TROISIÈME ADVIS
Voscre If^josté est forcée en ce dessein (Je se jetier dans la contraire , conipos^'^o des roys d'Aiigletene, des OUaudois^ Protestans d Allemigue , des Vénitiens , et ennemis de la maisiiu d' Ansiricbe ; tous lesquels, tant pour la relîçioa oouTelle « que pour la çi*ainte qu'ils m di^ EspaçDols pretendans la monarchie , fejuîndnHit avec vous, principalement quand ils j seront intéressés , et qu'ils auront leur (kirtdcs conqucstes. Prenez garde qu'en contiuoant la guerre civile en vostre royaume ciiQtre vos sujets , vous n'ayez pris insensi* Uement le party des Espagnols , lesquels se furtifieni à vos yeux , voyans contre vous , par la conservation de la Yaltelline qui ne leor appartient point, et de la guerre contre les Grisons qu'ils menacent , en péril emincnt de voos faire perdre l'alliance des Suisses , di moios des cantons catholiques , qui jà sont leurs pensionnaires , et du tj*aicté qu'ils font U4Y le doc de Savoye pour conserver la dicte YalteUîne en cas que les vouliez assister.
Uf prenÛLT combat est de la conscience , eillej^jierre ne se pouvant faire que les triomplies de la victoire ne soient au profict des hemiques; et de plus, le feu et le sang innottut rspanclié par toute l'Europe trace le clmûii des Tuj'CS et des Infidelles , non sans àispulff qu'il ne valust mieux quitter ce qui ^fiortieiit de dj'oict , que de tomber en tant it ipaUifîars et de pediés pour l'obtenir ; mais aMsî d endurer restablissenient de cette grande psitiance qui peut espérer en la mouaràit universeUc , et qui est directement con- IrJre i Vostre Majesté , est un extrême dan- Cer , veu que par leurs pistolles ils peuvent , fooi Tapparence du bien public , allumer en I us JBStaat la (guerre civile ou vostj'c royaume ; pour à qiioy pourvoir deux moyens se prelemeat , Le pi*eniier difficile , le second plus ÎBSle et lacilc. Pour le premier , seroit force liés le commencement d eucourir en la mocfBfirie, sif Ion le succès ^ de la fable de Tours , . et la peau duquel les compagnons faisoient partage avant que l'avoir ; traicter , promet- M SOS Vénitiens et duc de Savoye le duclié iÊ Miian , aux Anglois une partie de la Flandre, fluK Proisstani Teslcetion dun empeùàUàùv^' de la maison d*Austriche, et is ÛUsmâiiiê tttir couserraiioci en souve-
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rainetë , à charge que tous rceonneussent la couronne de France au partage des conquestes qu'ils obtiendroient.
Divers moyens sont proposés pour le commencement de cette œuvre , dont l'importance est de négocier dans l'Allemagne avec les ennemis d'Austriche qui s'opposent aux empereurs , et avec les Ollandois , les menacer d'en tirer le secours ; aux Vénitiens et Savoyards , leur asseurcr le partage dans la duché de Mikin ; et sur tout aux Anglois, les rendre neutres, ou leur donner aux conquestcs de Flandre , sans oublier les Transilvains , Hongres et Boësmcs, nouvellement eslevés contre TEmpyre. Tant que les Espagnes demeureront en paix , ils conserveront le reste de leur domination : le temps , la division des ligues et associations accoustumées , faiçt pour eux qui ont l'argent.
