LIVRE SIXIÈHE
S il oe ptaToH rèfîmr ehôrt qui loy reable; qne par ainsi il acceptoit, en la re?ereiice , humilité et devoir qu*il t , la cession qu'il plàisoit à Sa Miqesié ire desdicts estats, pour vivre desor* recqaes eux en bon et droicturier prince, aura tousjours devant les yeux la jusle bien public , moyennant Tobéissance spere qu ils luy garderont aussi fidèle* [u'ils ont jusques ici foict audict sieur 3ur , et de tout temps à leurs princes Is , qui est ce qui plus a recommandé ition envers les estrangers. »
fropos fini , la royne Marie se leva , et, ant sa parolle au peuple « leur dit que commanderoent et commission de Tem-
son frère , elle avoit tenu le gouvert desdicts Pays Bas par longues années^ it lequel temps elle avoit administré les qui dependoient de cesfe charge au mal qu'elle àvoitpeu; tonteafois, s'il ; aucuns desdicts pais qui en eussent mescontentement pour raison des gnin- >sîdes qu'elle avoit esté conlraihcte leur T pour subvenir aux frais des guerres s de son temps , elle les prioit Vouloir qne Targent qni en estott provenu n a* s esté employé à son particnlier , mais lent pour les conserver et deffsndre ; ïnt qu'elle n'avoit jamais rais taille ny nt sur eux sans y appeler plus raéur 1 que le sien, se cognotssant femme et e devoir toucher à chose si irnpoitante )pimon des p\n% grands et des sages; isi , que les seignears du pm qui eslà presens, avec lesquels eUe en avoit *é et prins resdutton , avoient veu pastout, et, par leur advis, avecques la ité dtt temps et des affaires , lesdicts $ avoient esté levés à la moindre charge le du peuple que Ton avoit peu adviser^ ent tousjours assisté aux ordonnances )5 distribuer , sçachant bien qu'elle ne toit prévalue en particnlier ; dont lalame appeUoft Dieu potr juge et eux émoignage dequoy elle s'estoit bien
justifier devant lesdicts estais pour ndre compte de sondict gouvernement, au surplus en délibération de s'en aller pagner ledict empereur son frère en
Espagne pour lay Aiire service le demènrant de sa vie.
A toutes les susdictes harangues la compagnie ne respondit autrement qne par pleurs et triste contenance de k compassion ob ils estoient entrés , voyant ledict empereur par* 1er tousjours avec la larme à l'œil , et semblablement le roy son fils ; et ainsi se passa b journée.
Lors que ce bruit ou ceste nouvelle s'es* pandit parmy le monde , assez de gens juge« rentquec'esroitun apast expressément dressé pour ) avec Tarmée d'Angleterre et ce qni se levoit en Espagne , faire quelque descente en Guyenne, et renouveller les anciennes guerres et querelles des Anglois , afin » on de la con** quérir , ou de fiiire divertir les armes heu*reuses des Françcns hors de l'Italie.
Sur la fin du mois d'octobre , le duc d'Alve coromeaçoit à rappeller son armée à la eam-*> pagne , à la faveur de quatre cens mil eactts qu'il esperoit tirer de I^a[rfes , de Sicille , de Milan et de Gennes , et d'essayer le recouvrement de Hontcalvé ou de quelque autre those de meilleur ; estimant , selon les u>ttvelles qui venoient de son oosté , que , s'estanc toute la noblesse françoise retirée delà k» monts, Sa Majesté , Tbyver s'apprecham, seroit les Suisses^ quoy succédant il ael'oit la campagne de tous oostés. Et tomesfois tous ces remuemens s'en aUèreat peu à peu en fumée, chacun se tenant sur sagarde^ et dressant practîques et desseins pour se le^ mir couvert.
