LIVRE CINQUIÈME
odroit dresser la teste à luy ; mais f aujourd^huy que nous sommes venus ea ce lieu , il n*est comparu personne :ainp. Ledict seigneur séjournera icy s jours sur le païs de son ennemi, pour { ce qu'il voudra foire , et , selon cela , ire sur le surplus de son entreprise. » aoust la royne donna advis au ma- ]ae , tenant le roy assiégée la place jf Fempereur se délibéra venir lever pge, c et pour cest effect, cognoisbois près de là fort advantageux , tant j que pour favoriser ladicte place , mche dernier, douziespie de ce mois, lir , y envoya an bon nombre d'arqué* ; ce qu'ayant le roy entendu y en- »ssieurs les ducs de Guise «t de Ne^ cques leurs compaguies et quelques siers , par lesquels furent incontinent is lesdicts ennemis : mais le lundy oulant ledict empereur faire tout Tefy possible de gagner ledict bois , y her toute son advantgarde , laquelle 1 et vaillamment recueillie des nostres, que le nombre excedast de beaucoup liestoit lors avec lesdicts seigneurs s et de Nevers , que toute Tad vanttdeffiûcte et mise en route avec douze 'Allemans, qu'Espagnols; dont sur rindrent en cognoissance et furent es au roy wingt et une enseignes , pied que de cheval, et cinq pièces iede campagne. Que si les Espagnols rat quelque occasion d'appeler l'aque ils eurent à La Virguogne une gaignée , encores qu'il n'y eust de art perte d'enseignes ni d'artillerie , Nie raison à ceste-cy où il y a eu bre d'enseignes et d'artillerie périr eux , et que le champ en est de- 1 roy , nous nous pouvons vanter d'alé la bataille sur ledict empereur , aissé pour ses gouttes , conune j'ay , à bien vistement se retirer pour reion fort , ayant perdu audict combat à trois mille hommes morts, et e à cinq cens prisonniers , dont la sont gens d'apparence qui n'ont entout esté recognus. Il se dict que rrand y a esté tué^ le comte de Nasso,
le sieur de Bemgconrt, un marquis d'Espagne nouvellement venu d'Angleterre , et plusieurs autres de nom. C'est une très-grande grâce qu'il a pieu à Dieu faire au roy , à qui en sont deues les louanges et remerciemens , comme à celny qui en est aucteur et distributeur. *
» L'empereur a par deux fois escript et mandé à ceste royne qu'elle laissast passer en silence et dissimulation beaucoup de choses, quant au faict de la religion, en ce royaume, à fin de regaigner sa noblesse et peuple , et que son fils et elle y puisse régner et commander en plus grand repos.
» Quant au Pérou , tontes choses sont en mauvais termes pour l'empereur , s'estant eslevé le peuple de delà contre les magisÉrats dudict seigneur , par le moyen d'un bastard , fils d'un nommé Pissarro que l'empereur fist exécuter par Justice il y a quelque temps.
» Geste royne fit de nouveau armer et equipper secrettement trois siens navires pour aller en Espagne , disans les uns qu'ils y vont pour , avec d^autres vaisseaux qui les attendent, aller favoriser les affaires dudict empereur au Pérou ; et d*autres tiennent qu'ils vont quérir l'argent du revenu dudict Espagne , et trois on quatre cens mille doubles ducats que quelques bancquiers gennois demeurans à Anvers ont preste à petit interest à ladicte dame , pour le tout ensemble fiiire plus seurement passer par deçà, sous le pre« texte qu'il sont anglois, et l'envoyer incontinent d'icy à l'empereur : ce qui est plus à croire qu^antrement.
» Que les Espagnols qui sont en ce royaume sont aujourd'huy plus mal venus parmi les Anglois qu'ils ne furent oncques , et le seront encores d'avantage par cy après, tant pour un retranchement qui a «sté faict depuis trois jours en çà à la maison de ceste royne , de trente sept plats d'ordinaire , dont lesdicts Anglois et mesmes les principaux officiers de ladicte dame murmurent merveilleusement , que pour avoir ce roy desmis M. Bron de son estât de grand escuyer , et délibéré de chasser les officiers anglois domestiques, pour le doubte et soupçon qu^il a de tous ceux de ceste naUon , ne permettant approcher de luy que ceux de la sienne , si ce n'est les grands ^ millprs qui ont grosse pension de luy^
MÉMOIRES DB BOYTIN DU TILLARS.