Les gi*ands cmpyres et puissances doivent esti*c assaillies dans le cœur et dans les entrailles d'icelles ; ainsi Alexandre ruina l'empyrc de Darius; les Gailliaginois eussent perdu les Romains, si Annibal eust sceu suivre sa victoire. Si le duc de Bom*gongne ne se fust amusé au siège de Nus , et eust esté joindi*e les Anglois qu'il avoit faict descendre en France ; et si receniement les Anglois ne se fussent anmsés à Boulongue , et se fussent joints avec rempej'our Gliarles-Quini , qui de sa part avoit ti*op demeuré au siège de Sainct Dizier , et que sans séjour ils fussent venus devant Paris avec les gi-andes armées qu'ils avoient , ils eussent réduit la France en beaucoup de péril. Il faut porter la guerre dans le cœur d'Kspa{;ne , et montrer la vanité de ce proverbe : que les foiblcs y sont baUus, et les forts aflamés. Les Anglois y sout enU'és par le Portugal , et les François , sous le con • nestable de Guequelin , y ont restablis les rois de ccste nation spoliés de lem*s Estats. C'est icy Vordre qu'il y faudroil tenir. Trois armées de François , dont la plus grande et la pbis forte, composée d'une levée de dix mil hommes aue Suisses que lansquenets , de quatre mil chevaux et de vingt mil hommes de pied , équipage de dix canons , entrent dans TEspague au temps des moissons , et , saus s'amuser au siège d(! Païupclune , mai'clmnt , fortiderojenl l passablement des places di? huid en hitici
lieues , pour favoriser les conduiltes des vivres qui viendroient de France, lînc anmSe de deux cens galleres , vingt navires des Vénitiens {][amies de François , conduisans un grand amas de bled et de vivres, chargées dans les costes de Provence cl Italie , arrivent au niesme temps au siège des plus grandes villes d'Espagne, lesquelles n'estant fortifiées, ne peuvent résister un mois , et deux d'icelles prises favorisent la conquesle du reste. A rentrée , la ville de Barcelonne se peut prendre , qui n'est fortifiée ; de là à Sarragoce , ville dont le siège ne peut durer huict jours: là se trouvera quantité de vivres , joints à ceux qui viendront par la mer à Barcelonne , pouvant l'armée navalle suivre les costes du Languedoc , se rafraischiret charger de bledsà Narbonne. Cette entreprise , bien et courageusement conduitte , a tant de fiicilité , qu'elle fait esmeneiller où les anciens roys de France ou leurs conseillers avoient l'esprit, pourquoy de long-temps ils n'ont exécuté ce dessein. Les Portugais sont anciens ennemis des Espagnols, qui se revolteroient contre eux pour avoir un roy de leur nation ; et les Grenadins , Maranes et nouveaux Chrestiens sont encores en grand nombre, mal affectionnés aux Espagnols. Que si la bataille se présente, qui est à souhailter , estant le comnum des Espagnols non aguerris , n'y ayant que ses dix mil soldoyés , desquels la moitié est occupée aux garnisons d^Italie et de Flandres , qui sçachent le mestier , la victoire est sans doute.
La seconde armée , composée de François, reîtres et lansquenets , seroit nécessaire aux frontières de Flandres et Allemagne , dans la Picardie et la Champagne, contre ceux qui voudroient entreprendre ; et la troisième , joincle avec le duc de Savoye , s'il se retournoit françois , pour attaquer le duché de Milan ; et les Ollandois , continuer leurs entreprises en Flandres. A la nécessité se traiiteroit avec le Turc , pour donner dans ce qui appartient à ceux d'Austrichc , à ce qu'ils ne secourussent les Espagnols. Susciter les Mores , Grenadins , royaume de Faîz , et faire alliance avec eux , et à l'imitation des Espagnols ennemis , qui ont fait la plus part de leurs guerres par suiprise. Le secret et le silence seroient
fort utiles , tant pour pouvou* assembler des armées sans donner alarme , que pour surprendre des places en un mesme jour enl'Estat de Milan, à l'entrée d'Espagne et en Flandres. Feindre une guerre contre les hérétiques. A quoy se peut objecter que , n'ayant traicté avec les estrangers contraires aux Espagnols , les associations de ligues seroient plus malaisées. LA response est que l'inclination et interest de tous les potentats ennemis du roy Catholique estant telle qu'elle est , ils seront tousjours prests à traicter et se joindre avec la France, et que les négociations faites avec eux auparavant les levées d'armées , empescheroiont les surprises. La prudence seroit, en Espagne , de ne s'amuser à leurs camps fermés , et marcher contre leurs gi*andes villes peu fortes et faciles à prendre , se munir et préparer contre leurs finesses ordinaires. Le siège estant devant une de leurs villes , il n'y a point de doute qu'ils viendroient pour la secourir, en fortifiant leurs camps de deux en deux lieues; pour à quoy pourveoir, il faudroit estre adverty de leur deslogement, promptement quitter le siège , essayer de les combattre sur les chemins, ou , sans leur donner plus de temps qu'une nuict pour se fortifier, les assaillir dans leurs fortifications imparfaictes , considérant le costé où Tassiete les favoriseroit le moins. Et en effect , le principal consiste à combattre promptement , avec discrétion , et sans se précipiter contre une forte assiete des ennemis. Et quand il adviendroit que l'on ne voulust quitter le siège, et que l'armée fi*ançoise se trouvast entre leur camp et leur ville , usant icelle de fortification , elle ne lairroit d'attaquer la ville en leur présence , et de les combattre s'ils venoient à tourner avec toutes leurs années pour approcher la ville , laquelle ne se laisseroit pas de prendre, silesdicts Espagnols se contentoient d'v mettre seulement du secours, estans leurs villes si foibles, qu'elles se peuvent facilement expugner après une grande batterie. Ils ont si peu dliommes pour les espancher en tant de pays , et en ont tant de manquement depuis qu'ils ont chassé les Mores , que si la France avoit défendu la sortie de huict ou dix mil François qui tous les ans passent en Espagne , ils demeureroient sans forces , et
TROISIÈME ADVIS AU ROY LOUIS XIII
cesie entreprise , bien conduitte avec prudence , inraÛiiblcment réussiroit.
