LIVRE SIXIÈME
lemaûs s'estoîenl si furieusement muiîl'ils eussent tout tué s'il ne se fust rei chasleau , et que pour sauver la place t capitulé avec eux , et promis qu'ils sepayés dans ti'ois sepmaines, et que Jaut il avoit tant faîct qu'il avoit trouvé !ens escus à interest , dont il les avoit
es.
è occasion devioit , selon aucuns , învi-
mareschal à Palier diligemment assaillir it que les ennemis faisoient leurs pres ; mais ceux qui considéreront que , riere, instances ny plaintes qu'il eust ire depuis quatre mois , il n'avoit sceu ' le remplacement de soixante milliers dre et vingt mil boulets despendus h je d'Yvrée , Malvoisin, Santia et Casai, fournir aussi competemment pour atle siège dont ils estoîent à toutes heures s, trouveront qu'il ne pou voit enten- }mbaltre ledict Vulpian , sans desgarplaces du Piedmont et les exposer à y de l'ennemi qui estoit desjà le plus la campagne. Et à la vérité , Sa Ma- [uî sçavoit mieux que nul autre que lu le et l'obéissance des armes se maintean oc l'argent plus que par artifice ou ondance des promesses qu'elle faisoit, fugrr par là en quelle extrémité les estoient , et que le mal qui en adît seroit tout d'elle , et du mareschal
»s enirefaîctes furent prins quelques tls venons d'Angleterre, chargés de jui tesmoignoient les mesmes misères veniens dont le mareschal frappoit à !*ures les oreilles du roy et de M. le ible , auquel il manda qu'il estoit bien-
Sa Majesté et luy eussent recognu ropre matn des ennemis la vérité des [u'ils n'avoient voulu croire de luy; 'estoit pas seulement Vulpian qui esmmodé de vivres, mais que Foussan , rrin et Crescentin mesmes Tesloient
sî fort , que si de bonne heure on nforcé, comme il avoit supplié, la do ces places fussent pieça tombées de Sa Majesté; que c'csloit lefiiiict U apporté tous chasteaux et petits nt il avoit peu à peu envdoppé toutes
ces places ennemies, contre l'opinion du roy ot de luy, qui luy en avoit souvent faict la guerre ; 4ue ceste nécessité dcvoit tenir Sa Majesté et ses ministres sur la haute gamme au fakt de paix ou trefve , et <Jue là où Dieu voudroît, pour les péchés des uns et des autres, qu'il n'y eust ny paix ny trefve , cela devoit inviter Sa Majesté à se diligemment renforcer , de sorte qu'on peust emporter aucunes de ces places auparavant que l'ennemi ie^ eust pourvcues ; en quoy faisant, tout le Piedmont, le Canavois et tous le Vercellois demeureroient si bien nettoyés , qu'on n'auroit plus à tenir garnison que dans cinq ou six principales places et une douzaine de chasteaux „ au lieu de soixante ou cinquante , et par ainsi amoindrir sa despense de la moitié, et en temps de paix augmenter ses revenus de quatre à cinq cent mil escus de rente , la moitié desquels suDiroit pour maintenir tout le pays.
Se plaignit aussi que , quoy que le roy luy eust mandé par moy et par antres , tant s'en faloit que les cent mil escus fiassent arrivés en Piedmont, comme il estimoit, que an contraire il n'en estoit point de nouvelles , non plus que de la reste de février ", de nîaniere que les monstres ne pourroiént eétre feictes pour les mois de février et mars que dans^ tout celuy de may , et qae par ainsi Tarméc demeureroit tousjours en arrière de déu^ mois* et plaine de misère , entant qu'il faudra que ce qu'ils recevront lors soîl converti au payement de ce qu'ils doivent aujourcfliuy et de ce qu'ils devront aussi entre cy et lu.
Que , ayant faîct par plusieurs fois interpeller le marquis de Final de faire iPoy et hommage au roy de liuict chasteaux qu'il â es environs de Ceve , il s'estoit tousjours obstiné de n'en rien faire , et que, pour travailler les ennemis , il avoit commandé an ^enr Francisque Bernardin , qui se trouvoît lors à Ceve,' et au capitaine Loup , gouvemeur , de tirer deux canons de la ville et d'aller prendre ces' chasteaux et démolir ceux qui ne pouiroient servir; ce qu'ils avoient henreuscmeiil exécuté sous la faveur de messieurs de Bonniv^ et d'Ampville, qu'il avoit envoyés au secours dePonzon que Cîcsar de ^'aples estoit allé assaillir, et lequel, quelque difigence qtC^
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
eussent scea foire , ils n'avoient sceu atrapper , car , soudain qu'il eust le vent de leur Tenue, il s'estoit retiré; ettoutesfois, pour n'avoir faict un voyage inutile , ils s'estoient nmusés à nettoyer huict ou dix autres chas* teaux qui estoient es environs dudict Ponzon , aucuns desquels ne porteroient pas moindre nuysance aux Gennois que faisoit ledict Ponzon et Gourtemille : à toutes lesquelles expéditions ledict sieur d*Âmpville s'estoit monstre autant vaillant que diligent , et qu'il estoit à croire que de si bonne plante qu*estoit celle du père il n*en pouvoit sortir que fruicts de pareille bonté.
