LIVRE SIXIÈME
de provision , el en attendant le voa* î Sa Majesté » il en donna la charge à duc d'Aumalle , comme colonel {feneral [Cavalerie et le plus vicl de tous , lequel lu tout aussitosl avec toute larniée à m, ou il arriva le troisiesroe dudict Le quutriesme, le mareschal fut udvorty \ duc d'Âlve avoit depesché domp Mae Luna , maistrcde camp desEspa^fOols, :in'|uante chevaux et trois cens arquc- *$ de sa nation , clioisis en toute leur aravec commandement de fuii'e tous ses > d'entrer dans la place , ni uxnte ou aie besiesde bast chargées de poudre, los et plomb. Dont il donna soudain ad* idict sieur d*Aunialle« afui que toute le se tint en gai*de pour rooopre et ^mpescher ce secours. A ceste alarme , c d'Aumaile et tous les auti'es seir s Krent metLre tout le monde en aret d(^pescbcrent le sieur de La Rocheavec la compagnie de M. d'Aussun , les aller rencontrer : ce qu*il fit , et les par trois fois chargés par la teste , il it en route, quelque résistance quiis sent faire; de foçon qu ils commencèrent carter çà et là parmy les bois : il y en saucoup de lues et de prisonniers ; et moins nos gens ne sceurent si bien faire edict domp Manuel n'entrast dans la ivec quinze ou vingt cavaliers assez bien fs. Les quavanin bcstes chargées de mus demeurèrent peur les gaiges. Ledict de La &oche , qui ne voulut quitter sa iiyte , print encor le lendemain une linc do soldats parmy les bois , dont Sa té fut advertie.
pa]*avant que d'entrer au discours de eprinse dudict Vulpian J'ayjugé neccsd*en représenter Tassielte. Il est , comme », situé sur le pendant d'un costeau, sur iceloy un cbasteau tout de brique ; a habité que de gens de labeur, garny rt bonnes murailles et fossés qui sont kleinsd'eauetde bourbe. Les boulevards ut fort petits , mais fort grands à 1 ent du cbasteau , en forme de tenaille, la forme et la leçon que donna le maal à ces seigneurs , fut qu'ils fissent deux
i ik Tendroict de ceste tenaille qu'il avoii
iait recognoistre de longue-main, s^asseurant qu elles feroient un si grand cflect , qu'on iroit à Tassiiut à plain pied sans craindre flanc ny fricassées aussi. Pendant que ces seigneurs y dimnoient quelque commencement, aucuns d'entre eux , impatiens d'attendre la meureté de la mine , ou estimans en sçavoir plus que ledict mareschal , firent entrer un soldat dans ce fossé de la ville plein d'eau pour le sonder. Cestuy-cy, en descendant dedans, se rencontra sur un canal de pierre voulté , ea* ché deux pieds dedans l'eau seulement , qui coaduisoit un ruisseau dans la ville : ayant faict sept ou huict pas , il retourua sans bles« sure par le mesme chemin qu'il avoit: tenu. Ayant faict son rapport de ce qu'il avoit trouvé , ces seigneui^ , sur ce fondement mal recognu , estimèrent qu'avec douze cens volées de canon ils romproient les flancs d*UQ petit bastion et feroient brescbe raisonnable à la courtine , et que ce seroit trop longuement marchander que de s'amuser à la raine» qu'ils disoient cstre de trop longue traicte, et qu il y auroit plus d'honneur d'emporter lu place ainsi de vive foi*cp que de tant s'amuser après l'attente de ladicte mine. Ainsi résolu , ainsi inconsidérément execiué.
Sur le midy , le mareschal , se promenaint avec le vtdasme de Chartres dans une haute galerie qu'il avoit en son logis à Tburiu « se mit à regarder vers Vulpian , hi botievie d»^ quel on oyoit elairenieQt do là. Tum suodam nous ouismes, car j'esbiis locs avec hiy, une grande salue d'arcjuebusades et de canimnades qui durèrent environ demie heure , e| puis cela cessa tout à coup. Ce seigneur , blésmissant lors de colère , dict à M. le vidasme : « Oh quel malheur! Je suis seur que nos gens (contre ce que j'avois ordonné) ont as&iiil y la ville par le bas , et qu'ils ont esté repoussés; ce qui ne peut estre advenu sans la perte de beaucoup de bons hommes , à cause d*ua grand fossé qu'il y a. *» Ce seigneur demeura en ce transe plus de trois heures , au bout desquelles il vint un gentil-homme des siens de Tarmée , qui loy rapporta cela mesme qu il' avoit jugé ; à sçavoir , qu'il y estoit demeuré entre morts et blessés plus de trois cena hommes , ne se |K)uvans depesirer de Tenu qui leur venoit jt hi ceinture, nyde la boupbtf
coup , qui ne fut rccogncu que bien tard , le fit mourir trois jours après.