L*eBlreprisc d'iUilic est beaucoup plus focfle : elk tend les bras à la France , et semble naimenaDl nécessaire , par le traicté seci'et qai de loorean a esté fiiit d'Espagne et de Savoie, el avec tres-{;randc facilité , parce que jnenlement tous les peuples d'icelle sont bssés de la domination espagnolic , et nomnément les citadins des villes , qui en veuUent {nademcnl à la noblesse et aux personnes pnsfantes que les Espa{pM)ls favorisent, etqui «t occtipc la domination tyrannique ; telle- Mm quil esl sans doute que dès que Vostre Majeslé paroistra avec une grande armée , IMI se révoltera contre les Espagnols , nom- ■nnentGennes , Milan , et généralement tous les peuples d^Italie, lesquels no désirent 4|i*nne noarelletc pour se soustraire de la tyrannie espagnoUe.
Les cooquestes de Piedmont et de Savoye aroient esté tnen commencées par les roys François el Henry II ; mais ils avoient oublié le principal poor la manutention d'icelles , qui est de snhre fexemple des Romains et des Tores y conquérir de proche en proche, et Usser des léguions ou grandes garnisons sur h frontière. Seroit nécessaire d*occuper toute h Savoye , le Piedmont , Nice et Gcnnes , entretenir sor la frontière de grandes garnisons, etmyner tontes les places fortes de Pied- Mnt, coBlinner ses conquestes sur TEstaide Mian . el ne tenir forteresses qu'aux frontières , redoisani le tout à Texemple des empyres, dont la force consistoit au grand nombre d'hoounes , ainsi que celle des Romains , desTvGs et des Perses : en quoi il y a quelque comparaison de la France ù icclle , d'aulanf qu'il y a nne grande quantité d'hommes, lesquels, aguerris, pourroient, à Timitation (Tîcelles, occuper nne monarchie. Et faudroit ne s'amuser point aux places de Piedmont en sorte que ce soit , et prendre premièrement les villes de Milan et de Gennos par Tassîs- Quice des peuples : Tun et Tautre est facile , tint pour rinclination d'iceux , que pour le pcn de forteresses qu'il y a. Et quant à Gencf^, elle sera aisée à surprendre par la m.?r, s'il n*y avoit que la garnison dos galloros ordinaires; sinon il la faut attaquer par la terre ,
car infailliblement les peuples do Gennes se révolteront contre la noblesse ; et laissant une légère armée devers le Piedmont , elle seroit bastante pour prendre des places, ou du moins arresleroit les forces du duc , ù ce qu il ne peusl enipesclicr la liberté d'It;die. Et ne fandroit faire comme les roys Charles VIII et François 1 firent : faudroit mettre les peuples en liberté , et les exalter contre la puissance des petits tyi*ans d'Italie , et restabtir entièrement le gouvernement populaire et aristocratique par toutes les villes, les protéger entièrement sans les abuser ; qui feroit que tous iceux ne respircroient ny ne regarderoient qu'à la France , et deviendroient ennemis du roy d^Espagne et de tous les petits potentats d'Italie.
