‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 132 sur 224 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

cest horriblo coup ' de Moncha , Thonneur françois demcuroit lourdement engaigé. M. de Nemours, qui recognut trop tard sa faute, demeura quinze jours absent , craignant la sévère reprehension de son gênerai. Cccy servira pour l'advenir d'instruction aux cavaliers françois à ne s'embar(|uer jamais en ces combats en habit de nymphes , mais de braves et courageux guerriers , amateurs de leur honneur et de celuy de la nation , à laquelle ces inconveniens ravallent quelquefois la valeur et le courage.

Pendant que les aflaires du Picdmont balançoient entre esperanc(3 et nécessité , il ad • vint que domp Alvaro de Saude , qui rommandoit à la nouvelle fortilication de; Pont-de- Sture, depescha trois compagnies d'Allenians, trois d'Espagnols , et trois d'Italiens , avec trois cornettes de cavalerie , pour aller saccager le bourg de Rusignan et autres places de Montferrat , qui refusoient de leur payer contributions. Sa dolil>eration ne sceust eslrc si seci*ette , que le sieur de Salveson , qui cominandoit à Casai et qui avoit tousjours l'œil au bois , n'en f ust adverty : il le communiqua à M. d'Ampville, qui estoit hM*s en la ville avec les deux cens cinquante chevaux légers de sa compagnie. Il fut entre eux résolu qu'on sortiroit aux champs pour les combattre auparavant qu'ils peussent exécuter leur dessein. Ils choisirent pour ce faire cinq cens des meilleurs fantacins qui fussent à Casai , et avec cela et la cavalerie dudict sieur d'Ampville, pleme de généreuse noblesse commandée lors par le chevalier hatcrcsse , ils marchèrent droict aux ennemis; et passans près de Troussel Ils s'emparèrent d'une grande cassine qui estoit tout joignant iceluy, en laquelle ils mirent une osqiiadrc pour leur retraicte , selon le jeu qu'ils trou* veroient. Les ennemis, ayaiis pareille intention , mii*ent aussi en une cassine (|ui estoit sur le chemin de Prmt-de-Sture et ù demi quart de lieue dudict Troussel , cent hommes pour favoriser la fuille ou la retraicte. Cela faict , ils s'advancerent comme aussi faisoicnt les nostres , sVsians entre veus des collines et voulans gaigner la prairie qui estoit au bas. L'ennemi commença à se serrer At ^ faire taratantarer les trompetiez

MÉMOIRES DE BOYVlN DU YILLARS.

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fer me giromeite ; proverbe assez commun parmi le populaire italien.

Les nostres , au lieu de 8*amuser à ceste forme de bravade , dressèrent Tordonnance du combat, et chargèrent soudain de telle furie Tennemi qu'ils mirent en routte la cavalerie , laquelle , pensant se sauver à la faveur de la fanterie , la desordonna si fort que les uns et les autres furent mis en pièces , sans que jamais les cent hommes de la cas- »ne qui estoient tout au près donnassent secours à leurs compa{;nons. Cela feict, on alla à eux , qui se laissèrent forcer et charpenter comme les autres. Les capitaines et soldats françois firent un grand devoir en ce combat si inégal en nombre toutesfois ; mais sur tous ledict sieur d'Ampville, comme capitaine advisé et soldat tout ensemble , y acquit beaucoup de réputation , ayant avec jugement et à Tiroproviste rendu ce combat à Fennemi , qui ne s'en doutoit aucunement. Ce soldat Lombrail dout il a cy devant esté parlé , print si à propos un Allemand entre le col et le casque , qu'il luy abatit la teste tout à net d'un coup de revers. N'estant es* chappé personne de ce combat, la garnison de Pontde-Sture demeura si affoiblie , que si le roy eust renforcé d'heure le mareschal , sans doute il Teust emportée. Remarquant par là qu'aux affaires militaires il faut avoir tousjours en main et les armes et les moyens aussi , autrement on n'en a jamais ny honneur ny bon marché , et pert on bien souvent de grandes occasions qui ne se recouvrent jamais.