Le premier jour de may , le sieur de Noailles , lieutenant de la compagnie d'Ampville , 8*estant jecté sur les advenues d'Ast et Valfenieres avec sa trouppe, suivi d'une autre d'arquebusiers que menoit le capitaine Beaulac , ils rencontrèrent environ trois cens Italiens qui faisoient escorte à des bestes chargées de vivres qui tiroient vers Valfenieres : ils les chargèrent si vivement qu'il en demeura environ six-vingts morts sur la place, et quelques cinquante de prisonniers. Le sieurd'Amp- Tille eust un extrême regret de n'avoir esté de la partie /pour un singulier désir qu'il avoit à la gloire et honneur qu'il mérita depuis pour sa valeur.
Le sixiesme may , le it)y , parmi plusieurs kaires dont il chargeoitle mareschal, luy manda que le duc d'Alve arriveroit bien tost en Italie, menaçant de recongner sa puissance et sa frontière au-delà des monts. A quoy le mareschal respondit que toutes.les bravades et de luy et de sa nation ne l'estonnoient aucunement, carceux qui avoient envie de mordre à bon escient ne jappoientpas tant; que aes prédécesseurs lieutenans de l'empereur, qui n'avoîent pas moindre expérience ny valeur que luy, n'avoient jamais sceu faire bresehe dans le bonheur de Sa Majesté , et qu'il esperoit que Dieu luy feroit la grâce de le tpaicter comme les autres, s'il plaisoit à elle accompagner la diUgence et l'affecUon et de luy et des autres seigneurs, 4es moyens qui sont nécessaires: pour tenir coup; et que s'il avoit en main dequoy luy présenter la bataille en arrivant , qu'il luy en donneroit le passe- •tçmps, et lor» oa jerroit qui avoit meilleure
cause , meilleure espée et jAns belle loa^ tresse.
Donna advis au roy que le doc de Sarn estoit desjà arrivé à Milan ; qu'il se voit occasion quelconque qui le deost amené en Italie, si la présomption des .«, d'autruy ne luy avoit feict espérer qn li sortiroit quelque grand miracle à son ^ tage; car, d'y vouloir faire la guerre « commandement du duc d'Alve , c estci qu'il ne pouvoit croire , mesmes ne s aimans gueres.
Sur le seiziesme may, le roy ayaottry bon que le mareschal eost foict le ^ bleds jasques sur le bord da fossé de pian , et faict deux nouveaux forts aoi rons, assisté des sieurs d'Aussun, pra et Carie Birague et du siear Fnmcisqoe nardin , luy manda qu'estant créature main , et comme tel singulièrement mi Sa Majesté, il avoit en tort de croire qu'A la moindre mauvaise opinion de lay ; qœ contraire , elle se lonoit à tons de sa dilige valeur et affection, qu'elle esperoitdii recognoistre bien-lost, et que, pour t gnage de cela, il luy envoyoitparlei^ de Caillac la mesme espée qu*eUe puri la guerre : dont il rendit grâces trèsHi£«J Sa Majesté , l'asseurant qu'il àmàm occasions pour faire sentir aux mm tranchant de ceste belle espée, quilna roit tousjours d'aiguillon et de bow W à bien et fidellement servir si booi»pi reux prince.