» Quil à eM depuis trois jours en çà descouvert une autre émotion plus prochaine d'icy que la dernière, da pays du Sufiort et Norfort , laquelle devoit estre , outre la cous-* tume des Anglois, exécutée de nuict, s^estans iceux résolus et accordés de venir forcer Hamptoncourt où est de présent ce roy et royne , et tuer tous les Espafpsols et autres cstrangers s'ils eussent esté trouvés : et est i croire que lesdicts seigneur et dame , et ceux de leur conseil qui ont esté cause de leur mariage, n'en eussent pas eu guieres meillenr marché ; et la mesme nuict ceux de cette ville de Londres où sont loges les Espagnols» devoyent chacun tuer son hoste , et si les boatelUars n'eussent esté asseï forts par ce fiit > ils dévoient estre secourus et favorisés par le surplus des habîtans de cestedicte ville ; de ftiçon qu'il avoit esté délibéré entr*ettx de tuer tous les estrangrrs : qui a esté cause que lesdicts conseillers de cedict roy et royne, encores tout intimidés de telle chose, se sont assemblés deux ou trois fois depuis dimanche dernier , où ce roy a assisté à chacune deux ou trois heures du jour , tant pour donner ordre à pareilles émotions qui se pourroient fiaire cy après , que pour asseurer la personne et estât de luy et des ûens par deçà , et pollicer plusieurs autres semblables dmses. Et fut amené devant eux, au dernier conseil qu'ils tindrent , un homme de bonne apparence, lequel passa publiquement devant tout le monde qui là esloit , ayant les mains liées, et le visage couvert de peur d'estre cogneu ; et estiment tous ceux qui lont veu que ce doit estre quelque gentilhomme de qualité ou autre grand seigneur de ce pays : qui faict croire à un chacun qu'il y en aura bien d^autres prisonniers , qui seront cause de renouveller le sacrifice pour quelque temps délaissé par deçà. Toutefois beaucoup tiennent aussi pour asseuré, encores que leurdicte émotion et entreprinse ayent par cy-devant esté descouvertes avant le temps , neantmoins ils en feront quelque une d*une sorte ou autre qui sortira à eSect , à leur contentement et à la confusion de cedict roy et royne.
» Il a esté accordé et arresté par lesdicts conseillers, entre autres choses, de faire laisser les armes à tous lef Anglois pour estre por-
tées à la tour ; Ce qui ne sera exeec comme il est à croire , pour le dan{|;er a hasard qu*il y auroit de ph» esmoimiR peuple.
» Cette royne a demandé vingt nulle ^ esterlins aux marchans et citadins de ^ ville de Londres, qui lui ont esté reAMis faut penser , puis 4ùe ladicie dame à^ cela en dissimulation , sans s'en faire • comme elle a faict de toutes autres m qu'elle craint merveilleusenlènt son
M Domp Rigome , gouverileu^ de a dict i un Portugais qui tHe Ta ooi tant d'Espagnols ^ sont pat* de^ tinuellemént en grand danger de \^^mn et qu'il n'y en a M toul qill iM v^fàg dict prince et eux aussi estre eiettHttékl pagne. ^
En septembre ^ le rë)r , esnitt pif M ^ nuelles plaiilctes , prières et sttpplidltioi^ mareschal , print résolution de te realV et à ces fins luy commanda de Itty iB0 ment escrire pur quels moyens et psrij^ entreprinses il pourroit plus oBbhcer t0 nemis à l'advancemertt de sOhestAi^tt^ tant plus courageusement et ndvantli0 ment baster ou diminuer le renfort U reschal , fort retenu en ses promesses \ 6 jttgeoit mal-aisé de pouvoir donner k rance à son maistre des affaires de la {ji que Dieu et la fortune tiennent en leittHl manda au roy qu*il pouvoît bien asseuM Majesté, tant en son nom que de 101 autres serviteurs , qu'ils apporteroieutH soin et d*affection à utilloment etnploy renfort , que Sa Majesté auroit dccasioi louer de leur service ; mais qtle dé nie mettre ou asseurer pour ce re{;ard , c: chose que Sa Majesté sçavoit très-btes hors sa puissance; et qu'il avoit de ha main aprins qu'il ne foloit jamais pM vendre la peau de la beste qui n'eSH encores eslancée ny prinse , et que, autrement , ce seroit aprester à rire à ^ nemis et de quoy mettre aussi en coUK la modestie et le peu de réputation^ bon-heur de Sa Majesté luy avoit mis tetM qu'il luy sembloit que Sa Majesté ne fi pas le chemin pour le renforcer, pnlif mesme instant qu'elle entroh en eei ddl
IIVRÉ CINQUIÈME.
