‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 117 sur 224 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

e belles actions que la fortune presen- •mme à souhait ; et que par le contraire ortunés commencemens des affaires perla réputation , le courage et bien sou- •estât aussi ; que pour éviter tous ces eniens il n'y avoit rien tel que d'emr , avec jugement et courage intrépide, ricux effects qui apportoient la gloire relit avec la conservation de Testât.

les entrefaictes , Carie de Birague , qui ndoît aux forts dressés es environs de D , manda au mareschal que ceux duilpian n'avoient pas de vivres pour plus ois et demy à tout rompre , et qu'en § aesme nuict iU avoient jette dehors spagnols bien montés , pour aller solle duc d'Âlve de les venir secourir , Is il en avoit attrapé deux y mais l'autre sauvé.

oarescbal fut aussi adverty, du costé tn,que les ennemis commenceroient eoiier effort par ce secours de Yulpian, ces fins ils faisoient faire des ponts à c pour jelier sur la Doyre , et grandes )DS de bleds et farines, tant pour rarmée que pour jetter dans ledict i; et que, cela exécuté , ils attaqueà rinstance des Milannôis , Santia ou 1 le fit ainsi entendre au roy, luy remt que , si en toute extrême diligence Dvoyoit douze cens chevaux et quatre unes de pied seulement, avec quel- [ent pour rafraischir le courage de , il leur donneroit la bataille au pas- Teau , afin d'emporter d'un mesme Tarmée et Yulpian aussi , et que si le Ive faisoit ccst advictuaillement aupaue le renfort arrivast, tousjours serpour faire le mesme effect pour la ii'ils auroient entreprinse : suppliant »to avoir souvenance que ceux qui se ou arrestent par trop sur les prece- ►rosperîiés, telles qu'avoient esté les trouvoient en fin qu'elles ne sont 1 accomplies que la fortune n'y cache s quelque glu pour les surprendre; [rands capitaines , qui recognoissoient es de Dieu , estoient toujours bandés »lidité et des forces et dès moyens , demeurer enveloppés dans le des-

honneur et dans la ruyne qui accablent tousjours ceux qui ne sçavent advantageusement faire leur profit des fautes des enneitiis.

Le mareschal , ayant en fin bien ruminé sur ceste extrême nécessité et conséquence des afiaires, il estima qu'elles ne pouvoient estre si intelligiblement représentées par escrit que de vive voix , qui a les répliques en main, ce que n'a pas une lettre muette ; c'est pourquoy il depeschà Plancy vers le roy, pour avoir désormais entière resolution sur les effects qui estoient nécessaires à si urgente nécessité. Et, pour autant que messieurs les cardinal de Lorraine et connestable, qui s'estoient abouchés avec les Anglois pour traicter de paix ou tresve , recogneurent que c'estoit une fiiusse amorce donnée pour retarder les provisions du Piedmont, tandis que le duc d'Alve s'advançoit, le roy manda, au mesme instant que Plancy partoit , qu'il se fiiloit résoudre à la guerre , et qu'à ces fins il faisoit divers partis avec le sieur Albice d'Albeyne et autres banquiers de Lyon , pour luy envoyer six vingts mil escus pour payer l'armée de ce qui luy estoit deu , et pourvoir diligemment à tout ce que il recognoistroit convenable : quant au congé qui luy avoit esté accordé pour venir saluer Sa Majesté , le fondement en avoit esté prins sur l'espérance de paix; mais puis qu'il faloit retourner aux armes, Sa Majesté le prioit remettre la partie à une autre fois, ayant recogneu que sa seule présence luy estoit autant nécessaire en Piedmont que la propre armée qu'il y entretenoit , mesme ayant re* cogneu , par lettres interceptées sur la frontière de la Lorraine , que les Impériaux faisoient un grand fondement sur son esloignement du païs , et que il se devoit contenter qu'il n'y avoit en France prince ny gentilhomme que Sa Majesté desirast plus voir et embrasser que luy, qui meritoit , par la grandeur de ses services , de fort notables recompenses , comme le secrétaire Derdoy, porteur de ces lettres , avoit charge de luy dire cecy. Et pour autant que par iceluy Derdoy M. le connestable luv escrivit deux mots de sa main pour le peisuader à ne bouger du Piedmont, j'ay voulu icy insérer laresponce que luy fist le mareschal^ me semblant qu'elle

