‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 130 sur 224 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

et le marescbal des logis. Le mareschal , qui sçaToitcela,layremonstraqu*il ne luypouvoit donner congé, pour ne desbander la compagnie, de laquelle il avoit besoin. L'autre respondit : « Mes aflaires me pressent de sorte que si tous ne me donnez congé je le prendray. » Le mareschal répliqua : « Si vous le faicles , vous serez le premier à vous en repentir. » Et de faict, la nuict à la desrobéc il fit un trou au vent. Le mareschal ayant faict assembler la compagnie , le fit déclarer privé d*armes , d*honneur et de condition taillable, et le manda an roy. Cela s*estant ainsi publié, chacun conrot vers Sa Majesté pour faire révoquer «este condamnation; mais Sa Majesté remit le tout à quand le mareschal viendroit en France, comme il le feroit bien tost. Et de faict , lors qu'il alla trouver Sa Majesté , toutes les dames supplièrent le roy d'y disposer le mareschal, -ce qu'il ne voulust faire. Lors elles cspians le soir qu'il venoit avecSa Majesté en la chambre de la royne, elles l'enveloppèrent là toutes en sa présence , le priant et conjurant de pardonner la faute du gentil-homme , et le remettre en son honneur. Il leur respondit que cen^estoitàluyquel'offenceavoit esté faicte, aios au roy , auquel seul apparienoit de pardonner. Le roy , prenant lors la parole , luy dict-; « Monsieur le mareschal , je remets cela A TOUS ; si non , au moins prometlez-moy que TOUS ne serez point marry de ce que j^en fe- .ray. » A quoy il respondit : « Si Votre Majesté trouve bon de faire ce tort à son service , force sera que je m'y accommode. » Panny les plus ad visés ceste sévérité fut grandement louée , et du roy en secret. Je n'en TOUX divulguer le nom pour n'oflencer la

nce.

Pour toutes ces raisons le sieur de Gonnort futdepesché par le roy, avec l'instruction que j'ay cy-inserée^àfinque plus clairement chacun puisse rccognoistre que la négligence des maistres au faict des provisions faict trois lourdes et irréparables bresches en leur service. La première pert et renverse les repentines occasions que la guerre présente pour bien mesnager ses aflaires ; elle refroidit le courage et les affections , et finalement la despence en redouble quasi toujours. Ce^n'est pas tout que d'entreprendre , il faut , pour

en avoir honneur, amasser les moyens auparavant , pour n'en sortir avec perte et honte*

Instruction dont le sieur de Gonnort est chargé de la part de messieurs les duc d'Aumalle et mareschal de Brissac , et sieur de Termes, sur les remonstrances qu'U a à faire au roy^ pour les affaires de la guerre de Piedmont.

'^ « Fera entendre au roy tout le succès de l'heureuse entreprinse de Montcalvé , le devoir que chacun y a apporté , la facilité de la fortification quant à la ville , mais l'impossibilité par faute de secours et de moyens , à la provision desquels Sa Majesté a tousjours l'oreille sourde , et toutesfois la main et la volonté prompte au commandement. Le père de famille , comme est le roy en cest cndroict, peut bien commander ce qu'il juge nécessaire pour l'amélioration et amendement de ses terres ; mais tout cela est infructueux s'il ne donne les moyens au métayer pour pouvoir accomplir ses commandemens , et d'autant plus s'il ne tient compte de pourvoir aux remonstrances qui luy ont esté faites en temps et saisons convenables , comme ont esté celles de ces seigneurs.

» Sa Majesté a souvent et souvent esté advertie de la misère , pauvreté et maladie où l'armée estoit reduicte , et de ce qui estoit nécessaire pour y remédier ; mais elle en a faict si peu décompte que tantost le cinquiesme mois est deu à l'armée : et de faict , sans l'engagement où le mareschal s'est mis pour la secourir, pour un qui est mort, il y en auroit vingt-cinq. Sa Majesté sçait mieux que nul autre qu'il n'y a armée, pour bien payée et disciplinée qu'elle soit , qui à la fin ne se lasse et ne se deface , quand de mesme suite , et sans distinction de temps, elle tient la campagne par quinze ou seize mois tout do suite , comme a faict celle de Piedmont , n'estant secourue que de prests si racourcis, que la mesme pasture des bestes leur a souvent servy de viande ; et toutesfois Sa Majesté , sans mettre cecy en compte , en parle et en traicte comme s'ils abondoient de toutes choses , et eussent les corps comme le fer qui s'endurcit à la trempe. Les légions romaines, pour braves et courageuses qu'elles

