exempter ceux qui voudroient de- Bever paisibles en leurs maisons , et tout ainsi que le roy Henry lY faisoit , qu'en mes lae temps qu*il gagnoit une ville sur la Ligue» qodqw UMe qu^eile f ost^autant de deux cens
gentils-hommes se tournoient de son costé : ce qui adviendroit infailliblement. Toutes ces villes prises , ne restant que La Rochelle et Montauban, elles ne pourroieut durer, et seroit une guerre de peu de conséquence, faute du roy Henry III d'avoir porté ses premières armes contre icelles, lors qu'il pouvoit réduire toutes les foibles villes du royaume en son obeyssance , et plus grande d'avoir levé le siège lors qu'elle estoit preste de se rendre. Les Hugenots sont grandement descheus de conseil, de nombre, dé puissance et d'argent ; ce zèle , qui est peculier à toutes nouveautés et commencements de factions, est esteinct ; ils ne pensent plus qu'à conserver le leur , et y en a peu qui voulussent hasarder leurs vies ny donner de leurs biens pour maintenir leur cause : ils souloient avoir un chef en toute puissance et créance; maintenant leur gouvernement est aristocratique, mcslé de populaire ;, grandement divisés et opposés les uns aux autres ; aucuns qui sont riches n'ont point de religion, les autres n'en ont que pour faire leurs affaires , et infinis pour avoir honte de se desdire ; la vieillesse et richesse d'aucuns les empeschera de les assister : les gentils-hommes et bourgeois sont contraires aux ministres factieux. Ils souloient avoir des deniers affectés à la cause, des cueillettes qui se faisoient parmy leurs Eglises : cela est tellement refiroidy , que peu s'en trouve qui en veuUent donner; et le plus grand mal qui soit pour eux , c'est que les miracles que faisoient les premiers Huguenots esloient par l'intelligence qu'ils avoient dans la cour avec ceux de Montmorency et autres, qui ne sont plus ; joinct qu'il ne se sçauroit prendre les villes, et maintenant l'art en est si commun . qu'il n'y en a point qui puisse résister si elles sont bien assaillies , ce qu'eux cognoissans, ils confessent que s'ils sont attaqués ils sont perdus , sans espérance qu'aux mal-contents : c'est à quoy il faudroit grandement et judicieusement pourveoir en France à ce qu'ils n'en fussent assistés ; faudroit employer à ce dessein tous les plus généreux du royaume , à ce qu'il ne se fist un party de malcontents qui empeschast le progrès du dessein. Les villes de Bearn, du Languedoc, Daufiné et Gascongne prises , il faudroit ou
changer la demeure des habilans, ou dosmenteler entièrement les villes , si an n'y iaisoit des citadelles gardées par des catholiques; et après toutes ces villes prises, se pourroit oster tout Texercicc de la religion ïiuguenotte et hérétique , sans le publier par edict^ jusques à ce qu'il se fust fait le semblable en Flandres et Allemagne, par la prise de plusieurs villes, àquoy les François aideroient. Il ne faut douter que les peuples cederoient à la force , cessantes leurs opiiiiastreiés et mauvaises opinions. Ainsi advint à Anvers, rcduicte à Textremiu'^ par le duc de Parme ; la ville prise , la citadelle faictc , le lendemain trente mil âmes retourneront an giron de TEglise : les Hugenots feroicnt le semblable. I^s princes et ducs d'Allemagne , en mesme temps qu'ils changent de religion , le peuple les suit, et font de leui's subjects ce qu'ils veulent. Il y a si peu de difTerence entre la religion catholique et calviniste , qu'il semble eslre aysé de changer leurs opinioiis , mesinemenl s'il plaisoit à &i Sainctetc et à rassemblée de quelque quantité du clergé, reformer quelques abus qui estrangont ce peuple ignorant de ce qu'il doit suivre ; ce qui se feroil plus aisément , d'autant qu'il ne se pourroit dire que ce fust par contrainte des hérétiques, lesquels tombi^nt en décadence , considérant combien il seroit utile qu'il n'y eust qn'uue religion : la diveisilé d'icello et la liberté en forment une tierce approchant de railieisme. Geste réunion seroit un acheminement à la guerre des Infidelles.
Le principal est que le pape et le roy d'Espagne aydassent d';u*gent à la France au besoin, et faire des levées dans h* comté de Ferretle , ou les lansquenets sont catholiques, et celles des Suisses se feroient les deux tiers dans les cinq p(^tits cantons catlioliques. Les estrangei's allemands, pesants à se mouvoir , n'ayant point d'argent , les Huguenots de France n'en seroient secourus , estant pour maxime certaine qu'il faut que tout cède par nécessité au maistre de la campagne , nommément quand les ennemis ne peuvent avoir imc armée pour leur defence. L'obstacle seroit du roy d'Angleterre , s ilpenctroit dès le con> niejicement le motif de eesie entreprise estre pour lu ré^inion de la religion catiiuli4|ne : le
bon-heur est qu il est plus addonné aux lettres qu'aux armes , desquelles il est ennemy ; neantmoins les raisons d'Ëstat et exemples de ses prédécesseurs le pourroient esveiller, desquels le but et les maximes ont tousjours esté de favoriser les rebelles ^jfM deux roys ^ à ce que , troublés dans leurs propres royaumes , ils ne s'accordassent pour envahir le sien ; et à cela ils n'y ont espargné hommes , argent , practiques et corruptions de toutes parts. Pour éviter et changer ceste inclination , les artifices , les ambassades , les promesses , et mesmes l'aigent dans les conseils anglois ne se doivent espm*gner ; et en c:is que tout cela n'y servist , et que l'on cogneust qu'à force ouverte et puissamment il peut enipeschej* Le dessein projette , il n'y a doute qu'il faudroit entrepi'endre sur l'Angleterre , ce qui est trèsfacile , les deux roys estans d'accord. Le plus didicile est de prendre pour asseuré ce royaume , estant comme celuy de Pologne, et mesmes comme l'empyre des Turcs , dont la puissance n'est qu'aux armées mises en la campogne , n'y ayant aucune forteresse : et se peut dire qu'une ou deux batailles gagnées, \e royamne Test enliei*ement , ne pouvant ny Londres ny les autres pkices résister; et promptement tout suit la fortune du victorieux ; et ce d'autant plus que le tiei^s du peuple est catholique , estimt divisé en trois sectes , Catholiques , Calvinistes et Luthériens. Les ports de France , Calais , Dieppe , le Havre , sont fort propres pour assembler les armées navalU's , et se peut arriver en vingt et quatre heures en Angleterre ; et conjmodement se peut faire tenir des vivres; qu(^ que Tarmée d'Angleterre fust plus forte, tousjours un vaisseau après Tautrc peuvent passer. Trente mil hommes agueiris , moitié E^ pagnols, François, lansquenets et Sm'sges» peuvent faire cette conqueste : le feu duc de Guise , vivant la royne d'Escosse , l'entreprenoit avec quinze mil hommes. La difficqUé seroit à prévoir à l'ambition , qui ruyne tous desseins généreux ; et se faudroit accorder dfi partage d'Anjjleterre entre le roy deFnanceeC celuy d'Espagne , ou quel roy catholiqMeilf fip voudroientpourveoir; et, s'il estoit possible^ lip de la nation mesme , puurvcu qu'il s'y visl dj^ J^ seurié , laissant toute la supériorité ùu V9p$,