Tant y a que le mareschal porta doulonrousemcnt ccste perle , parluy noncncorrcocue en tous les combats rendus en quatre ans. Se tournant en (in vers mov , il me commanda d'aller au camp avec une lettre de créance à M. d'Aumalle et à tous ces autres sei<;;ncurs , à tous lesquels il me commanda de dire qu'il avoit très-juste occasion de se plaindre d*eu\ en deux diverses façons : la première , pour la honte et la perte apportée au service du roy , et Tautre pour avoir mesprisé ce qu'il leur avoit dict et ordonne pour emporter la place à petite perte , luy semblant qu'il en devoit estre creu pour Tavoir fait reco{[noistre et recoj;nu luy mesme par plusieurs fois : il les prioit neantmoins , et leur ordonnoit par forme de protestation , qu ils eussent à diligemment travailler à ces deux mines ; à quoy faire le hasard estoit petit et Tesperance trèsgrande , au moins s*ils vouloient suivre et ne pas mespriser son conseil. Ces seigneurs demeurèrent tous si estonnés , qu'ils ne me sçavoient que respondre , par leur contenance et visage confessans assez leur faute. Là dessus je me tournay, par le commandement (|ue j'avois , vers le baron de Cliepy , auquel je dis : '< Soyez seurqueM.lemareschala beaucoup rabattu de la bonne opinion qu'il avoit de vous , ayant sceu que vous estes encores depuis liuict joui's à gaigner la contrescarpe de la tenaille , i)0ur rendre le travail de la mine plus asseuré ; toutesfois il en suspendra le jugement pour un peu. »>
Ce propos rayant faict rougir et blesmir fout ensemble , il me respondit : « La coulpe
en ce monde d'avantage que de quain mille escus , desquels ils en envoyent cens mille pour l'empereur et deux cen: pour ledict duc , et luy ont mandé qa'i faut point attendre ne qu'il espère avo vanlage dudictTIspagnol.
» Que les marchands ne veulent foire quelconques de deniers.
» L'empereur a mandé que Ton n*env duc d'Alve sinon cent cinquante mille • avec lesquels et les deux censcinquant qu'on a jà envoyés audict duc, ce qu'il porte avec soy et emprunte depuis qi là , il aura moyen d'entretenir la gue Piedmont jusques à ce que Dieu leur ( quelque autre moyen.
» Que Temperour s'en va en Espagne son fils en Flandres, et veut qu'on luy ( trois cens mil escus qui doivent estre e audict duc d'Alve, tant pour son passa pour d'autres despences nécessaires qi faut faire avant que partir.
» Ledict duc d'Alve avoit escric qu'i secourir Vulpian et estoit jà en campa{ (pie pour assembler son armée et û forces des lieux où elles cstoient, i despendu ce qu'il avoit envoyé, et bic cens mil escus davantage qui luy :
esté prestes , estant sa despeacc si | qu'elle se montoit tous les mois à deu trente mil escus de paye; et que tout mede pour garantir ce pais là consisti deniers qui luy seroient envoyés d*Es| autrement il seroit forcé et contrainct tirer et laisser les choses de delà en p tat qu'elles n'estoient avant sa vent qu'il envoyeroit quatre galleres à Cartb:
IlVRB SIXIÈME.
ytenâre et porter Targeat qu'on Iny vou^
envoyer , qui estoient lesdicts deux cens
*oà Alonse Pimanlel est allé en Espagne lever six mil E$pa{]^ols pour envoyer en , et sont allés les capitaines faire lenra i , et le trésorier pour leur faire faire
ire.
u'il y a environ deux mil cinq cens cinc vaisseaux tonneiés pour porter lesdicts il hommes , avec lesquels ils se delibe- Ic les envoyer » car ils n*attendent point itères ù cause de Tannée turquesque.
