LIVRE SIXIÈME
Boblesse , le sieur de Vinoufs , qui faisoit la despence d*une levée de deux enseignes , s'oftnt de prester au parsus mil escus , au lieu de deux cens escus seuls qu'on luy demandoit. . Le marescbal, pour donner plus de couapige et meilleur exemple à chacun, consi{pia M mains des trésoriers les dix mil escus jjfD*il avoit de reste de la rançon du conte de ilGkdanty pour fournir à Tappointcment de pille hommes , tant qu'ils pourroient durer. Tant y a que chacun se contenta de fournir à Mte contribution , sous la promesse d'un fu* dv remboursemsnt par Sa Majesté. Ce fut un potable service , et d'autant plus {prand , que ps frontières qui ont la guerre sur les bras , ae sont jamais cotisées.
l Eo ce mesme temps le capitaine Pierre May, canton valesien , escrivit au marcsclial qu'il |[toit jadis offert au roy de luy faire tomber ^ mains Donondozzela , place du duché de Hihmfort importante, et que Sa Majesté l'aioil prié d'entretenir la practiqae en attendant |a6 Foccasion s'offrist pour l'exécuter ; il luy lembloit qu^estant aujourd'huy l'ennemyen campagne , ce seroit chose fort propre pour destonmer ses efforts du Piedmont et les faire liNis toomer de ce costé-là. Il en donna advis k Sa Majesté , laquelle n'en fit compte , en un lompa toutesfois qui pouvoit apporter beaupoop d*advantages.
, Le vîngt-quatriesme dudict mois , le maresdhal eut nouvelles , par Gonnort , d'Ampvillc et La Motte Gondrin , que les ennemis s'estaient approchés à Frasinct de Pau, aune lieue de Casai , où ils avoieni dressé un pont , sur lequel l'armée commençoit à passer , avec dooze canons et six pièces de campa{pie, sans qoe toutesfois le marcsclial veist arriver aucun aeconrs de France. Cependant trottant et courant tousjours çàet là où la nécessité letiroit, ramée n'estant payée et toujours harassée , die se repaissoit de toutes sortes de fruicts , qni sont fort frequens en Piedmont : de manière que ne beuvans vin , et tous les jours travaillans par les grandes chaleurs, il advint, comme un mal est tousjours à la suittc de l'autre , qu'en moins de huict joui*s il se trouva plus de deux mil malades de toutes les nations , et sur tous des lansquenets non accoustumés aux fiiiicts. Il en donna soudain
advis à Sa Majesté , pour d'autant plus accélérer le secours promis; luy ramentevant qu'il n'y avoit si fort ni si puissant qui peust combattre contre la faim y nécessité insuperable ; et que ce mesme inconvénient et ceste mesme nécessité furent celles, et non les armes, qui chassèrent et qui estèrent la victoire à l'empereur en la Provence , lors que Sa Majesté commença à commander à ses propres armées, ores que l'argent ne manquast lors ny d'un ny d'autre costé , comme il foisoit du tout en Piedmont : pour conclusion, que là oui! y avoit deffaut de forces , d'argent , d'obeissance , de poudre , boulets et de charroy, mais sur tout de santé , il n'en faloit rien espérer de bon ny de prospère ; et qu'après que luy et tous les autres bons serviteurs de S:i Majesté se seroient courageusement sacrifiés à toute sorte de fortime , comme ils estoient résolus défaire tous, que cela augmenteroit plustost qu'il ne gueriroitles playes : que de sa part il pensoit avoir satisfait à Dieu et à son maistre , et à soy-mesme aussi , ayant vendu et engagé du sien jusqu'à six- vingts mille livres pour soulager l'armée , ce que peut esure n'avoit jamais faict autre serviteur que Sa Majesté eust eu deçà ni delà lesmonts ; et qu'en fin luy, tous les seigneurs et tous les autres gens de guerre aimeroient tousjours mieux généreuse* ment mourir en vengeant leur mort, que de la recevoir parmy les cruelles misères de la faim et parmy une infâme et servile condition, et sous puissance de l'ennemy.