MÉMOIRES DE BOTTIN DU YILLARS

servira d'Instruction à ceux qui liront ces

Il y a des gens qui demeurent tous estourdis et confus lors qu'ils voyent que les estats des princes se brouillent ou s'altèrent tant soit peu, soit au dedans ou au dehors, par faute de remarquer, comme le marescbal avoit faict de longue main , qu'il n*y a parentage , alliance , amitié ny société , qui puisse apporter reigle ny tempérance aux ambitions ny aux désirs esgarés des princes ; ains presque tous, tant qu'ils sont, ne font que s'entre-espier les uns les autres , par colorés prétextes, qui ne leur manquent jamais. S'il y a aujourd'buy nation qui soit docte en ceste science diabolique , c'est l'Espagnol. Je croy bien que si les uns et les autres tournoient les yeux plustost vers Dieu que vers le monde, qu ils se conlicndroient dans les bornes de rtionneur et de la conscience que sa divine Majesté nous a prescriptes, mais principalement s'ils sçavoient aussi plustost embrasser les utiles conseils que les passionnés et desguisns de leurs ministres , qui vont , comme on dict toujours , à placebo. C'est de là que sortent la plus part des divisions et des altérations; et de faict, voilà l'empereur, quia presque le pied dans la fosse , lequel , pour amuser le roy sur la retraicte qu'il vouloit faire en Espagne , et sur les grandes provisions qu'il bastissoit en Italie à la ruyne de la France , faict par un faux semblant sonder le roy par le comte de Pallany, tant sur la délivrance dos prisonniers prins de part et d'anire, comme pour parvenir à une paix, si Sa Majesté y veut entendre ; et toutes fois :ui mesme temps, pour mieux parvenir à ses desseins, il faict entrer en jeulemilordPuget, lequel , au nom de la roync d'Angleterre , exhorte Sa Majesté à la paix, et que si elle a pour agréable que la maistresse de luy soit arî>ilre des différons d'enlre Tempereur et le ii!s de luy, mary d'elle, qu'elle les aura bien losi appointés. C'est le renard qui presche les poules : et encores que Sa Majesté oust ceste croyance , si Oot-ce que , pour mettre lousjours le droict de son coslé , elle se laissa cniporier par les persuasions mesmes du légal Polo (qui marchoii de bonne foy) à ordoimer des députés pour traicterci conférer

avec ceux de Femparenr et du roy d'Angleterre son fik. Hais à la parfin elle et ses ministres descouvrirent que c^estoit une vraye pippée dressée pour endormir Sa Majesté sur les provisions qui estoient nécessaires à h conservation de ce qu'elle tenoit delà des monts, et auxquelles, contre l'opinion di marescbal , elle s'estoit montrée plus lasche que de coustume.

« Et de faict, ayant tard recognu, moBsieur , j'ay de longue main aprins à ne m'estonner des grandes provisions d'armes, (^a^ gent , de vibres et d'artillerie que les Ibperiaux assemblent , et encor moins di leurs menaces et bravades ; mais à la voilé tous ces seigneurs et serviteurs du roy, el moy mesmes aussi , demeurons non pas seilement estonnés , mais tous confîis , de m les dilayemens qui sont de tous costés afH portes au renfort qu*on avoit promis il y i plusieurs mois, et que neantmoins cependatf on désire desjà de nous les mesmes effecli qu'il peut engendrer. Si nous l'eussions es à temps, nous eussions bien rabaissé le caquet à nos voisins, lesquels volent si haut, qaHi ne comptent le secours de Vulpian que pov passetemps ou pour l'entremets de leurs 1i^ toires^ et que c'est à ce coup que les FVaaçois ne trouveront pas assez de terre pMr fuir devant eux. Tout est en la main de lÀi; mais si sa divine majesté favorisoit, oohm elle a accoustumé de faire , les armes si j«tes que sont les nostres, nous espérerions kv faire recognoistre qu'ils ont trop tost mt" chandé la peau des lyons , qui ne sont pas s aisés à prendre qu'ils estiment, au nM sans sentir la force de leurs griffes. Si vM desirez , monsieur , de voir les effects de n espérances , nous encor davantage de nostit part , pour faire recognoistre au roy, à vos et à eux , que nos armes et nos courages ne sont pas moins résolus ny généreux que forent ceux qui les estrillerent si bien à la bataille de Cerizolles sous la couduicte de fn M. d'Anguyen. Ne vous donnez, s'il vous plaist , monsieur , autre soin que de diligemment pourvoir à ce renfort , et puis nous laissa faire du reste , vous souvenant que le premier coup vaut toujours deux, et qu'an choses qui tirent après elles les dangereuses

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