LIVRE SIXIÈME
ou de sièges de villes , Q faut regarder de fort près quels sont ceux auxquels on donne la charge des commandemens pour foire avancer ou reculler les bataillons , les combats , les escarmouches, ou ce qui regarde les villes assiégées; car bien souvent par une parole mal entendue , etpirement rapportée, on renverse la fortune et Testât, comme cuida foire ledictLa Croix, ayant advancéson rapport plus avant qu'on ne luy avoit commandé , et dont s'il eust esté creu tout fust mal allé.
Cependant le mareschal fut adverty par deux gentils-hommes françois (dont lun , appelle La Croix , estoit son maistre d'hostel ) que le colonnel Bonnivet fit sortir de Santia « que nos gens avoient force blessés et foute de poudre menue grenée , de mesche et de plomb , à cause que jour et nuict ils n'avoient cessé de tirer pour garder et maintenir le fossé; que leurs vivres coounençoient aussi à estre courts ; et que si dans un mois ils n'estoient secourus , il y avoit du danger. Autant en firent ils sçavoir à M. de Gonnort , frère du mareschal , qui estoit dans Tvrée , auque le mareschal manda qu'il essayast de jecter dans Santia vingt-deux bestes chargées de munitions , qui estoient conduictes par trois cens hommes choisis , et les asseurer qu'on diligentoit leur secours. Mais au mesme instant que ces choses travailloient le mareschal , il eut nouvelles de Bonnivet qu'en lui envoyant des poudres , que pour le regard des vivres il les feroit couler encores pour six semaines ; mais pour cela il ne changea le commandement des-jà donné à Gonnort : de manière que , pour satisfoire à ce qui avoit esté délibéré , l'escarmouche fut dressée si chaude par le sieur de Gonnort avec deux cens chevaux esleus , qui donnèrent par divers en^ droicts , que tout entra à sauveté , comme il fiit recognu et par le signal de ceux de dedans , et confessé aussi par deux prisonniers des ennemis. Ce jour là le capitaine Villemagne , fort brave et gentU soldat , tirant de dessus la courtine à quelques arquebusiers qui estoient cachés derrière un buisson, ayant tiré il voulut hausser la teste pour voir si son coup avoit porté , mais soudain il récent luy mesme une arquebusade dans la teste , qui le porta mort par terre ; ce fut grand dommage,
MÉMOIRES DE BOYVIN DU YILLARS,
el d^aulant plus , que ce fut par inconsidération dan{;ereuse aux sicgcs de villes.
Cependant le maresebal ayant remonstré au roy qne le sie,;e de Santia continuoit fort aspremenl tousjours, et (|iie Sa Majesté néantmoins ne s'osciiaunbit {jiiieros au secours, et ne considérant pas, comme elle devoit faire, qu'il n'y a place, pour bonne qu'elle soit, ny bien {garnie d hommes valeureux , qui àla fin ne se perde n*oslant secourue , la continue atierrant j comme elle faict tousjours , toutes choses pour puissantes qu'elles soyent ; que d'ailleurs on devoit remanpior qu il y avoit près de d(*ux ans tpie les forces du Picdmont estoient fort débilitées , à cause qu'elles avoient incessamment tenu la campajpie autant l'hyver qne Teslé, et qu'elles estoient fort dcscourn{;ées à cause du défaut des paycmf'ns qui couroyent presque tousjours deux mois Ton sur Tautre; et que , tout bien compté et rabatu , il se trouvoit aujourd'hui , et contre l'opinion qu'avoit Sa Majesté, destitué de tout cequi luy estoit nécessaire pour ne laisser perdre et la place et la réputation aussi , et Hnallement que tout le mal qui en succederoit seroit neantmoins attribué à sa coulpe et non à ces nécessités : pour dequoy se descharger fist assembler tous lesseigneurs de conseil qui estoient lors près de luy, pour adviser avec eux ce qui se pourroit faire pour entreprendre ce secours qu'il voyoit traversé par faute de gens et d'argent.
