LIVRE SIXIÈME
il prendroil aussi la hardiesse de re- 'er qu il luy sembleroit nécessaire , auintque d'entrer en ces Iraictés , de s'aradvaotageusemcnt, qu'on fust prest à aire si rien ne s'accordoit , craignant )*3yant poorveu du costé d'Italie, où ni estoil le plus fort, cela n'engen- |Ti»and advautagc de leur costé et le irc du nostre. Et pour autant que de brcer, Sa Majesté luy avoît commandé tssasi les deux mil payes italiennes qu'il 3vées pour le soustenement de rentrede Casai , il fit instance à ce qu'ils luy t continués pour tout le mois de may , le , succédant quelque bon accord , il ivast avoir en ses mains la pluspart des mx et juridictions qui estoient à cinq ieux es environs des places de Sa Maaquelle sçavoit assez qu'en semblables s il avoit tousjours esté dict et résolu té d'Italie , que qui tient tienne. Penu'il faisoit ces remonstrances, le sepavril 1555, le roy luy commanda, sieur de Gonnort son frère , qui arriva 1 Piedfflont , de s'advancer , à cause de clé, le plus avant qu'il poiu*roit dans res des ennemis , et à tout le moins este forcer Vulpian , éans toutesfois luy !r aucun renfort ni remboursement des 5 qu'il avoit faict emprunter à gros inpour le secours de l'armée, et desil avoit respondu aussi bien que du >al : ce qu'il remonstra à Sa Majesté , si son plaisir eust esté de corresponr les effects à tant et tant de plaintes remonslranccs qu'il luy avoit faictes sire les plus forts en semblables occaqu'elle ne seroit pas maintenant en le luy faire ces commandemens , ains choses seroient advancées avec seuil avec espérance de plus grande for- |u il ne se pouvoit aujourd'huy pro- , estant de beaucoup le plus foible et lucun secours d'argent : que neant- , désirant surmonter toutes difficultés , l voulu meuremenl considérer l'un et commandement de Sa Majesté ; qnoy , n'avoit trouvé l'éxecution de l'un ni lire raisonnable , au moins s'il ne se : inconsidérément exposer à un évident
et irrémédiable hasard , i'ennemi estant aujourd'huy deux fois plus fort que luy ; aussi que , combien que Vulpian fust enfermé dans les terres de Sa Majesté comme le loup dans les toiles , que ce n'estoit pas toutesfois pourtant à dire qu'il peust estre tost ni aisément forcé , ni que l'ennemi ne peust venir au secours; qu'il y avoit encores deux plus fortes considérations que toutes les autres qui le f enoient en divers doutes : la première , le devoir de la guerre vooloit que Vulpian estant à demy affamé , comme il estoit , que l'ennemi commençast son jeu par un fort avictuaillement d'iceluy , et que tout d'un train il respandist la grandeur de toutes ses forces par la campagne du Piedmont, afin que si cependant cest accord succedoit , les villes d' Yvrée , Masin , Santia , Casai et Albe , Levé , Pouzan et Gourtemille , demeurassent comme assiégées ou resserrées dans la seule enceinte de leurs murailles ; que pour prévenir tous ces inconveniens, il faloit qu'il eust tousjours le pied en l'air pour courir d'un costé et d'autre , soit deçà ou delà le Pau , 011 il jugeoit pouvoir mieux faire ses affaires ; qu'il avoit aussi mandé à toutes les gar« nisons de Piedmont , des terres milanoises , de Montferrat et des Langues, d'estendre de tous costés leurs juridictions et limites le plus avant qu'ils pourroient sans toutesfois rien hasarder , ains se tenir tous sur leurs gardes et faire la retraicte de tous les vivres de la campagne ; que Sa Majesté devoit tenir pour asseurer que, quoy qu'il advint, que Vulpian demeureroit tousjours si esiroiciement en* serré , qu'il n'auroit que la seule enceinte de ses murailles , et qu'il avoit à ces fins mandé au sieur Carie Birague , qui commandoit aux forts dressés contre iceluy, que s'il estoit contrainct les quitter, l'ennemi marchant à l'avictuaillenient , que tout aussitost qu'il auroit tourné teste il rctournast aussi au siège comme devant.