VtNis avez cy-devant veu que le marqmk de Masseran estoit entré au service du roy, et que Sa Majesté avoit finot fortifier sa mai-son de Gsnttiaay pour couvrir Yvrée etBieMois» S^stant cestuy-cy imaginé ( à ce qui fut re« coBgnen depuis ) qu'après avoir servy qnel^ que temps, Sa Majesté lay concederoit le msiK dément du Biellois, et qae , là où il adviettcfa*oiC ^'elie le luy refosast , il se tronveroit avofar une bonne place en main, avec laquelle il se feroît chèrement acheter par le roy d'Eq[>8gne et par M. de Savoye , Gailliany estant de conséquence pour le Biellois etleVercellois aussi ; ce seigneur, cault et rusé, qui se sçavoit, comme le caméléon, accommoder à toutes sortes de couleurs , ne sceut toulesfois si bien
MÉMOIRES DE BOYVIN DU ^ILLARS.
couyrir ses iotenCioDS que le mareschal ne penetrast au dedaos , et qu*il ne descouvrisl qu iceluy vouloit envoyer un sien secrétaire vers le roy pour sonder le gué, et selon cela advancer ou reculer ses desseins. Il s*apperceut encores que ledict marquis avoit fort familière intelli{][ence avec quelque seigneur espagnol fort favory de Tempereur , duquel il recevoit assez souvent desdepesciies, mais fort secrètement et avec si belle couverture , que on n*en pouvoit avoir autre tesmoignage que le propre soupçon que depuis peu il avoit prins sur quelques paroles qui eschapperent sur ce suject à un mal-^dvisé causeur , qui luy furent depuis rapportées par quelque sien conBdent qui les avoit ouyes , et qui estoit en pareil soupçon que luy, craignant que leur menée ne fust descouverte. Dont il donna advisa Sa Majesté, la suppliant marcher fort retenue envers ledict secrétaire , et Tamuser dextrement de belles paroles , jusques à tant qu'il eust mieux profondé ses intentions , lesquelles le sieur de Gonnort devoit avoir représentées à Sa Majesté ; que le temps descouvriroit le bien qui estoit en luy , selon qu'il seroit puis après traicté ; que Textreme ambition et avarice qu'il avoit remarquées en ce seigneur ne seroient jamais rassasiées , pour bien que Sa Majesté luy sceust faire.
Auparavant que rentrer dans la suitte des choses advenues en Tannée i5a6, je diray que , par la considération des affaires discourus aux precedens livres , les galands hommes auront peu fort aisément remarquer à combien de variétés et dinfelicités la fortune a assujeti toutes les intentions et les actions humaines : qu'elle renverse ordinairement , et à un seul clin d'œil , les propres choses que nous estimons les mieux consultées et les 'mieux digérées, dont inbilliblementil resuite que, pour sages , grands et puissans que soyent les roys et les princes, qu'ils ne peuvent toutesfois rien par eux-mesmes sans le secours, le service et l'entremets des plus grands et des vertueux personnages , dont leurs royaumes
sont ou doivent par leur prudence et dil estre meublés ; et que par-ainsi c'est d devoir de les bien aimer , chérir et gr sèment traicter , à fin que l'obligatiot ont aussi de leur part à fidèlement le honnorer le prince, en devienne plusn plus courageuse. Ce sont , à dire vrs gracieux accords qui ont puissance di fleurir l'harmonieuse musique de l'etf quel s'altère tout aussi tost que ces de tons discordent l'un d'avec l'autre ; ce q cède assez souvent par la propre conlp cuns princes , lesquels se proposent un lue puissance , non pas douce comme do la royalle , ains tyrannique : et en ces rement mal mesuré au pied que Dieo; crit, ils se trouvent grandement offencà on ne faict joug , ou qu'on leur desnie quils désirent, et qui est toutesfbifl gnant à la justice et au salut de lei mesme : delà il s'en enfile une trèsconsequence , c'est que les affaires vi à peu si fort declinans , qu'on se laisse i à tel poinct , qu'ils ne peuvent plus est lagés ny redressés que par la force el hasard des armées ; et là dessus I^ nous veut corriger , permet assez soovi leur valeur demeure renversée et sal par faute d'argent ou par trop d'aid de négligence, ou bien par la tropi puissance que la fortune s'est resen toutes sortes d'affaires. Ce sont les dangi extrémités où la majesté divine nousooi afin que de cœur humilié nous toumi yeux vers elle, et parmy lesquelles f serve tousjours quelque bien pour i soulager. Il y a encores un poinct qui 9 tousjours de grands maux à Testât et : mées , c^est quand ils en commettent duitte à divers chefs et non à un seul, c que la gloire et l'honneur ne pouvan voir partage, renversent tout, comme i à Fabius , depuis à Marcellus , et den niers temps au marquis de Gast et R Colonne au siège de Parme.j