Le roy, pour rendre le marescBîf glorieux et plus content , luy mandaqsJ pereur estant à table , circondé des dn Savoye , d'Alve , prince d'Orange et ji aucuns d'entre parlans de la gume dict que la majesté impériale surok françoise de fanterie et de cavalerie ;ssr l'empereur mesme auroit respoodu vérité , je surmonte la France de 1 pour le regard de la fanterie, ayam :i commandement l'Allemagne, rEspajne, [ tie et les Pays-Bas ; mais je le suis d ft cavalerie , ayant en sa despeoce m mil gentils-hommes très-belliqueoi et tionnés à leur prince , qu'ils révèrent ( une déité. Si j'avois cela à mon c
icnt et le sieur de Brissac pour seconder mes et mes desseins , je me ferois mon:ii'que
monde. » n Si donc mes ennemis l'ont en ille estime , (pie doi-je donc faire, dict le roy lesmes estant ma créature bien aimée comme est? »
Le vinfjtiesme inay , ayant soeu que le sieur nguerol avoit faict un pont sur le Pan près
Valence , où la plus part des ministres de 'empereur esloient avec luy, assistés dft dis iseigses espagnoles, vin^t d'Allomaos, douze Italiens et de douze cornetics de cavalerie , i mareschal , qui estoit encores vers Santîa , rint resolution de les aller combattre. A ces us , il manda ù Salveson de faire tous ses Abrts à diligemment dresser un pont de barnes sur le l'au contre Casai , pour pouvoir sser vers luy avec une armée volante seunent , et que lu cavalerie qui estoit à Casai
les gens de pied, moilié corcelets, moitié rquebusiers , se tinseot prcsispoup marcher ec luy ; qu'il tint hors la ville quelque pain vin , pour en passant rail'raiscliir les soldats ;1I ne vouloit laisser reposer, ains marcher oîct à Valence. Salveson, ores que des plus Ogens , ne sceut toulesfois tant faire que pont fusi entièrement faict ; il n'y en avoit B les deux parts , ot pour le reste un grand jC fort bien accommodé qui passoildeux cens nnnes à la fois : de manière qu'au lieu de revendre l'ennemi , il cul loisir d'avoir les DTclles de l'arrivée de nos forces pour se Bir sur ses gardes; car il fallut, bon gré llgré , coucher aux faux-bourgs de Casai. Le lendemain , trois heures devant lo jour,
battit aux champs , l'armée composée de lia mil François , quatre mil Suisses , deux I lansquenets . six compagnies de genstnnes et trois de cavalerie, tous bien délite , et marchans au grand pas pour saluer ( enoemis , qui avoient desjà faict repasser Paa i leurs trouppes , qui estoient toutes ^ées et en bataille ù la faveur des murailles I la ville. Quoy recogneu par le mareschal , loffea aussi ses batailles sur un haut et à or veuc , et soudain depcsclia trois cens arlebnsiers et deux cens chevaux pour les al-
rect^noistre , et charger aussi par divers idroîts tous ceux qui leroient conlenanee
TOuloir combattre ; cl que , selon ce qu'il
verroit le jeu , il partiroit avec le reste ) l'armée. Les ennemis jecterent aussi de led) costé , ù la faveur des hayes et des fossés fi quens en ce pays-là , une troupe d'arquebi^H siers qui farent agacés et pinces de tous coi tés par les noslres pour leur faire quitter 1 fort ; mais il n'y eut ordre. Us avoient ausï faict sortir à couvert au long du vallon envir ^ cent chevaux , en intention de venir serrer ^i pas aux nostres s'ils se fussent trop advancëfl mais la grande poussière qui se leva , eux si hasians à leur mal-heure , donna à cognoistr qu'il y avoit trouppê qui marchoit; pour j quoy s'opposer furent soudain jettes dehol cinquante hommes d'armes et environ autrefti six vingts chevaux légers, lesquels s'advan-*! cercnt si à propos , que ils s' entrer enconini rent ; la mesiée fust aspre , l'ennemi y pcrttti quarante ou cinquante chevaux , sans les bW ses ; des nostres , il n'y eut que deux chevailii légers de morts et tmis blessés. Le mareschal ^^ voyant que l'ennemi ne vouloit quitter la tn^Ê veur des murailles , fit soudain tirer trois ^ttf'f lées de coulevrine , qu'il avoit faict cacher d propos délibéré pour le combat qu'il pens(»fcl rendre. Elles tirent jour dans les batailloon ennemis ; et au mesme instant que ce jeu bÀ9 demesloit le mareschal vit une fort graudâf poussière le lon<r du Pau , à quatre mil pati au-delà de la ville.
Là dessus il commanda à d'Ampville,Pavafltl et Terrides, de s'advancer avec leurs Irouppesî I et , si c'estoil cavalerie ou fanteric qui vini J au secours des ennemis , que sans marcliaO' f der ils donnassent dedans. La fortune leu^ ] fut si favorable , qu'à cent pas au-delà de la I ville ils rencontrèrent ta compagnie de cent 1 hommes d'armes de M. de Savoyc et de Prospère Colonne , qui venoit au secours , sans tontes fois tenir ordre : ils furent cliar(;és et ' emportes par ledict sieur d'Ampville , qui fit grand devoir et de capitaine et de soldat I tout ensemble ; et ne s'en fust sauvé pas uiiJ sans la proximité de la ville , dans laquelle T ils se jecterent. Il en demeura une trentaine I sur la place , et autant de prisonniers.
