‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 129 sur 224 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Sa Majesté vouloir faire bon visage , n*ayant rien espar(;Qé pour luy rendre très-bon service { et Tautre de préparer Tarmée poui* la fiiire marcher di'oict à Ponl-de-Sture , conune Sa Majesté vouloit, pour en dénicher les Impériaux ; le tout sous ki couduicte dudict lieur d'Aumale et de M. de Termes, qui •itoit arrive le jour auparavant ceste depesche , et avec lescpels il avoit fort Ion{;uement et particulièrement discouru et ordoimé sur ce qui cstoit à faire : que Farmée estant con- ^QÎcte et mcsnagée pur deux persannu(;e.s de i^le valeur et expérience , on n*en devoit espérer que toute prospérité , pourveu que Sa Majesté donnast ordre à faire diligemment envoyer dei|uoy fournir à Testât des vivres, pour racheminement desquels il n'y avoit un seul liard , et sans lesquels touiosfois Sa Majesté sçavoit assez qu*unc arméi) ne pouvoit subsister.

Que les contioucls labeui's et combats de Tarnée amoindrissoieut le nombre, par plusieui*s ipaladies dont beaucoup de {jens estoient attauntSi et sur tout les nouvelles bandes venues de Oauphiné et Lyounois, mesmes à cause du deflaut de leurspayiMueiisetdu peu de soing ^es capitaines, cpii n'avoient encor jamais veu % guerre; quo pour remédier ù cest incon-

r'ieof , il estoitd^advisqucSa Majesté Ustchoix douze bons et expérimentés capitaines, pâju|uels elle donnast charge de lever cha-

SU trois cens hommes pour les amener en ^mont; qu*en y arrivant, pour n*augmenlisrîa despence, on casseroit ces douze bandes ^uphinoisos et lyonnoises, et que de leurs gens et de cinquante hommes tirés de chacune des conq)agnies nouvelles , on rempliroit les villes du Piedmont : mais qu'avec tout cela il faloit avoir soing du ))ayement ; autrement ce seroil tousjours retomber aux mesmes mconvenicns du passe : que le ton que sa maladie apportoit au service de Sa ]EI^jesté le travailloit plus que le mesmc mal qu*il seutoit , trop violent à corps si caduc qu^estoit le sien , et qui est si avant dans les jiiarcbes de la vitnilesse et cassé des goutti^s. Le vingt -huictiesme septembre, rarniée alla passer le Pau à («asal , et ce mesme jour H. d'Aumale, avec tous Iciseigneui^ctgen-

tils-hommes , alla pour recognoistrc Pont-de- J Tenaerni pourroit basUr sw ceita oeoessité

Slure, dans lequel le duc d'Alve avoii laissé domp Alvaro de Saude, maistre decanij) {;(*neral des l^pagnols, avec trois mil honinics et deux cens chevaux, tous gens d'eslite. Mais il ne luy fut possible, à cause de st^it eu huict cens arquebusiers qui sortirent à Tescarmouche, tirans si dru, que la grande fumée et le combat qu'ils rendoienl, avecTartillerie qui tiroit coup sur coup, ne peurent permettre qu'ils poussent bien descouvrir la nouvelle fortification. £t toulesfois parla langue d'aucuns prisonniers et d'aucuns pionniers c|ui se sauvèrent de la ville à la faveur dciTescarmouchc, ilsaprindrent que la place ne poiivoil pas encor estre rendue du tout boinu% mais (jue le nombre de trois mil braves soldats choisis que le duc d' Alve y avoit laissés la r<*ndoit disputable, mesme estans couverts d'un cosié de la rivière du Pau. Quoy entendu , le duc d'Anmaie dépescha vei^ le mareschal pour avoir son advis si on s'attaqueroit à Pont-de-Siure, ou , au dcffaut de la possibilité, Ti*in ou Montcalvé. Son opinion fut qu'on devoit forcer Pontde-Sture s'il y avoit apparence qu on peust le faire; sinon qu'il valoit mieux s'adresser à Montcaivé qu'à Trin, pour autant que l'autre ouvriroit le mesme chemin que Pont-de-Sture souloit donner pour aller à Ciisal , ce que cestuy-cy oe pouvoit aucunement faire estant delà l'eau. Et par ainsi , avec le peu d'apparence qu'il y avoit qu'une armée de longue main harassée et de labeur et de maladies peust forcer si grand nombre de gens frais et résolus , Tarméc print la route de Montcaivé.

