‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 122 sur 224 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

et de Volpûm , qui estoicnt réduits à mité ^ ne procedoit que de la faute du t tant et tant de fois promis ; c'estoit rcme regret au mareschal de se voir , coulpe d'autruy, privé de ces imporconquestes, et de se voir aussi reduict oinct que d*estre contrainct de souffrir esmes et la bride et Tesperon avec il souloit manier les amis et les enaprès Tarrivée du duc d*Alve à Milan, cschaldepescha un trompette vers luy, e conjouir de sa venue comme pour sça- Mn intention seroit d'observer les capitude la bonne guerre et du labourage de tpagne, cy devant accordées etpractienire ses prédécesseurs et luy« Ce , au lieu de courtoisement luy en faire ice luy mesme , ordonna à son filsd'eslu mareschal qu'il avoit 1(h*s tant d'afsur les bras qu'il ne pouvoit faire res- . Le mareschal , de naturel assez senreceut cela pour une rodomontade 3ole , pour rembarrer laquelle avec ur et avantage il depescha soudain deux 'avaliers et cent argolets, commandés s sieurs de Sainct-Chaumont, de Gbavile Pcloux et La Curée , auxquek il com- I d*aller droit à Milan par chemins esqui leur seroient monstres par les guides eur bailloit , et de rafler et tuer en alt en revenant tout ce qu'ils trouveroieik Milan, Yigerie etNovarre, sans rien ;ner, si ce n'estoient les personnes qui nt contenance de pouvoir payer rançon ; esme instant il commanda aussi aux de La Motte Gondrm et de Bellegarde , toicnt à Casai , d'entreprendre le mesme ec pareilles forces traversans l'Ome- ^es uns et les autres exécutèrent si prueut et si courageusement ce qui leur esté commandé , qu ils emmenèrent inie ou soixante prisonniers de ces miespagnols et milanois, dorés comme s , sans plus de deux cens autres soldats tuèrent sur les lieux , ne se doutans ja- ]uc les François fussent pour entendre si dangereux au milieu de leurs places, lin que le duc d'Alve en eut et Talarme nouvelles , il escrivit au mareschal qu'il

avoit rudement resveillé les nouveaux venus, et qu'il le prioit les luy renvoyer conformément à la bonne guerre. Luy » pour contreeschanger la bravade, commanda à Bonnivet son cousin de luy faire responce que nul d'eux ne seroit délivré sans rançon , à cause du re« fus qu'il avoit fait de respondre à un lieutenant gênerai du roy, et quil ne luy eust envoyé le premier le renouvellement de ces deux capitulations bien approuvées ; quoy iaict il luy envoyeroit le sien, et feroit lors, et non pluslost , observer ce qu'ils en auraient ainsi deierminé , et que peut-estre lors feroit-il en sa faveur quelque grâce à aucuns des prisonniers , comme il fit depuis. Tant y a que l'Espagnol, par amour ou par crainte, avalhi cesle rude pilulle, aprenant trop tard à recognoistre que le François a les aisles autant ou plus légères et courageuses que luy , et qu'il aimoit mieux lors le vol du milan que celuy du tiercelet.

Le vingt-neufviesme juin , le roy , comme prince très-benin, recognoissant la juste dou* leur du mareschal sur les plaintes et reffus cy-devant discourus, luy manda qu'il louoit infiniement toutes ses actions et toutes ses plaintes et instances , comme faictes pour là seule considération de son service , et qu'il devoit estimer que la continuation des guerres, qui minent et qui espuisent les moyens, pour puissans qu'ils puissent estre , estoient cause qu'on ne pouvoit si promptement luy satisfaire comme il estoit toutesfois fort raisonnable; et que bien-tost luy et tous ses autres bons serviteurs auroicnt les moyens en main pour poursuivre radvancement de ses affaires. Le mareschal fit voir ceste lettre à tous les seigneurs de l'armée , tous lesquels , comme luy , se sentirent grandement honnorés de la faveur que Sa Majesté leur fuisoit ; dont remerciemens très-grands furent rendus aunoni de tous , asscuransSa Majesté que , parmy la nécessité des affaires, ils ne fiiudroient toutesfois de luy rendre trè^-fidele service , considerans assez qu'il y avoit plus de gloire et d'honneur d'entreprendre et venir à bout des grands affaires avec forces médiocres qu'avec des plus grandes; que s'ils n'avoient à se garder que dun seul costé, ils donneroient I peut-estre plus d'aflaires aux ennemis qu'eux

MÉMOIRES DE BOYVlN DU VILLARS.

ncsnics n*cn cspcroieiu donner à ceux qui ne leur ccdoieut ny en courage ny en valeur , et qu en ccstc foy ils auroienl tousjours rœil au guet poin* multiplier avec honneur le talent que eîlc leur avoit baillé en main; quils se relirernient Lion tost eu Piedniont , laissans dans Casai dWmpville avec sa cavalerie, qui en rendrolt fort bon compte, Santia, Masin, Yvrée, Malvoisin et Gaillany, pour tous lesquels lieux il y auroit de cinq ù six mil hommes en(;agôs, et six ceus chevaux, Lien résolus à faire leur devoir.