Le mareschal , voyant que l'ennemi ne vouloit quitter son fort , sonna la retraicte , marchant tousjours en baiaiile , et vint loger au { bourg Sainct Martin , oti il demeura une dou^J
srio
zaine de jours , pourvoyant de plus en plus aux affaires de Casai , où il jeeta force bleds et vins. Cependant , ayant considéré que le cliusteau de Sainct Salvador, situé entre Ale\andi*io , Casai et Valence , incommodoit fort les vivres, il falia assaillir. Ils endurèrent quatre cens coups de canon , et puis se rendirent à discrétion : il fut tout desmantelé.
En ce temps il reccut les lettres du comte de la Mirandole par lesquelles il luy donnoit nouvelles de Tarrivce du duc d'Âlve en Italie avec mil reistres qui dévoient estre suivis de doux regimens , chacun de quatre mil lansquenets , pour le passage desquels il avoit demandé conf;é aux Vénitiens ; qu'en faisant le calcul au vray de toutes les forces que le duc d'Alve pourroit assembler , il trouvoit qu'il luy seroit aisé de tirer en campagne de vingt-cinq à trente mil hommes , et cinq mil chevaux , et Tequippagede quarante canons : qu'il apporteroit provisions d'argent et d'as* signalions pour soldoyer l'armée durant six moys. Le mareschal en donna advis au roy , ^u^pliant Sa Majesté ne perdre plus temps à luy envoyer le renfort promis et argent pour secourir l'armée , la misère de laquelle le tenoit en une merveilleuse crainte , ne sçachant de quel bois faire flesche , ayant engagé et la parole et les biens à gros interests , et foulé autant la campagne que les villes clauses : que , ne se voulant Sa Majesté incommoder pour trouver cent mil escus en une si urgente occasion qu'estoit celle d'alors, il prevoyoit qu'on pourroit perdre tellesplaces et pays qui coustoroient trois niilhons d'or à reconquérir : qu'il y avoit en Piedmont quelques forteresses si bonnes , qu'elles pourroient altendre une pareille armée que ces!e-cy , et ])eaucoup d'autres aussi qui ne le pourroient
pas faire , et auxquelles il seroit nécessaires^- sèment acquise; que si l'on pou voit rembarrer
de diligemment travailler , ce (|ui ne se pouvoil plus entreprendre sans moyen : que , là où il adviendroitque lennemi se vint percher à (^arignan ou à Montcallier , qui n'( .stoient pas lors (les meilleures , ilaffameroit le Piedmont , qu'il faudroit ouquilier ou aller prendre (!es vivres à Lyon , avec frais et peines qui ne pourroient longuement durer : finalement , cX qu'ayant et faict et dict et rernonstré tout ce qu'il pouvcut , il ne luy resloilplus
qu'à courageusement s'easeveUrdans lesrui* nés de Testât auxquelles il ne voukût survivre ; si toutes fois Sa Majesté croyoit qu'un autre peust mieux faire que luy , il luy quitteroit voloutiers la place plustostque d*C!arc, non pas instrument , mais tesmoin seulement de tant et tant de ruines qui couroienl lors sur ces belles provinces , ayant de longuemain aprins que rien ne pouvoit estre bien ordonné ni heureusement exécuté en la guerre, si les conseils , les forces et les moyens ne concouroient à mutuelle vertu et concordance.
Encores que le mareschal fust réduit à ces altères , si est-ce toutes fois que , surTcsperance qu'il avoit que Tabouchement des cardinal de Lorraine et connestable , qui se foisoit à Ardres avec les Anglois , porterolt quelque fruict , il avoit tellement disposé les affaires , que toute la campagne de Piedmont, \ ercellois , Canavois , Aslisane et les Langues aussi, fussent la plus grande part demeurées à Sa Majesté , s'il eust esUî dict qui tient tienne, comme tousjours il avoit esté practiqué en Italie.
>'e rapportant du roy que paroles et promesses , qui tiroient une trop longue et dangereuse ()ueue , il luy manda que si Sa Majesté n'y donnoit ordre , il faudroit que luy, comme plus foible , quitlast la place au plos fort , et peut-estre la fortune aussi : que s'il plaisoit à Sa Majesté considérer l'auctoriléel le crédit du duc d'Alve , et la vertu militaire qui estoit en luy , il estoit à croire qu'il n'avoit pas prins à sa charge tout le faix del'lialie , sans avoir en main dequoy l'aire une longue et puissante guerre , et faire aussi une lourde bresche et dans Fesiat et dans lamesme réputation que Sa Majesté avoit si glorieu-
ses premiers efforts , il iroit purg(»r ses colères et vomir ses piaffes et bravades à Naples,où toutes sortes de délices l'appelloient, et que Sa Majesté pourroit après , par un bon mesnage , rein|)lacer ce que la nécessité auroit extorqué de ses finances.
Que ('estoit chose beaucoup plus louable de se p!'e|)îirer pour conserver et acquérir avec (pH^hpie hasard b(^aucoup de choses, que , par la crainte d'iceluy ^ mal mesoager