tau demeurant, qu'en Espagne mesmes t si peu d'argent , qu'aux garnisons de ([nao, Fontarabie, Pampelune, Sainctlien et autres , il est deu plus de buict X mois de leur solde. »
îuut icy représenter sur quel fondement ireschal esperoit que ces mines luy doneut le gain de la partie. Geste tenaille levoit estre minée en deux endroicts, Tune de ses pointes qui s'estendoit en s de triangle plus de deux cens pas en : ; ce triangle , qui couvroit tout le chasestoit traversé d'une tranchée , au mile laquelle il y avoit une chapelle qui la uoit, età rencongneured'icelle unpassage aller et venir de la tranchée à la poincte de. Or il fiiisoit son compte que les mi* lune desquelles embrassoit la tranchée uti*e la poincte, feroient telle explanade, ly marcheroit en bataille.
voit aussi ordonné qu'aussi tost que les miîroient prestes à prendre feu, qu au pied stcau il y eust douze cens soldats choisis , viron vingt-cinq ou trente , que gentilsnes , que capitaines , chacun avec Teset la rondache; auxquels seroit cornlé , aussi tost que les mines auroient faict jeu , de s'advancer huict ou dix seulejusques sur le bord des ruynes , faisans lunt de les recoQuoistre , afin d'inviter de la tranchée à les venir charger; I mesme instant qu'ils feroient ceste inance, que les douze cens hommes ançassent peu à peu , le ventre contre , afin de donner tout à coup dedans penque ces huict ou dix amuseroient les ens ; que ces dix , voyons sortir de la tran*
chée les ennemis, fissent contenance de se retirer, et qu*au mesme instant leurs compagnons s^advançassent aussi avec eux mesmes pour de nouveau les agacer et attirer au combat de main , pour donner temps au gros de faire son effort et ester à l'ennemi le moyea de regagner la tranchée ni de tirer l'artillerie qui estoit le long d^icelle , pour n'offencer Iql retraicte des leurs mesmes qui se seroient advancés et qui seroiont rudement chargés.
Or , par ce qu'il n'y a rien en ce monde plus mal -aisé & manier qu'une armée qui a changé de gênerai , auquel elle n'a créance ^ comme elle avoit au précèdent, le mares— chai preveuty avec ce qu'on luy escrivoit de l'armée , que son absence apporteroit du desordre. C'est pourquoy il continua à presser le roy de nommer luy mesme celuy qui corn* manderoit en sa place. Sur ceste instance Sa Majesté se résolut d'y envoyer M. de Termes, seigneur d'inveterée prudence et valeur. Soudain que ces nouvelles furent scènes parmy le camp, les princes, les seigneurs, les gentils-hommes et les capitaines commencèrent à se mutiner , protestans que plustost que d'obéir à cestuy-cy ils supplieroient Sa Majesté de leur donner congé de se retirer en France ; entre autres messieurs les duci d'Anguyen , prince de Gondé , de Nemours ^ d'Aumale , de Gonnort , de Bonnivet, de Vassé et de Montluc. Mais le pis qu'il y avoit , c*est qu'ils en vouloient mal en partie au mareschai, estimans que luy, et non le roy, avoit faict cslection dudict seigneur de Termes. Quoy venu & sa cognoissance , il me dépescha vers eux avec le mesme registre des dépesches» et avec l'original de la lettre que Sa Majesté luy avoit cscrite sur ce faict , afin de leur faire recogooistre sa justice et leur tort en cest endroict. Cela eut puissance de leur faire perdre l'opinion qu'ils avoient conceue à son préjudice, mais non pas celle de l'eslection susdiclc ; sur les plaintes de laquelle je les sommay d'en escrirc chacun à part soy, afin que de là ils demeurassent disculpés de tout le mal qui en pourroit succéder.
Lesdicts seigneurs d*Anguyen et prince de Condé firent loi*s une resolution fort magnanime , à sçavoir qu'à la vérité ils estoient ve« nus en Piedmont pour apprendre la guerre
MÉMOIRES DE BOYVhN DU VILLAUS.
