‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 118 sur 224 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

laences que feict ceste-cy, qu'il ne

as d*y mettre bon ordre , mais qu'il

(iller de si près et avec une constance

lue, que les mesmes choses pour les-

*orclre a esté délibéré puissent prendre

orieuse fin. Si vous , qui meritoirement

le timon de Testât, n'en procurez le

Tos ennemis en pourroient rejetter,

ae à tort, la coulpe sur vous, qui

i plustost résister que corriger leurs

is. Parmy tous ces seigneurs qui sont

stre fils d'AropYille auxquels ne cède

rage, a bonne envie de leur faire co-

« qu'il est fils de celuy qui les rem-

ii bien en Provence, et que s'il n'es-

nplement question que de la vie de

iDS , la partie seroit plustost jouée que

;ire vous ne pensez , estans résolus ,

nous sommes , de faire par honneur

par desespoir ce qui est honneste et

lable, quelque danger qu'il y ait. »

) honneste remonstrance eut tant de

ice , que deslors les choses commen-

à se préparer beaucoup plus soigneu-

qa'anparavant on ne faisoit pas , et

pour le regard du renfort. Sur le fon-

l que le roy faisoit que Yulpian pour-

tre emporté à vive force auparavant

duc d'Alve peusi estre en train de te-

ampagne , je fus soudain renvoyé en

nt avec force belles promesses et

odement fort exprès que les monstres

sses et des autres nations fussent sou-

JGtes , et en toute rigueur , d'autant

Majesté estoit bien advertie que les

les autres n'avoient pas la moitié du

} d^bommes qu'ils dévoient avoir , et

' ce moyea il se trouveroit tant de de-

evenans bons , qu'il y auroit dequoy

er Tarmée un mois entier; et là où

îs-uns n'y voudroient consentir, il

es casser , et fussent les Suisses mes-

i colonnel desquels le roy ne vouloit

(re de pourvoir aux capitaineries de

iment quand elles vaqueroient , comme

mtendu avoir n'agueres esté prac-

ains elle vouloit qu'en son nom et

1 auctorité luy les choisist et les y

st luy mesme. Dans la lettre du roy,

fut baillée close de peur de répli-

que , il y avoit 'ces^mots*: « H semble , mon cousin , que vous preniez plus de plaisir à contenter et supporter les colonnels et capitaines en leurs fautes , qn*à m'obeir en ce que je vous commande pour leur regard : vous sçavez aussi bien que moy que les connivences gastent toujours les armées , tout ainsi que faict la trop grande appréhension des forces de l'ennemi l'ordre et la félicité , qui autrement pourroient estre utilement mesnagées par un si 'grand capitaine que vous estes. » Voilà l'amer et le doux logés ensemble ; je laisse à penser en quelle transe c'estoit mettre le serviteur , et sur occasions si dangereuses et si pressantes qu'estoient celles d'alors ; mais pour tout cela la prudence du mareschal ne fleschit, ny son courage ne se ravalla jamais , ayant la candeur de ses actions pour juges indubitables de sa vie. G^est affaire à gens faillis de cœur de [se laisser abattre par la crainte ou par des reprehensions mal fondées , mesmes lors qu'il fiiut repousser la violence des efforts de la fortune et de l'envie par courage et par affection.

Il avoit aussi tant d*asseurance en la bonté et intégrité du roy, que, bien que Sa Majesté luy eust ainsi baillé ceste attaque en passant , il ne croyoit pour cela qu'elle eust rien diminué de la bonne affection qu'elle luy portoit.

C'est pourquoy , en remerciant le roy des as* seurances que je luy avois| portées du secours d'hommes et d*argent, il le supplioit de croire que , s'il avoit esté aussi devotieux et diligent à servir Dieu qu'il faict Sa Majesté , il penseroit parvenir au plus haut siège des anges ; qu'il vouloit croire que Sa Majesté , rhonnorant de la charge qu'il tenoit , avoit estimé qu'il sçauroit utilement mesnager et les deniers ef la diversité des affaires de Sa Majesté , parmy les différentes humeurs des nations qui la servoient sous son commandement , mesurant le tout à la seule gloire et utilité de son prince; que toutes ses précédentes actions en avoient donné si fidelle et si honnorable tesmoignage, que Sa Majesté ne devoit escouter ceux qui luy prestoient de si lourdes charités, etqui, peut-estre, s'ils estoient en sa place, ne s'en sçauroient si dignement acquitter qu'il avoit fait : qu^il ne se lairroit jamais surprendre aux inconveniens , et qu'à

