‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 138 sur 224 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

par paix ou trefve,' à leurs 'querelles et à leurs divisions, toutes lesquelles ne servoient que de planche au Turc pour s'agrandir aux despens et au deshonneur des chrestiens, à fin de les liguer tous par ceste réunion à poursuivre par armes les Infidelles, à la ruyne desquels Tun et l'autre prince s^advantageroit beaucoup , au parsus la gloire de Dieu , qui estendroit ses bénédictions sur eux et sur le valeureux exploict de leurs armes généreuses. A quoy ce bon et ce docte prélat travailla de tous costés avec tant de zèle et d'affection , que tous ces princes envoyèrent leurs députés à Yauselles , parmy lesquels le Sainct Esprit s'y estant meslé , trefves fiu*ent accordées pour cinq ans , à commencer en janvier 1558 , à condition que de part et d'autre chacun retiendroit ce qu'il possedoit tant deçà que delà des monts , nonobstant les plaintes et les justes querelles des ducs de Savoye et de Mantoue , et des Gennois au contraire , la plus part des estats desquels demeuroient par ce moyen es mains et disposition de la France , laquelle , à dire ce qu'il en est , Dieu favorisa si avant , qu'elle se pouvoit vanter d'avoir elle seule remporté toute la gloire et toute la grandeur qu'elle'pouvoit désirer pour désormais tenir en bride l'Italie , les Suisses, l'Allemagne, l'Espagne et la Flandre : et neantmoins les conseils passionnés du pape , de la royne , de madame de Yalentinois , de la maison de Guise et de tous leurs adhérens, eurent tant de puissance à Tendroict de ce bon prince Henry, qu'il ne sceut gracieusement jouh* du repos ny du contentement que ces cinq années , sagement mesnagées , pouvoient apporter et à luy et à la France , et de main en main à toute la republique chrestienne. Sa Majesté se laissa aussi emporter à une autre faute non moins préjudiciable que ceste-cy, c'est qu'elle donna le souverain commandement des forces qui dévoient estre conduictes en Italie au duc de Guise , grand et valeureux capitaine à la vérité , mais par trop intéressé en la cause qui devoit estre demeslée par les armes. Durant que toutes ces practiques et tous ces préparatifs se demesloient, le roy permit au mareschal de Bi'issac de venir vers elle , pour diverses grandes considérations , mais principalement

MÉMOIRES DE BOY VIN DU VILLARS

UMI]

pour avoir son advis sur ce qui estoit toutesfois desjà quasi comme résolu.

7 Ce seifpieur, qui n'avoit autre but que la gloire du roy et radvaDcement de la France, estant appelle au conseil, où les choses furent de nouveau proposées , et qui sçavoit neantnioins qu^elles estoient desjà si avancées qu en les voulant maintenant contredire, c'estoit travailler en vain et acquérir hors de propos des ennemis , S'î ren{;ea seulement à faire doucement ceste remonslrauce , à sçavoir, qu'il croyoit fermement qu il n'y avoit prince en la teri-e qui surmontast plus que Sa Majesté faisoit tous ses serviteurs et subjects , on prudence et valieur, ny qui fust grand observateur plus qu'elle dos traictés et des promesses qu*elle auroit desja jurées; qu'estant abondamnient douce de toutes ces divines parties, elle sçavoit mieux que nul autre qu il ny avoit rien de plus juste que de bravement repousser les attentats et les injures des ennemis, ny rien aussi de plus 'honncste que do secourir ses amis et tous les princes indignement allligés; mais que par sus tout cela il n'y avoit aussi rien de plus religieux ny plus di^jne d'un grand l'oy, tel qu*estuit Sa Majesté , que de mesurer tousjoursses paroles et SOS promesses avec telle bride et ciit:onspoction , que sa grandeur et la seureté y fussent tousjoui*s premièrement conjoinctes : qui^ cela estant , Sa Majesté devoit inviolablemont observer ce qu'elle avoit promis , et le reif;UT toutosf'ois au précepte d'Agesilaus, lequel respondit à un quidam qui le prcssoit d'accomplir ce qu'il avoit promis : « Si ce que tu dis est juste , je le t'ay promis ; s'il ne l'est p:is , je ne le t'ay ps promis »; voulant par là inférer qu'il ne falloit jamais quitter les choses présentes qui estoient bonnes et seures, ooniiiieestoit cestetrefvo qu'on vouloit violer , pour embrasser les incertaines et pleines d'une iuHnlié de grands et de fort considérables dangers ; qu'il avoit aussi souvent recogna c|iu* la prudence et la valleur que chacun estinioil avoir on soi , nous faisoit vainement onli'oprendre Ixîancoup de !'!îOses pour parvenir à une certaine fin par nous ardemment dcsiréo , et de lacpielle touiesfois il n'esioit j»as possible de provoir l'ovencment , qui ostoit eu la seule main de Diou.

Finalement , quMl atoit totisjootY et len et ouy dire aussi que le naturel des papeâ et des Italiens les invitoit loasjours ft cbsragèr aussi souvent de foy que de fortune , nie tenans rien pour des-honneste quand il tèiN noit à leur profit particulier ; et de fbict (jii*ib avoient de tous temps plus fevorisé là Fnueé de souhaits desguises que des propres eIReli, plus de désir et d'affections simulées qiie dé forces et d'argent , ne demandatîs pâis niién tous que d*eslre spectateurs du jeii qu'ils oH eux-mesmes dressé pour puis se totimër èi il fera meilleur : que si Sa Mnjestë s'estok obligée par serment à rompre la trefVe M I secourir Sa Sainctetc , qu*il y avoit , sovs cm^ rection, de la faute et de leur cOatideTâtMi, f et que pour s*en tirer avec honneur et Mrté faloit au moins tellement disposer TlÉ et l'autre , que Sa Majesté parUcipast et à b gloire et au profit ; qu'il n'y avoit autre rafoya, pour y parvenir avec seurié , qàe de eùBmander que M. de Guise et luy assaiWslÉI avec forces communes la duché de Milan, li il avoit de grandes intelligences, etqnen» pereur et le fils , qui estimoieni qoe ixàt L seule Saincteté loin* faisoit tenir en bitfl | toute l'Italie , quilteroient et pape etCeMi pour courir au secours ; que , le rendant Mlile , comme il esperoit qu'en feroit , «e éèèÛ bastir la future rnyne deNaples eldeSMê, sans courir les hasards des roys Charles YH et François I. Toutes ces rettonstraiwèe, oi*es que belles et véritables , n*eiirent loMMr fois puisïiance d'enroncer les barricades Hyh surdité des oreilles passionnées eliuteresséeSi ou, pour mieux dire , fatahemont destinées i nous rejouer dans de plus grands maMiein que n'ostoient ceux dont Dieu nous aTohf^ centement et glorieusement sauvés. Tàidii que nous pensions tenir le loup par left^nSlos , Tempereur , comme sage et dilîgeM , «e fit semblant d'avoir descouvert nos intenÂW ny nos menées ; mais cependant il donna eoiveriomont ordre aux provisions de la guerre, et princi[)alcment en Italie , oh il envoya h duc d'Alve, sons prétexte d'aller assister ta Colonne tis, ses autres serviteurs, spoliés 4k leurs estais. La France , par le contraire , s'amusa sur les discours et sur les partages dl la peau de l'ours non encor cslancé oypriM^

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