le cassoit Tes dent mil payes italiennes luy àvoit pieça concédées , qui avoient rvi et auxquelles il estoit deu cinq |u*en faisant cette casserie c*estoit dises forces et augmenter celtes de Tenrers lequel il estoit tout certain que r se retireroient , et d*antant plus voponr se venger du tort qu*on leur aut de les casser sans payement après longuement servi ; dont il diffieroit ion jusques à tant que Sa Majesté eust es remonstrances : quand à ce qu'elle idoit qu*el1e est advertie que les six snans venus du Siennois y dévoient er , il luy nianda que c'estoit la vérité, e pour cela les ennemis n*en seroient is en rien , pom* autant que le Vîstarin imte de Vrerue avotent achevé leur i six mil Itsdiens au lieu desdicts Alle-
y ne s'estant contenté de ceste res- Iny donna espérance de faire tout ce )uiT0it pour retemr ces Italiens et pour T le renfort , et qu'il eust esté bien aise oir à quelles entreprinses il le vouloit »r ; car Timportance en pourroit estre a'on s'eflbrceroît d'augmenter ce renlis luy, persistant en sa première re- , manda à Sa Majesté ffa"û ne se pou* *Qdre à autre plus grande promesse Fasseurer qu'on n'oublieroit rien à fiiire et à e3[ecuter , selon les moyens seroient donnés; qu'il ne mesuroit mce à ses désirs ny à ses intentions , estre mesme à ce qui seroit neces- ^aucoup de grandes choses quHI premais bien à la considération de ce l de charges que Sa Majesté avoit sur I pouvoient permettre; priant celuy viennent les victoires de vouloir si sister les desseins et les intentions de sté et les siennes , qu'il peust rendre ince fruicts dignes de son mérite et ction qu'il avoil à son service : qu'en it ce renfort il adviseroit à disposer boses pour assaillir Yulpian , sur les ue le pays luy avoit faictes , comme cy devant discouru. Deux consîderetenoient le mareschal d'entrer en nesses : Ftme est que tuot aussi tost
qu'on a donné seulement l'odeur de quelque entreprinse, elle est tout soudain divulguée; et Tautre pour ne s'entretailler ou n'estre jugé présomptueux , donnant asseurance sur des choses si incertaines et si variables que sont celles de la guerre , pour quelque prudence qu'on y puisse apporter.
En ce temps fût descouverte une entreprinse que Pierre Bonnanate Docimian, soldat dans Casai , dressoit pour mettre la ville es mahis de l'Espagnol par la voye de Diego Pe-^ rez , Espagnol , son beau frère, et de Jannée, basque, qui furent tous prins et exécutés à mort 9 eux mesmes confessans l'avoir mérité.
Cependant qu'on consumoit le temps en dis-« putes , le sieiur Galeas Fregose pressoit fort l'executioB de Tentreprinse qu'il avoit en main sur Gennes , comme vous avez cy devant ven. Le mareschal , qui ne desiroit pas mieux que de profitablement employer et le temps et les forces, fit entendre au roy que tant plus on aprochoit de Thyver , tant plus l'entreprinse se rendoit diflBcile , à cause que tout le che* min par lequel il faudroit aller estoit montueux, plein de plusieurs torrens mal gueyablés ; mais qu'il y avoit encores une autre plus grande diiBcuIté que ceste là , c'estoit de bien calculer et recognoistre quelles forces il faloit pour l'entreprendre, et quelles autres pour laisser toutes les places de Piedmont si bien garnies qu'elles ne fussent pour courir inconveniens : que pour entreprendre à boulleveue , il ne pouvoit faire estât de mener avec luy moins de six mille hommes , quinze cens chevaux et deux coulevrines, en quoy faisant c'estoit tant tirer du Piedmont , qu'il demeu* reroit évidemment exposé au hasard si le renfort promis par Sa Majesté n'arrivoit de bonne heure : que c'estoit plustost acte d'infidélité que d'imprudence de commettre à la fortune les choses certaines pour les incertaines ; que tant de temps , de labeur , de sang et de richesses employées à ceste conqueste piedmontoise ne dévoient estre ainsi mises siu* le tablier ; et que , quoy que Sa Majesté et ledict Galeas sçachent dire , il ne s'en résoudra autre chose qu'il ne voye le renfort promis arrivé , et sur lequel ces entreprinsesi doivent ^tre basHes et mesurées.