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

[Iwflp^

CCS fina toates choses qui pcut-estre n adviendroîeot jamais luy estoient prochaînes et familières; (]iie si ces soupçons et accusations continiioient encores , ii se trouveroit plus emposché à s*cn défendre , que des propres efforts dos ennemis ; que messieurs du conseil , lesquels sur le tapis démcsioient les affaires et le faict des monstres , et mesuroient toutes choses au pied de la mcsna{;erie seulement , et non selon les nécessités et les conséquences de Tesuit , ne luy sçauroient persuader qu'il fust ny juste ny raisonnable , en panûlle raison que celle qui couroit lors , de ([orger les Suisses seuls du peu d'argent (|u il y avoit , et cependant attacher tous les autres au râtelier, sans leur donner le moindc secours du monde ; enfin , qu*ayant renuemi sur les bras comme d avoit, jl jugeoit plus raisonnable de faire quelque bresche aux finances de Sa Majesté que pour dix mil livres hasarder Testât , Thonneur et la réputation ; que la confiance qu il avoit en Lieu et en sii propre conscience rendroit vaines les envies et médisances : et, à fin que Sa Majesté recogneusl mieux qu'elle ne faisoit pas le juste fondement de ses continuelles mstances , il luy envoyoit un mémoire venu de bon lieu , sur Testât dos forces ennemies , pour prévenir lesquelles il falloit de Targent et des armes , et non pas des accusations et des mesnajjeries indignes d'un si magnanime roy, en une si dangereuse saison ; et que , si Sa Majesté estimoil , comme il luy avoit autresfois mandé , (ju'un autre la peust mieux servir (|iie luy, il remeilrnit la charge dont elle Tavoit honoré au |)remier commanclement (|u>lle luy en feroit, pour ne plus servir (le butte aux envieux et aux medisans.

11 faut maintenant , et avant que passer plus outre , que je représente , le plus sommairement (|ue je pourray, certaines propositions avancées par Tevestpie d'Aonste pour la reconciliation de M. de Savoye avec le roy. Ce prélat , versé aux alfaiies , ayant secn (|U(î ce prince estoit mal traicté de Tempereiir , et (|u'il desiroit tourner ses veux vers la France , ci (|U à ces fins il pressoit l(»rs Tem|)erenr d(; luy donner ccmgé de venir faire un tour en Piedmont, lit prier le marcschal , qui estoit lors à Yvrée , de

luy 'donner sauf conduict pour seure passer jusqu'à Verceil. Luy, qui ignoroit intentions de ce prélat, Ten refusa tout à p craignant qu'elles ne tendissent à b quelque chose au préjudice du service de Majesté. De là le mareschal estant allé à tia , Tevesque luy fit faire nouvelle in pour avoir ce passeport , Tasseurant qn'ij le demandoit à autre intention que pour rendre quelque agréable service à Sa Ma/' té. lin la considération de ceste second prière , il le luy concéda pour six sepmaine^ lesquelles s'escoulerent sans aucun fniict; sur quoy Tevesque fit remonstrer au mts- ^ chai qu'il ne s'estoit encores voulu adTWtf, : pour autant (lue les affaires dont il ai«tl p= traicter avec luy n'avoient peu estre digeik f-^ parmy un si court terme qu*estoit celuyqin V"^ luy avoit donné , le suppliant luy en dooKr r- J encore autant , et qu'il feroit en sorte qilVr^ ne s'en repentiroit jamais. i -^

Le mareschal s'y accorda, donnant clnrgi Vxf à aucuns de veiller de pr(*s les actions de a \ prélat , lequel vint à Yvrée pour de là phi commodément passer à Verceil. Il confena termes généraux , avec Montbazin , goon^ neur d'Yvrée -.arrivant à Verceil, il trouva qv M. de Savoye estoit desjà arrivé, avec lequel ayant longuement conféré , H s'en retourna en son evesché par autre chemin qoe celuy qu'il avoit tenu \ ce qui fit croire u mareschal qu'il s'estoit mocqué de luy. Elde là à peu de jours , Tevesque fit entendre i Montbazin qu'il desiroit parler à luy, et plvs ouvertement qu'il n'avoit fait Tautre fois; (ju'il estoit d'advis que pour y procéder en seurté , qu'il colorast , comme il feroit de sob eosté , eesie conférence du traictc de la neiiraliié de la Val-d'Aouste, qui s'en alloit expirer, et (prils se pourroient entrevoir sur Tenlrée des limites, au jour qui seroitconcea entre eux. Montbazin , Tavant assetn-é d'aiosi le laiie , vint trouver le mareschal pourpren* di*e le commandement et l'instruction deloy sur ce qu'il auroit à dire et à faire.

Depuis , ces deux seigneurs estans arrivés au lieu arresté entre eux, ils entrèrent snr le faiet (le la neutralité; et ayans de main en main longuement disputé par ensemble , ils se retirèrent à part , et lors Tevesque dit i

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