En ce conseil donc se trouvèrent les ducs de Nemours , d'Aumalle , les seigneurs d'Ampville, de (Vordes, gouverneur de Montdevis, (irondrin, de Vilteneufve, de La Rivière, de Sainct Damian, Francisque Bernardin, \imercat de Qurers, et les président, bailly , intendant des finances et de Montferrat, auditeur de camp; à tons lesquels , moy présent, il remonstra tont ce que dessus, et aussi que tant plus il s'advançoit avec courage au secours de Santia , (pie tant plus la nécessité l'en rcchassoit au loing; qu'il y avoit dès-là quin7.e jours ()u'il estoit furieusement baiu; que le fonds des deniers sur lesquels estoit fondé le ra«sf»mblement des forces estoit fort petit , el l'espérance qu en donuoit le thiesorier Chalvel par ses lettres du vingtciuciuiesme de ce mois , encor moindre ;
[iSBI)
qu ayant bien recogneu la volonté de Si Majesté , force luy estoit , pour ne liy dKV obéir, employer tous les deniers a foirênioaii tre et payement aux Suisses et aux bnsqoaHi pour deux mois , qui absorberoient tout ml qu'il d(*meurast cent sols pour les paumi François et Italiens ; qu'ayant faict cakikf la despence et les deniers qu'il avoit tromé, que quand toutes les sommes dont Sa Majetfl faisoit estât seroient arrivées (ce qui n'eaiail pas), (pi'encoros seroit-on court de vingts cinq mil livres, car il faloit trois cens soiuM et dix-sept mil c.uatre cens quatofte litrei pour le total, quand mesmes on prendrokdei mains du trésorier gênerai des contribnlni ce qui se pouvoit devoir , et qu'il faudra e» ployer au snpplement de ces vingt-cinq ri livres deiïaillanlesau total, sans qu'il demeM rien pour l'artillerie, vivres, niimitioBStf autres parties extraordinaires, sansIesqueBei toutesfois une armée ne se pouvoit advaDor ny marcher ; et que luy ny le président él bailly, qui avoient longuement médité làd» sus, ny trouvoient autre expédient qneda retrancher, ou , pour mieux dire , empruiff des Suisses le second mois , qui leur sert pdl remplacé des deniers qui cependant poarnU venir de France.
Toutes choses ay ans esté par un long tw^ fort meurement debatues par tout le conidi et mis en compte le despiaisirqueSalfejeili pourroit recevoir sur ceste altération dtt monstres des Suisses et lansquenets , et |Mr le contraire aussi la grande importance dosl estoit le secours de Santia , tous ces seignemt auroient unanimement conclud que de dea inconveniens il faloit quitter le moindre po# courir an plus grand, tel qu*estoit oelay ds Simtia , au prix de tout le reste ; qu'il se fin loit , en ceste urgente nécessité , servir des deniers des Suisses , selon ce qui avoh eSfé proposé, plus tost que perdre la ville ettadi de gens de bien qui la defendoient, mail sur tout la réputation et la plus part de Testai aussi, qui dépendoit aujourd'imy du soc» ces de Suntia , et duquel toutesfois ils croyest que Sa ^Majesté est si jalouse , que tout le mal qui en succederoit seroit attribué à faute de jugement et de discrétion , de laquelle elle se remet tousjours à ceux qui sont sur lesUeUi
LIYBE SIXIÈME.
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, par jugement exacte et affectionné, t d'eux mesoies medeciner lea plus euses playea, sans s^amoser à trop ler sur des eommandemens qui ne ret que Targeilt , lequel se peut lous/ours rer, et uou pas les estats quand ils oe fois perdus. Conclosion : qu'il fous plus différer, courageusement lever tes , donner viste quelque rafraischis- : à toutes les nations, et puis lesani- I combat pour la délivrance de la place leurs compagnons; et que tant qu'ils t en ce conseil le signeroicnt , comme ni (oiis, pour renvoyer au roy.Cepcuhacun s'alki préparer pour ne demens derniers à si louable et {[enereuse rinse ; tout le discours de laquelle fut loué et approuvé par Sa Majesté , lase tient tousjonrs pour suffisamment et mment obey e quand les choses tournent , comme fit ceste cy , à la gloire d'elle, acemenl de Testât et à la confusion de Demis.