MÉMOIRES DE BOTYIN DD TILLAHS.
} Le dernier 'd'octobre , sur la noa? elle ins- 1 toront cy après charge tl'amiéea reoc
tance que le roy feiaoit ponr ceste entreprinse, il fit entendre à Sa Hajesté qu*il la troo? oit autant hasardeuse que difficile ; mesnies, n*y voyant autre asseurance que la promesse et la parole de deux hommes inoogneus » que ce (prand estoit trop mince en chose de telle importance , et qui tiroit après elle deux dangereuses conséquences, Tune le hasard de Farmée qu'il avoit à exécuter qui y seroit conduite, et Tautre la risque de tout Testât du Piedmont ; que cependant que le mfort arrîveroit , il n'y auroit prâit de mal. que Sa Hajesté commaodast qu*on s'enquist de ceux de la nation qui estoient en France , de quelle iby et portée pouvoient estre ces gens cy. ; Le 15 de novembre , il adjousta qu'au feit de ceste entreprinse estoient survenues deux difficultés, les neiges et les glaces , et l'absence du compagnon de Galeas qui ne revient point; que s'il est près Sa Majesté, qu'elle le fesse diligemment partir en poste , afin que par ensemble on prenne quelque bonne resolution.
i Le dernier du mois, il manda qu'il n'estoit aucunes nouvelles du compagnon de Galeas , et que l'ayant sondé sur ce qu'il en jugeoit , il luy auroit respondu : « Fort mal , car il m'a desrobé toutes les lettres et les pouvoirs que j'avois du roy, et qui ne luy peuvent servir, si ce n'est pour descouvrir Tentreprinse aux ennemis, et en tirer la ruyne de moy et la recompense de luy »;de manière que si dans dix jours il n'en venoit nouvelles, queGaleas s'en retourneroit trouver SaMajesté : qu'en attendant cest esclaircissement il ne laissoit de préparer divers desseins pour utilement employer le renfort soudain qu'il seroit arrivé, ores qu'on fust desjà bien avant dans l'hyver. i Et pour-autant que le roy (ayant tout recenlement renvoyé M. de Gordes en Piedmont) ne luy avoit donné aucune resolution sur infinis affaires d'importance , mais seulement asseuré de la venue d*un puissant renfort, le maresehal, pour ne demeurer court de moyens et ne tenir ces forces inutiles lors qu'elles arriveroient, print résolution de me depescher vers le roy avec les mémoires et instructions que j'ay expressément cy transcrites^ à fin que psif. là tous ceux qui ont et
sent qu'ils ne se doivent jamais repa les promesses et paroles de ceux qui { nent| en tant qu'elles sont bios souvent en avant pour ruyner le serviteur « et quefois le maistre tout ensemble. Et di ceux qui lisent les histoires de France p assez remarquer que toutes les armée çoises qui ont passé en Terre Sainct Italie n'ont jamais esté ruynées, prenne que par l'impatience françoise, etd en main par le défaut de la suitte des m lesquels au commencement voilent bra' jusques au ciel, et de là à six mois rs indignement dessus la terre. Qui en d deroit des nouvelles à ce bon seigni Semblancey, il diroit que tes grands demeslemens se jouent de la vie des { comme fit madame la r^ente de La ; ores que ce fust elle qui eust retenu c tourné ce qui devoit esire envoyé à Mi
J'eus donc charge , de la part du i chai , de remonstrer au roy le peu di lution que luy avoit apporté Gordes, et estoient lors les affaires, avec la ne des provisions nécessaires. Et par a remonstray premièrement que le siei leas Fregoze avoit eu nouvelles certaii son compagnon s'estoit retiré vers lei mis , auxquels il avoit descouvert tout treprinse de Gennes; et que, puise estoit qu'il avoit ceste mauvaise volont a voulu qu'elle se soit descouverte de heure , pour empescber les ruynes q sent advenues et de l'armée et des pi Piedmont; mais que pour cela Sa Ma| lairra , s'il luy plaist , de faire quelqi audict Galeas , qui veut retourner V€ et prendre son service.
« Au premier article de l'instructi dict sieur de Gordes, le maresehal tr avoir desjà amplement satisfaict par si cedentes depesches.
» Au deuxiesme article , parlant du que le roy envoya en Piedmont , il n autre responce , sinon que le plaisir Majesté sera de croire que, combiei arrive si tard que Tliiver ne permette p rende les grands fruicts qu'elle poum perer , neantmoins rien ne sera oubli