£t pour-autant que ceux de la Val d'Aouste, en ce nouveau remuement d'armes , avoient amassé contre l'ordre de la neutralité , quatre mil hommes de guerre en leur vallée, il manda à Sa Majesté que cela Tavoit contrainct de renforcer encores de nouveau la ville d'Yvrée et Gaillany , la suppliant d'ordonner, tant en Savoye , Dauphiné , Lyonnois que Bourgongne , que tous ces Vaudoustois malins et ingrats fussent courus de tous costés à force , pour apprendre à gens de si foible estoffe quelle différence il y a du repos à une guerre attirée sur soy de gayeté de cœur, comme ils vouloient faire contre la promesse cy-devant faicte.
Que par l'abbé Rossel , serviteur du cardinal de Fcrrarc , lequel par passe-port cstoit
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
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passé à Milan, il avoit apprins, comme aussi | elle se mit en route, abandonaast la fin
pourroit faire Sa Majesté, vers laquelle il al- Ioit,que les Impériaux jecteroieat en campagne de vingt-cinq à trente mil hommes, quarante canons , pour conduire lesquels avec leur équipage ilsavoicnt assemblé quatre mil paires de bœufs ; que pour cuniinuer ccste despence par long-temps, ils avoicnt mis sur la noblesse uuc imposition de la moitié de leurs revenus durant un an seulement , le peuple cinq sols pour chacun arpent de terre , iniit sols pour septior de viu,el un teston par chacune forme de forma{;e; et augmenté les gabelles du sel , des draps desoye, armes et merceries ; que si à ce coup il ne plaisoit à Sa Majesté de mioux pourvoir à ses affaires , il estoit résolu de ne Ten plus importuner, et d'en debalre la seurelé jusqu'au dernier soupir, qui estoit tout le mieux que luy et les autres pouvoient faire en cest abandonnement des affaires , qui ne luy touchoient que par obligation qu'il avoit à la {grandeur et prospérité de Sa jNIajesté , et que son cœur , qui avoit tousjours esté vaiocueur des adversités, et qui avoit ordinairement esté maistre de soy, estoit aujonrd'hny serf de mille et mille maux qui le travailloiont pour la seule considération du service d'elle, qui estoit mesprisé par ceux auxquels plus il touchoit.
Environ le troisiesme aoust , le mareschal eut nouvelles que le sieur de La Trinité estoit sorly de Vallcniorc^s, avec environ quatre 4'ens chevaux et de six à sept cens hommes de pied , en intention d'aller forcer les chasteaux de La Tour et de Pralorme, où nous tenions garnison : il dépescha soudain les sieurs de Terride , Francisque Bernardin , de Pavan , Gondrin , Maugiron , de Bellegarde , de Classe et Montaré , avec les compagnies du feu roy de Navarre , la sienne et celles des sieurs de Termes , comte de Clermont et La Guische , avec cinq ou six cens arquebusiers commandés par le sieiur de Vieuxpont,
à nostre discrétion, qui fut toute nui pièces , et bien cent chevaux , qoe toét prins , avec environ quatre cens honi pied qui furent renvoyés par promesse firent de ne porter de deux ans les i contre la France. Il se trouva panby les une douzaine de capitaines : il ne s'e pas sauvé un seul , si Tarquebuserie avoient laissée à la garde d'un pont qn voit pour leur retraicte ne les eust sousl Tous ces seigneurs y firent tel devoir le i*oy les en loua fort ; mais la plus g importance de tout ce faict consiste i gnoistre que si en une si avantageuse £ le mai^eschal eust esté le plus fort en pagne , il eust emporté Yalfenicres de de ses forces.
Le roy, qui estoit en crainte de c pouvoit succéder au Piedmonl par la ' du duc d'Alve avec une si puissante ai dépescha , le deuxiesme aoust , le che de Sevré vers le mareschal , pour recof tre bien au vray les forces des Imperii ce que le mareschal pourroit fournir s'y opposer , et essayer en particulier donnant à la fanlerie payement de des tout à la fois , de quatre qui leur a deus , ils en voudroient quicter un. Par gation dudict chevalier de Sevré, il aisé à recueillir que Sa Majesté H'adjc pas {;rande fuy aux continuels advertis» qui luy avoient esté précédemment do tant par le mareschal que par les ami deurs et autres mlnisti'es qu'elle avoit < lemagne et en Italie ; et que d'ailleun toit mal entendre les affaires , que de d< der cession de debtcs à ceux qni avoiei nemi sur les bras , et qui estoîent redi telle misère par les travanx passés , « la nécessité des payemens , qne bien n ils estoient compagnons de bestes es la geail!e et en la boissoa, consme veril