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

ayent esté , ont presque tousjours hyverné dans les garnisons sans jamais endurer Textremilé de la faim. Les françoises, au contraire de celles -cy, ont guerroyé indifféremment et quasi ordinairement par toutes sortes de saisons, presque nues et toutes eslangouries de la fâiro , sans rompre toutesfois Tobéissance ny la discipline. Je ne suis Tite Live ny Corneille Tacite, mais je puis, ce me semble , dire avec vérité , qu'en cest endroict la valeur gauloise a surmonté la romaine et TespagnoUe : et à la vérité la misère estoit lors si grande , que le maresclial , voyant que la nécessité estoit plus puissante que la raison, s en fust voluntici's redimé par quelque grand combat , si la saison , le temps et les affaires Teussent peu permettre.

» Pour lesquelles considérations, Sa Majesté sera tros-luimblcment suppliée de mettre non seulomeni tous ces inconveniens en la propre considération et balance que son service requiert , mais y pourvoir selon ce qu'elle sçait mieux que nul autre estre convenable , afin que Tarmée ne demeure inutile , comme elle fera attendant provision : la surceance des exécutions qu'elle feroit anjourdlmy est bien de plus grand préjudice que de prendre , comme on dict , l'argent à six vingts pour cent.

» Il a quatre ou cinq mois que Sa Majesté est contintuïllemont importunée pour le remplacement do tant de poudres , de boulets et aufn's munition.^ qui ont esté consommées aux prinses d'Yvrée, de Masin, siège de Santia, de Casai, de Vulpian et Montcalvé; et toutesfois il n*y a esté aucunement ponrveu : de manière que , s*il advenoit que Tennemi fust le plus fort , et qu'il attaqoast quelque place , sans doute elle seperdroit par ce défaut; et cependant la coulpe en seroit attribuée , non au maistre qui n*a pourven à la métairie , mais au métayer.

» Sa Majesté , trempant , comme elle fait encores , dans le fort des affaires , ordonne qu'on casse douze enseignes françoises, et de quatre à cinq mil Italiens, sans toutesfois de rin([ mois qui leur sont deus envoyer un seul denier. C'est voidoir tout d'un coup se précipiter en dtMix grands inconveniens : le premier , se desarmer lors qu'il faut estre le

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plus advantageusement que Jâfiuâft; lé second , réduire ceux qui ont sert y de lew vè et de leur sang & tel desespoir , ({ft*ili i*M allent jecter entre les bras de rçnnMdi iM^ cessité rompant et altérant , cottitne elle liiet tousjours , toute loy et toot bôii Tonlolr : VèA pourquoy Sa Majesté est très-hmllblMM suppliée ne se fascher si ses sertitl!drs riment mieux luy desobéyr eh ses mesoligereries que de perdre ou hasarder son estât, au maniement duquel on ne peut faillir qu'oie fois. Et pour-autant qu'il court un bruit qse I Icroy veut aussi casser les Suisses , IfÂt sieur de Gonnort remonslrera ù Sa Msjeitf qu'il est convenable, auparavant que faiin œi résolutions , d*en communiquer à ceux ipl ont le gouvernement des provinces, et 4e balancer combien il y a deçà les moAtsA places à garder , et aussi quel nombre fk gens il est nécessaire tenir en ehacnrie d'elki pour les conserver à Sa Majesté ; et cela faict, la mesnagerie qu'on estime faire par ces cassations prendra un pied plus solide etarreMé qu'autrement elle ne sçauroit faire. Il reeegnoist assez qu'il y a de l'imprudence i M coupper de bonne lieure le chemin h MM ces maladies , comme aussi faict il ; t[a*ëÊt est encores bien plus grande dé la portée ceux qui , en ayans le moyen en main ^ tt tiennent toutesfois compte d'y ponrVlDif If tost ny tard.

» Suppliera Sa Majesté de pourvoir le Clpitaine lilanc-Fossé du chasteau d'Avighme, que lenoit le feu capitaine Charry , et de h compagnie dudict Blanc-Fossé le capitaiM Serres, et au gouvernement de Monicalté tel qu'il luy plaira , dans le chasteau doquel M. de Bonnivet a mis le capitfllM Vieuxpont, gentil-homme de Tàlenr et de maison.

» De pour>'oir aussi an gouveraett'ekil de Santia , oîi le sieur Ludovic Biragne s esté laissé par provision seulement); si Sa Msjerié a pour agréable qu'il y denleure , son plaMr sera donner celuy de Chivas à Carie soi frère. »

Peu de jours après le partement da siettr de Gonnort , le marquis de Pescaire fit enCetdre à M. de Nemours , par un gentil-homiM françois, pour la grande, opinion qu'il a?oft

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