Environ le vingtiesme octobre , les'ennemis desirans incommoder Santia, prindrent de nouveau resolution de fortifier Gatinare , qui avoit un petit chasteau où nous tenions deux cens fjntacins qui incommodoient fort la duché de Milan de ce costé là. Pour ce faire , ils ordonneront que le sieur Jeronime Sac, avec de ti*ois à quatre mil hommes de pied, Italiens , Espagnols et Allemans , et le comte Philippes Tourniel , gouverneur de Novarre , avec trois cens chevaux , deux canons et une coulevrine , iroient forcer les nostres , pour puis après fortifier le lieu , et y laisser si grosse garnison, qu'elle incommodast fort Santia , Masin , Yvréo et Gailliani. Le sieur

Ludovic Birague , qui y commandoit, en dom advis tu mareschal, offirant , s'il le loy pou mettoit , de les aller combattre. Le mareicy trouva bonne la proposition , et luy mak que , pour mieux attirer l'eniiemi à povsiNii son dessein, il luy envoyoit une lettre pasliculiere , par laquelle il luy oommaadat à luy diligemment renvoyer les deux cenét vaux et les dernières compagnies françoiiBi; qu'il luy avoit n'aguieres envoyées; etqd donnast ordre que quelqu'un des siea8,fH-j gnant de venir de Thnrin , se laissast prodi avec ceste lettre , laquelle tireroit Vi en confiance de n'estre destoumë de son treprinse; et que luy commanderoit cepa-j dant aux trouppes dTvrée de luy envsjvj cent chevaux et trois cens hommes pour luy aider. Ainsi ordonné» ainsi il fil | exécuté; de manière que les ennemis, là dessus entrés en confiance, marchmij vers Gatûiare.

An mesme instant le sieur Ludovic dow!

advis au capitaûie Michel de Barosae, qminit la garde de ce chasteau , de tenir bon et qrïb • secourroit ; et qu'au mesme instant qu'il annit { l'alarme , il fist une furieuse sortie sur fcft-i nemi , à fin qu'estant occupé en deux endroicts, il eust moindre résolution an i bat. Les ennemis commençans à se logor, k sieur Ludovic, qui s'estoitfort advancé,ftll tour vers la montagne pour n'estre dMOtvert et gaigner le costé du chasteau où eridt l'artillerie ; il commanda à Carie son frèrede donner du costé par où la cavalerie du ooaM Philippes Tourniel devoit venir , et d'y dkr avec telle furie , que l'ennemi , au lieu de k recognoistre et de s'advancer , print l'espotvante , et luy se retirast. Ceux qui furatt civoyés vers ledict capitaine Michel firent tant de bruict , que l'ennemi les descouvrit ; et ai lieu de ne dire mot commencèrent à crier France! auquel mot l'ennemi commençai»

remuer avec estonnement. Quoy recogMi par les Biragucs, sans s'attendre au capiiaiie Michel , donnèrent chacun de son costé atec tant de courage et de soudaineté , que Tesnemi , non encor assemblé , commença à le desordonner et à fuir sans guieres s'obstiner au combat. Il en demeura de buict à nerf cens de prisonniers ou de morts sur la place,

-et quatre capitaines de prisonniers , qu'Espagnols que AUemans, Le Sac, conducteur, nié. Le comte Philippes qui marchoit et sur ks bras duquel tomboient les fuyards et messes cpielques chevaux , luy firent tourner teste vers Romagnan , villette fermée , luy donnans \ entendre que toute Tarmée françoise y esioit. A luy et & ses compa{][nons en fut la -perle et la honte , et aux Biragues la gloire M le butin , avec rartillerie qu'ils emmenèrent à Santia , sans perte que de six boromes M dix de blessés. Voilà comme la sage con- -^Inicte et la prudence à prendre Foccasion liien à poinct, donne souvent les victoires plus foibles. Les drapeaux , au nombre neuf, furent par Plancy portés au roy, mimstres duquel furent prompts à la ^-lonange du fait , mais trop tardife à disposer ^^ recompence de si notable service envers ^^les seigneurs de Birague , exilés de leur patrie et de leur bien.