Auparavant (]ue je nrestende plus avant , j*ay jugé nécessaire de toucher icy , comme j*ai faict en quoh|ues autres endroits, que Tambition et la jalousie du commandement sont bestes si farousches , mesmes à l'endroit de ceux (|ui out le souverain commandement près des princes , qu elles ne se peuvent contenir lorsqu'on apporte le moindre ombrage ou soupçon sur ce cominandemiMit ; et n y a parent ou amy de qui on le [)uisse tant soit peu endurer , tesmoin le nouveau différend , ou soit disparité , qui advint en ce temps en< tre M. de Guise et le mareschal , à cause de certaine lettre qu'il avoit escrit au roy peu auparavant , et qui furent toutesfois adoucis par la sage responce que le mareschal fit de sa main à celle dudit sieur : toutes lesquelles j'ay voulu représenter icy , à fin que , par la lecture et de Tune et de Tautre , ceux qui cy-après tiendront les premiers rangs au maniement de Testât, apprennent ou à patienter , ou à dissinmler , par intentions sainctes |toutesfois , pour ne tomber en ces accessoires , \rayes allumettes de desordre et de confusion , tousjours pernicieux à Testât et aux particuliers aussi.

<« Monsieur le nrareschal , j'ay receu la lettre que vous m'avez escripie par le secrétaire du sieur d'Ampville , et veu la depesche qiTil a apportée , responsive sur aucuns poincts dont Ton vous a escrit pendant le temps que j*ay esté auprès du roy ayant la charge desaflaires : eu laquelle deposcliej'av noté ce (|ue vous dites , que vous laissez à penser et juger au roy qui est meilh.'ur mesnager et serviu^ur, ou celuy qui conseille de sauver neuf ou dix mil livres, sans avoir esjard au graud donunage qui s'en

pourroit ensuivre , ou bien celay qui seil'e audict seigneur , et entend effcct ment à la conservation de tout un esta quoy , monsieur le mareschal , il m*a s que je vous dcvois escrire ce mot, sçavoir et estre esclaircy de vous si c vous avez entendu parler de moy , { que la depesche à laquelle .vous ^resf par la vostre vous a esté faicte durant le que j'ay eu en main les affaires ; et cep< je vous veux bien dire que , selon les ment et expérience tels qu'il a plu à Di donner , je ne faudray jamais dt^ ronsei roy à faire tout ce que je penseray , ve et cognoistray esire le bion , prolit et de son service ; qui est chose que vous c autres qui ont le serment à luy , comni< et moy Tavons , devez faire ; et ue me drois tant oublier que , devant que de L conseil en tel endroict ,je n'eusse miseï sideration tout ce qu'il faut considérer ue faire acte de mauvais sei viteur , n vescu jusques icy que je n'ayc bien a[ que la conservation d'un estât , tel que dont vous avez la charge , est de beai plus grande importance et rccommani que n'est le gain et mosnagement de ne dix mil livres. Vous sçavez (|uc ce n' este pour une fois que le roy s* est coui de ce que Ton ne faisoit monstre aux Si d'autant que Targent qu'il avoit ordonoi leur payement avoit esté distribué aill et n'avez pas oublié , à mon advis , coi de lettres expresses vous en av^v. enes( seigneur et de M. le connestable ; pai' il ne faut point (pic vous trouviez esirai que de luy-nu\siu(\s il vous en a vuulue et mander si roidemoni et cxpressci trouvant mauvais qn(.' Ton ne faisoit ce disoit; car c'est auxmaisti'cs dédire el mander ce qu'il leur plaist à leurs mini et ne s'en trouve guitares qm ne se roui sent quand ils ne soiu oI)éiscn ce qu'ih mandent. Je ne veux pas dire neanimoir les raisons que vous alléguez la-dess soient bonnes, suffisantes et apparente que , estant sur les lieux comme vous ( vous ne voyez sans comparaison plusclai nous ne pouvons faire de deçà aux allai occurrancesqui seprcseuleni par di'^là-

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