Ces maladies , le défaut de payement et le desbandement de nos Italiens , donna occasion au mareschal de fa in* une recliar{;e au roy -y remonstrant (|ue rudvanrcmeiit desalïairesse presentoit si fort à souhait, qu'il y avoit de quoy beaucou|) espérer s il plaisoîtà Sa Majesté les diligenunent secourir , si ce n'estoit du tout, à tout le moins d(; partie de ce qui estoit deu : suppliant Sa Majesté avoir souvenance que celny qui negli{;e la fortune lors que elle se présente, la recule pour longtemps et ne Tattrapp** jamais cpi'avec double travail et despence ; et que la{;uerre se maintient autant par les deniers (pie par la force ; qu'il ne craignoit pas tant les enlreprinses que

MÉMOIRES DE BOY VIN DU VILLARS

comme il faisoit les propres fautes qu*elle feroit faire à l'armée : que si , par faute de payement , Tarmée est conli'aincte de se retirer aux garnisons , [tout aussi-tost Tennemi se rejettera en campagne , tant pour empescher les vandanges que les prochaines semailles; enquoy il y aura triple perte, et malaisée à reparer : que pour remédier à la diversité de toutes ces nécessités, il cstoit résolu , tout malade qu'il estoit, de se faire porter à Quiers , et d'envoyer à Cliivas le président Birague et Carie son cousin germain , l>our avoir l'œil sur Yvrce, Gailliany, Masin et Santia, et luy sur les autres places du Piedmont.

• Vous aurez cy-devant veu ceriaine forme de dcspit et de murmure de la part d'aucuns seigneurs qui estoientau sioge de Vulpian, u cause qu'ils craignoicnt que le commandement de l'armée fustdefleré à M. de Termes : ceste action ayant esté trouvée très mauvaise par le roy , mais plus encores par M. le connestable, il fit envoyer au mareschal une dépesche toute ouverte , que Sa Majesté faisoit à ces seigneurs qui avoient joué la partie, pour la leur bailler après l'avoir veue. Luy, Tayant bien considérée et contrepesée au temps qui couroit lors, fit entendre audict sieur connestable qu'il avoit trouvé qu'il n'estoit aujourd'huy convenable de la leur faire voir , puis que du faict dont esioit question il n'estoit advenu aucun inconvénient, et que toutes choses s'estoient résolues pluslot en bien qu'en mal ; adjousiant a leur descharge , qu'il y avoit tousjours en toutes sortes de compagnies diversités d'humeurs , d'intentions et de volontés, auxquelles il estoit bien souvent plus utile de s'accommoder avec douceur et dextérité , que par une trop sévère rigueur renverser tout , et sans profit ; qu'il se recognoissoit luy mesmesi imparfaict, qu'il a esté nécessaire qu'à son tour on se soit aussi accommodé ù luy , qui teuoit comme chose impossible que les hommes ( mesmes ceux qui portoient les armes ) poussent longuement durer ny compatir ensemble , et d'autant moins cil il se traicte de la gloire et de l'honneur , parties si chatouilleuses qu'elles tirent souvent hors des gonds les plus sages et les plus advisés : lesquels, par l'esgarement où ils sont

tombes , sont admonestés à mieux faire que devant. Le connestable trouva bon cet advis, qui doit servir d'instruction à ceux qui se laissent emporter par une soudaineté madoMsurée.

Le huictiesme octobre, rarmée ayant baui le chasteau de Montcalvé par deux divers ei* droicts , et tiré environ douze cens coups de canon , il fut rendu à M. d'Aumale à bâgoei sauves, ores qu'il eust peu tenir plus deqninie jours et endurer un assault. C'est pourqooy l'ennemi fit pendre douze des principaux qnî l'avoient rendu. Et pour autant que raroile se trouvoit fort diminuée, tant à cause d*iiw presque universelle affliction de maladie, qne par les rooi*ts et blessés tant à la prinse dT vrée , de Masin , de Casai, qu'à celle de Vdpian, qui en avoit emporté plus de huict cem, et quatre braves capitaines, à savoir Beaaliefl, Charry , Rougucs et Duno , que aussi par le deflaut de payement qui faisoit desbander ki meilleures troupes italiennes , il fut adviié entre ces seigneurs qu'on depescheroit personnage exprès vers Sa Majesté , et que ce* pendant l'armée s'iroit rafîraischissant par ce bon pais de Montferrat, et s'amuscroit ineC' toyer plusieurs chasteaux que les cnnenûy tenoient encores.

N'ayant doncques responce ny provisioi de Sa Majesté à toutes ces nécessités et def' fauts si souvent représentés, toutes choseï demeuroient suspendues entre la nécessité et la perte du temps , à quoy s'adjoustoit le desbandement de tous ces seigneurs et de toute la noblesse qui estoit venue à la guerre cd Piedmont , et lesquels comme volontaires ne pouvoient estre retenus par aucune sorte de remonstrance. A la vérité la noblesse françoise court fort gayement à la guerre ; nuis si tost qu'elle y a seJoiu*né deux ou trois mois elle en est saoulle et tourne soudain bride vers la maison , ne considérant pas que les grades ny les honneurs ne s'acquièrent à si bon marché , et que le labeur et la sueur doivent précéder la moisson.

Je ne veux taire, à ce propos, ce qui advint d'un gentil-homme lieutenant de cinquante hommes d'armes , qui demanda congé an flOreschal d'allor on sa maison, ores qu'il n y eost à la conduicte de la compagnie autre que by

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