' Sera noté que le mareschal avoit à son ser-

^%iee un gentil-homme gascon , nommé Mai-

'ton-Blanche , vaillant au possible , mais cruel

^2'%a combats , car il ne prenoit jamais per-

ioime à mercy. Or il advint en ce combat

l^pifil print un prisonnier fort en ordre , qu*il

^ lança seulement pour poursuivre la victoire ;

des nostres , le trouvant esloigné de son

, remmena ; ce qu'ayant recognu , il

'eil plaignit au mareschal , lequel ayant sceu

qni en estoit luy adjugea, des quinze cens

P'jbcns de la rançon que cestuy devoit payer,

$ te mil , et le reste à Tautrc qui Tavoit sauvé ;

^ dont Maison-Blanche eut tel despit qu'il jura

ion grand cap de Sainct-Arnault que jamais

iiins il ne prendroit aucun à mercy, ains que

il toeroit tout : ainsi le fit-il depuis.

En ce temps le baron de La Garde , retournant de Rome avec dix galères , fut contraint JMir la tempeste d'aller à Tabry de la Corse et rèlascher à Sainct-Florent ; il avoit à peine Dionillé Tancre quand onze gros navires venans d'Espagne furent contraints faire aussi de mesme, chargés de quatre mil Espagnols et de cent mil escus en lingots. Ceux cy ayans descouvert nos galères se remirent soudain à la voile ; mais ce ne peut estre si tost que les galères ne les chargeassent : trois demeureront prins et le reste se s;\uva.

LlYRE SIXIÈME.

74it

En mesme temps Temperenr , despité et mal-content de ce que ceste grande fortune qui Tavoit jadis accompagné en plusieurs grandes et honnorables entreprinses estoit contrainte de foire joug à la naissance de ce glorieux Henry second , ne sceut medeciner sa passion ny sa douleur par les voyes que la sagesse et rexperience, aprenncnt à chacun; ains il fit resolution de quitter tout à faict empire, royaumes, honneurs, grandeurs et affaires , et se retirer , comme il fit depuis, en Espagne dans un monastère oii il eut le loisir de pleurer ses péchés, et recourir à la miséricorde de ce grand roy des roys , qui atend patiemment nostre pénitence et contrition. De tous les illustres actes que ce grand empereur fit jamais, cestuy-cy doit estre estimé le plus glorieux et le plus mémorable. C'est à la vérité une grande et fort spécieuse prudence de se sçavoir demesler des folies du monde auparavant qu'elles nous accablent de tous poincts, comme elles font souvent ceux qui ne sçavent par un sain jugement dompter leurs passions et jeurs demesurées ambitions.

Or , pour autant que peu de gens sçavent quelle fut la démission que fit cest empereur de sa grande grandeur , j'ay jugé qu'il seroit fort à propos de la représenter icy avec les mesmes paroles et cérémonies qui furent lors practiquées.

L'acte de la ceision et demiuion que fit Char^ lei cinquiesme de l'empire et de tous see autres estât» et royaumes^ en faveur de son fils Philippes , le vingt^ixiesme octobre.

« Continuant l'empereur l'intention qu'il avoit de faire la cession des Pays-Bas au roy son fils , sçachant tous les estats et seigneurs qu'il avoit mandés pour cest effect estre arrivés et assemblés par son commandement dans la grand salle du palais de Bmxelles» il se fit porter , le vendredy vingtiesme jour d'octobre 4555, dans sa lictiere , de sa maison du Parc , où il logcoit , en la salle du palais qui est près la chapelle , où chacun avoit pris place selon son rang pour attendre ledict sieur ; lequel arrivé et assis on une chaise sous lo[)oislc , le roy son lils usa main

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

droicte , la royne Marie sa sœur à la (;auche, et les sieurs de leur conseil autour d*eux.

» L'advocat des eslais dudiet pays commença à faire entendre roccasion de coste assemblée , fiiicie en ce lieu au mandemenl d^celuy sieur empereur pour recevoir ses commandemens et iuy rendre Tobcissance qu^ils Iuy dévoient. Qui fut la cause de faire (|[rand silence pour ouyr sa volonté.