pour donner commencement & ce seainsi promis, temareschal fut eontrainct 'e eaiiereraent lever ceste taxe ou conon dont il a ;y devant esté parlé, avee le et ce peu qm vint de Franee ilfit une e à toutes les nations , tes asseurant esperoit bien tost reconvrer dequoy urscr ce qa'ils avoiest emprunté , et ire faire encores une on deni monstres ; »nt et exhortant tons è se préparer lier combattre Tennemi devant Santia ?rer leurs compagnons qui estoient en ité. L'effed de la monstre, avec les pro- \ du fntur , rcfsjonireat un ebacnn , de re qu'il n'eatoit pas fil» de bonne mère se prep aroft i ce combat, he lÉlaresi tons les antres seigneurs delenr part [)aroienl aussi diligemment. Tandis qœ e desmesbit, le roy ordonna au maresle secourir Saitta , remettant à sa di s- 1 de donner on de ne pw donner la baau due d'Ahre, sçachont assen quil i faute de jugement, d'expérience ny de pour en rapporter , sous la protection lu i!f>s batailles, une f,lorieuse victoire, "('sebul qui ne trouva jamais bon qu'un il d armée hasardast tout eu un coup
toutes ses forces et toute sa fortune , ne le vouloit entreprendre sans en avoir tm exprès commandement par escrit , afin que , là eb Dieu disposeroit autrement qu'il n'esperoit pas du succès de la bataille , il en demeurast sans coulpe ; adjoustant a sa remonstrance que s il n'estoit question que de hasarder sa vicetrarroée aussi, il Tauroit pieça entre^ prios , avec tel couni{}e et résolution , qu'il eust vaincu ou n'eust plus craint les viete* rienx; mais que, considérant que ceste perte enfiloît celle de tout Testât, il ne vouloit rien hasarder sans le vouloir de celuy auqoel il appartenoit. A ceste nouvelle de bataille ptasieurs princes et seigneurs vindrent en Pied* mont , et entre autres messieurs d'Anguien , prince de Coudé , de Nemours, les ducs d'Anmaie et de Cbastelleraut , et assez d'antres, i Je ne veux i ce propos oublier de repre* senter icy une nouvelle forme de combat que le marescfaal avoit inventée pour s'en servir le jour de la bataille. Mais eu premier lien il faut sçavoir que Santia est situé en une grande campagne traversée de long en long» et jusques au delà de la ville , d'un profond ruisseau , large de sept à bnict pieds y duquel les ennemis avaient deslourvé Tena. Le mareschal daac > qui Tavoit pieça fort enrienae» ment recognu à la mesme intentiOB qni se prescntoit lors , avoit délibéré de marebèr avec l'armée tont le long de ce ruisseau qu'il farciroit d'arquebusiers ; et que de l'autre costé il couvriroît l'armée par les flancs avee quarante chariots armés chargés de vivres , et chacun d*enx accompagné de denx sacres et dix arquebusiers , qui* sortirei^it et se re^ tireroient par les intervalles qu'il y auroît d'nn ehtfiet à l'antre. En teste de ebaeun bataillon il y devait aroir, an derrière des deux premiers rangs de plequiers, cent fen résolus soldais^ ayans ehacnn un bouclier et une espée eeurte et large de quatre doigts et bien affilée, aveccommandementqa'au mesme temps que les bataillons s'entrechoqueroient avec les picquiers , de se courber par dessous les nostres , et ainsi courbés se jecter dans les jambes des ennemis et leur tailler force jartieres rouges; estimant que ce seroit une éxecution et une forme nouvelle de combat , qui donnerait grand advantage aux
braves soldats pour donaer h dos anx ennemis le loDg de ce canal pour les troubler d'advantai^ , sans par eux courir aucun hasard par l'adranlaf^e do lieu non Forçablc.
Pour Loulesfois fuir l'occasion et le hasard d'un combat général, il practiqua deux ruses , toutes lesquelles luy réussirent fort h souhait : la première , il fît cscrire cinq lettres h Bonnivet , lesquelles furent délivrées h divers vivandiers, avec charge de les laisser tomber dans le camp ennemi , la substance desquelles lettres portoit asseurance de secours dans huict jours , et de bouche , par l'un d'entre eux , qui estoit soldat italien , dons qutntaine seulement , auquel on avoit commandé d'entrer , comme il fit , dans ht Tille.
L'autre , il depescha le maistre de camp Cbepy avec deux cens chevaux pour aller à Biveroute, qui est le mesme villa{;e sur le bort de ht Doire, oîi le duc d'Alve avoit dressé le pont pour te secours de Vulpian , avec char{;c de mener ane vingtaine de pionniers, et faire semblant d'explanader les rives et dresser pieux pour arrester les chaisnes du poDtqu'iifaisoitsemblantvouloir faire dresser. Ceste farce ainsi jouée , et rapportée avec ces lettres qui avoient esté surprinses par le duc d'Alve , il en priât telle alarme , avec les nou-
Ayant le duc d'Alve rccognn qa
force il ne pouvoit rien entreprendn judïce du service du roy, il printsoi vei-s Tricerre et Balzola , bourgades des rives du Pau , où il fit jecter ao sur lequel il fit passer toute l'am Pont-dc-Sture , place située entre Verrue : et lii ,en l'espérance de tei et l'autre place assiégée , il se mît à fier avec une extrême diligence, r partie de son armée dans les place mesme instant le marescbal estant to lade d'une fiefavre ardante à Thurin continuels travaux de corps et d'es avoit soufferts tenant neuf mois h gne , il en donna advis au roy , sup Majesté , là où sa maladie prendi traict , de lui ordonner es mains * remeitroit le commandement de Tai Delà à deux jours , Tilladet le jeu du gouverneur de Verrue , fut depi le sieur de Bonnivet vers M. le nu pour luy rendre compte de tout ce toit passé en ce siège. Après en xvi tout ce qu'il desiroit , il depescha 1 Tilladet vers le roy, afin que par I bouche de luy, qui avoit eu part an dece siège. Sa Majesté fostesclaîrcie choses par le menu ; le chargeant