Au mesme temps, ayant sceu que M. le connestable disoit que toutes ses* dépesches ne chantoient qu'argent, il luy remonstra que , puisqu'ainsi estoit qu'on trouvoit mauvaises toutes ses instances qu'il faisoit pour estre secouru et d'armes et d'argent , il estoit aussi de sa part contrainct de dire que si la
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
fréquence des promesses sans eflects pouvoit contenter les ventres affamés et habiller ceux qui estoient nuds , on auroit raison de trouver fort mauvaises ses répliques, et lesquelles il estoit contrainct de porter encores jusques là que , s'il pouvoit voir les affaires de i'estat en quelque honneste asseurance, il prendroit party (pour désormais sortir de tant de misères et de calamités qui Taccabloient , et qui pouvoient estre piustost considérées que vifvement exprimées) de donner une si sanglante bataille , qu il vaincroit ou qu'il y mourroit les armes au poing, délivrant Tarmée de la faim , luy de peines et de toutes ces fallaces espérances et promesses qui reuversoient tout, mesmes ayant pieça recogneu que ceste espargne dont on le presse si fort estoit coustumiere d'amener des inconveniens si esiranges qu'on demeuroit et sans conseil et sans remède : que Sa Majesté en taille et en couppe comme il luy plaira , si faut - il toutesfois qu elle se souvienne qu'il ne fut jamais seur ni. louable de quitter , pour des deffiances qui peuvent estre corrigées et adoucies , les propres choses qui ont esté glorieusement et laborieusement acquises.
• Que c'estoit aussi chose de très -mauvais exemple que , quoy que jusqu'alors il eust sceu crier ou supplier pour payer ce qui avoit esté promis à ceux qui dressèrent l'entreprinse de \ erceil et Casai , il n'en avoit toutesfois jamais sceu avoir raison ; mais , quelque paix ou trefve qu'il advint, il vendroit piustost son propre bien que de leur manquer de parole.
Le vingt-quatriesme avril , le mareschal donna advis au roy que la nouvelle estoit arrivée aux ennemis de la reddition de Sienue, après avoir couru toutes les misères et toutes les extrenutés d'un siège de quatorze, mois , dequoy les ennemis avoient faict de fort grandes rcsjouissances,et que Monticelly, Cliiusy, Montalcino, Grosseto et Port-Hercule, demeuroient encor es mains de Sa Majesté , qui luy scîrviroient peut esire un jour au recouvrement dtî la perte ; (jue c'estoil chose dont Sa Majesté ne se dcvoil fasclier, y ayant apporté tout ce (|ui pouvoit sortir de sa main , parmy une telle alUuence d'ailaires quelle'
avoit sur les bras , à la grande félicité desquels Dieu avoit voulu donner ceste petite amertume , qui seroit bicntost rembarrée pdr la puissance et valeur de Sa Majesté , et de tant de bons et braves sujets auxquels meritoirement elle conunandoit ; que luy de so& costé y sacrifieroit ses moyens et sa propre vie de fort bon cœur.
Qu'ayant esté dict par la capitulation de Casai que le duc de Mantoue , eu foveur de madame sa grand mère , emporteroit l'artillerie qui estoit dedans la citadelle , ce qui oe peut estre lors ainsi accomply, à cause qu'elle estoit entassée dans les ruynes des batteries; maintenant qu'il voyoit les ennemis es environs de Casai , il avoit esté si inconsidéré de la faire xiemander par un gentil-homme qo*3 avoit expressément envoyé vers luy ; auquel il auroit remonstré que si son maistre en toqloit accommoder le roy, comme il pouvoit faire. Sa Majesté la luy feroit payer, el qu'aussi bien sans exprès commandement d'elle ne la luy pouvoit-îl faire rendre aajourd'huy, la saison considérée.
S'en estant retourné le gentil-homme, de S à peu de jours le duc luy manda qu'il ne h vouloit vendre, ains s'en servir dans ses ef> tats. Et pour-autant que les affaires d*alefS estoient tels qu'il n'en pouvoit faire insttftt que par une démonstration de mauvaise lolonté envers le roy, le mareschal parsa l^ plique luy manda qu'il s'adressast ao lO! mesme s'il vouloit , nu nom duquel il avoit traicté , et que , veu les affaires qui couroieat lors , il n' estoit pas résolu de s'en dessaisir que le serain de la paix ne fust survenu, qooy que Sa Majesté luy sceust mander pour ce regard au contraire.
Le roy trouva bonnes les rcmonstrances du mareschal, et mesmes ce qu'il avoit faict à l'endroict du duc de Mantoue , promettant bien tost le secourir de sorte qu'il auroit d^ quoy tenir teste, et seconder ses desseins sur ce qui pourroit succéder de paix oa de trcfve.
Le vingt-huictiesme avril, quatre soldats et un lacquais furent prius sortans de Volpian , portans lettres du sieur Jeronimé delà Mare, chef de la garnison, adressantes aâKguerol , par lesquelles il luy donnoit advis qoè