M Lors Iuy , adressant sa parolle aux (^ens desdicis estais , il leur discourut toutes les choses qui s'estoicnt passées depuis quarante ans qu'il avoit régné et sur eux et sur ses autres provinces; les grandes cntrcprinses qu'il avuit achevées , parmy lesquelles ne furent oubliées celles dWgier et de la Goulete; toutes les guerres qu il avoit eues en la Germanie , et continuellement contre la France , qui dnroient encores, et qui se pouvoient dire particulières pour les difl'ei*ends dudiet royaume et des Pays-Bas , au demeslement des<]ueiles il n avoit jamais espargné sa propre personne pour les conserver et defTendre, dont il ne faloit d autre tesmoignage que celuy d'eux mesmos, qui en avoientveu les effects : loutesfois, qu'il avoit esté contrainct, pour subvenir aux frais d'icelles guerres , de mettre sur le peuple beaucoup do nouvelles subsides plus grandes que jamais ses prédécesseurs n'avoient faict , dont il cognoissoit que leclicl peuple avoit esté fort grevé , encores que le tout eust esté employé pour la tuition ei deiïeuce de leur pays ; les priant de vouloir considérer que Targent qu*il en avoit prins ot faict lever ^ ceste lin avoit esté aussi (lespcndu dans iceluy pour conserver leurs anciennes bornes et limites , et recouvrer des estrangers ce qu'ils en avoient occupé ; mesmes que ne suflisant ce qu'il en pouvoit tirer pour fournir à la despence des guerres , il auroît ordinairement faict passer et porter la meilleure partie des finances de ses autres royaumes et estats pour conserver cetuy de Flandres et lieu\ t'ircon voisins , comme ceux qu il estimoit le plus entre tous les autres de son obéissance , et auxquels il avoit toujours eu grande affection, ainsi qu'il avoit do tout temps faict cognoistre, et mesnics pour la longue résidence qu'il y avoit dernièrement faicle contre ce que sa sauté rcqucroic.

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» Toutesfois , qu'estant chose ordoaiée è Dieu , et naturelle a tous les bommes , de « pas tousjours durer , ains de passer i wikj leure vie , il y avoit desjà trois ans qie , tant ses forces grandement diaûnuer fm\ travail qu il avoit porté en sa jeunesse, liV| toit résolu de laisser les aflfaires da pour se retirer du tout à Dieu ; ce qu'il aiÉj tousjours différé jusques à présent ptvi gnoistro si son fils« qu'il monstra , auroithp»| dencc et vertu que doit avoir un prince les bien gouverner et conduire; et qiï maintenant expérimenté sa suflisanee et ji ment, et que Dieu Tavoit rendu si liemi{ que de Iuy donner successeur , ce qui àhj ormais les pourroit mieux conserver et i fendre que Iuy, à cause de sa vieilleail indisposition, il les avoit faict convoqaerj remettre eu leur présence, et Iuy faire, il faisoit dès-lors , la cession de tous seii desdicts Pays Bas et de ses autres royauMU] les priant et requérant de vouloir de là en i observer trois choses , la religion envers la paix entre eux-mesmes , et robéissanes^ vers sondict fils , pour lequel il les et promettoit qu'il leur feroit justice en bon et équitable prince telle leur devoit.

» Et , incontinent après avoir mis fia à pro|)os, ledict sieur roy , son fils, Iuy ilhi genouil en terre baiser la main , et sV relevé , parce qu il ne sceut parler Isagif que le peuple eust peu entendre , il fil, ptf M. d'Arras estant près de Iuy , déclarer Ml intention à la compagnie : laquelle ledictliflV d'Arras leur fit entendre , disant , entre aoM choses , comme ledict sieur roy n'avoit peM pensé prendre la charge et gouverjiemeBtd*^ tel et si grand pays où residoient tant de grandi et vei*iueux personnages, du vivant de Teapi reur Sun père, comme celuy qui coasidS' roit et prcvoyoit la différence q je Yoa mu veroit en la conduicte d'un jeuae prinœ celle d'un empereur qui avoit la prudence < expérience des choses du monde , telles qi ses heureuses victoires et les grandes entrt prinscsdant il estoit venu à bout par cy-devii pouvoient assez faire cognoistre à cbacn toutesl'ois, puis que c'estoit andict sieur so père de Iuy commander et à Iuy seuleMi

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