sous lo rommandemont dudi(!t sîenr marcschal, ('t noantmoins qu'ils rocevi^oienl de sa main pour cher tout tel personnafîo qu'il voudroit choisir , iJourviMi cjne l(»s aHairtfS de Sa IWbjostc on recousseiii soulagcuienl et felir!lé. Tous h^s autres doincureronl obstines, •loy que j<* leur sceussL» dire ou remonslrer; de manienî qu'à mon retour vers lodict sîeur maresehal il en lit une bien ample depesche au roy, lequel à cosie alarme depescha le sieur de Mandosse vers tous ces sei{;neurs pour les reprendre de ceste esmolîon, ne \oulant estre forcé à eslire autres chefs que ceux qui luy seroiout a{jreables , et auxquels elle vouloit que chacun obéis. Kt neantmoins ledict sieur de Mandosse eut charge particulière de la part du roy de conjurer ledicl sîeur mareschal à se faire porter , tout malade qu'il csloit , dans le camp , pour avec sa présence advancer les affaires et appaiser ces colères et ces ambitions d(»sreîglées. Par le retour dudict sieur de Mandosse , le mareschal promit de faire tous ses eiforts pour obéir à Sa ^lajesté , la suppliant cependant de se servir dudict sieur de Termes en quelque plus importante charge , et d'excuser l'ardeur de ces seigneurs , qui ne tendoient tous qu'à bien faire , et non à se mutiner , comme elle cstimoit.
Pendant ces demeslemens , Gonnort , Bonnivet, Vassé, Monlluc et Cliepy, advancerent avec telle diligence les mines , que de là à six joui*s elles se trouvèrent en estât de recevoir le feu. Au mesnie instant aussi M. d'Aumale et eux disposèrent Tassaut de la façon qu'il est cy devant discouru. Quoy faict, toutes choses bien disposées, sur le poinct du jour toute Tarmée s'cstant mise en bataille de tous costés , les mines jouèrent avec telle fureur, qu'on pouvoit monter dans les bresches à cheval. >os gens ayans diligemment observé l'ordonnance à eux prescrite, pour agacer l'ennemi tirèrent peu à peu cent ou six vingts dt^s plus braves hors la tranchée, les invitans à ce faire tantosi par une brave contenance, et tanlost par une fuite simulée; de manière que h^ gros descochant furieusement lont à coup, ils se meslerent si fort parmi Tenncmi , (pi'ils entrèrent pesie mesle
avec luy dans la tranchée sans que rartillcrie | tournoient vers elle , et auxquels Û sappSok
osast jouer. De trois cens braves seigneon, gentils -hommes, capitaines, soldats et antres , qui défendoient et la tranchée et b liresche, il n'(*n eschappa un seul, ni meimes le nepveu du duc d'Alve , qui promeltok cent mil escus de rançon ; tant la fanlerie «■ toit enragée à la vengeance de leurs coopsgnons perdus à la bresche de la ville. Taiii que ces seigneurs s^estoieat hastës à 6n ceste exécution , craignans que le marescU i arrivast auparavant , il se fit porter ea ^a^ j mée, où soudain qu'il fut arrivé rennemidi^ J manda à parlementer. Luy estant respoodl de la part de M. d*Aumale , il fit respoioe qu'il ne vouloit traicter avec autre qu*ifee ledict sieur mareschal , qu'il sçavoit ettc arrivé.
Ces choses ayant esté communiquées eiMn les seigneui*s de l'armée et luy , il fut reidi qu'il leur seroit permis d'envoyer deux m trois pour traicter. Luy, pour roonstrerquefe estoit sa modestie^ se fit porter duos la Me dudict sieur d'Aumalc , où il appela tous lei seigneurs de l'armée, en la présence tequels l'ennemi fut ouy en ses demandes. Céh faict , le mareschal leur respondit : n Ce 0*01 point à moy à qui il faut que vous adrani vos parolles , ains à ces seigneurs , qm otf eu charge de l'armée et qui vous ont verlMisement combattus et vaincus en mon abseaee; bien leur veux -je servir de tesmoin et ce (|u ils traicteront avec vous. » En fin il Iw fut permis de sortir bagues sauves, cnseigMl desployées et tabourin sonnant. Soudain qse la capitulation eut esté signée , le marescM depescha le capitaine Pas(piier , commissurt des guerres , qui s' estoit trouvé à ce siège, pour rendre (*ompte à Sa Majesté de tout ce qui s'y estoit passé et qui estoit intervenu dis le commencement.
Eut charge de faire entendre à Sa Majesté que , pour s estre trop advancé , il esloit ^^ tombé malade plus fort que jamais , de mniere qu'il estoit contrainct de se retirer! Thurin ; mais qu'auparavant il avoit pounei à trois choses principales : Tune à la donoEtion de Vulpian et à faire retirer la plosparl de Tartillerie ; l'autre à courtoisement Ucflicier tous ces princes et seigneurs qui s'en iv-