Premier que de commencer un grand dessein , à Texcmple des anciens pères et vrays chrestiens , il se doit conseiller à Dieu , et , sans se flatter , voir la justice de Tentreprise ; laquelle une fois résolue , il faut passer sur la considération de tous les petits maux que Ton peut faire , mesmes contre la conscience , lesquels il faut mettre sous les pieds pour parvenir au but principal. Tant d'empereurs cbrestiens se sont ay dés desinfidelles : le roy François fit venir une armée turquesque au siège de Nice , et les Espagnols ont soupçonné le roy Henry III d'avoir envoyé en Ormus et à Edem, villes appartenantes en partie aux Infidelles , pour les révolter contre l'Espagne, el se joindre avec eux contre les conquestes des Indes et de Portugal. La créance qu'ils ont eu que le roy Henry IV vouloit susciter les Mores et Grenadins contre l'Espagne, a esté cause qu'ils les ont expulsi's de leur pays ; et cependant ils traictent avec les Turcs et avec les hérétiques d'Ollandc , retombant sur eux le reproche et le blasme qu ils donnoient aux autres. Geste grande entreprise est digne d'un grand, roy; et ne soroiont les foiblos desseins de Charles-Qiiint et du roy François, lesquels prenoiontou percloicnt doux ou trois villes en un esté , H alïligeoionl toute l'Europe. Qui veut commencer une guerre , il en faut projctter une tres-promplo fin , pour délivrer les hommoî^des misères qu'elle apporte , et ne se doit faire la guerre que pour avoir la paix. Pour respondrc à ceux qui demancloicnl où
MÈMOmES DE GASPARD DE SAULX ,
»eroit futilité des François, c*e8t qu*oprè9 ceste (rrande invasion de toutes parts contre les Espaf[nols, il les faudrait contraindre à une paix par laquelle ils rendissent la Flandre i la Franco , les duché de Milan et rayanme de Naples. Et ce qui fait résoudre d*employer et promettre la conqueste de Milan au duc de Savoye et Vénitiens , est parce que tMte Tllalie craint la domination , tant des F^pafpiols que des François , et aynieroient beaucoup mieux estre sous un duc particulier que sous eut , ce qui se pourrait faisant Tentrcprise d^Espagne. Mais au contraire , si c*estoitpour mettre en liberté Tltalie , qui est le meilleur dessein, fondrait entreprendre sur le duc de SaToye et Vénitiens , qui sont les premiers tyrans , et de proche en proche prendre les places pour ne laisser rien derrière. Et quand il n*y aurait autre chose , sinon de diviser ce grand empyre intelligent de rAllemagne et Espagne , et de tant de pravinces subjectes qui menacent la France, qui espient tons moyens pour la renverser , ce serait beaucoup : serait & souhaitter à Vostre Majesté que plusieurs princes et souverainetés eussent aflbibly ce grand corps qui vous est contraire, par Tacquisition de quelques membres séparés d'iceluy.
Ceux qui veulent entreprendre et accraistre leurs dominations , doivent lira les histoires anciennes du succès des desseins et entreprises passées , du natural , actions , et deportement des rays et des peuples, des fautes qu'ils ont commises , tant du passé que du présent, contre lesquels on veut foire la guerre, car rarement se changent les humeurs etnaturals ; les François sontvaillans et souvent desordonnés ; les Espagnols fins et observateurs de la milice ; les Italiens defians et peu courageux ; les Allcmans tardifs et lents à se i*esoudra ; les Genevois sans foy; les Florentins fluctuans ; et tous portés , comme le commun des hommes , à leur interest et libertés particnlicres par lesquelles il les faut esmouvoir. Sur tout , considérer les fautes que les François onifairies en leurs conquestes, pour en éviter deux qui sont très-remarquables ; la première, d'entreprendre aux provinces esloignées , et laisser les fins amis ou ennemis dci ricre , ainsi qu'il se faisoit aux conquestes
des royaumes de Naples , de Sicile et duché de Milan ; et quand ils crayoicnt avoir tout gagné , tout esloit perdu par la legeraté , défection et révolte des fins amis ^ associés et neutres. Ainsi se fit la ligue de toute Tltalie contre Charles VIII , après sa conqueste dé Naples , et les ducs de Savoye , ne gardant la fidélité qu'en tant que leurs interesta les y convient. Seroit utile de restablir les légionnaires érigés par le ray François I, pour aguer* rir la plus grand part des peuples , lesquels ne se trauverant avoir moins de courage que les Suisses ; avoir tousjours des foraes prestes pour rasister aux entreprises que le ray Ca^ tholique pourrait foire aux frontières de Provence. Ainsi serait tousjours nécessaire dV voir trois armées. Faire pravision d'une bonne somme d'argent, tant de celuy de France que des Vénitiens et alliés qui espereroient an de* bris de ccste grande puissance d*E8pagne. Les eflects passés depuis peu , après la bataille de Lépante et la gnerfe en France contre Henry IV , là où l'expérience a monstre combien les ligues , mesmement de diverses nations , ont peu de durée , et ce d'autant pins qu'elles se font entre celles qui autrefois ont esté contraires , ou en amitié avec ceux snr lesquels est l'entreprise , c'est pourqooy par nécessité les eflects de la guerre doivent estre prompts , et en peu de temps exécutés , tant par surprises de villes que par hasard dTnne bataille , laquelle doit estre cherehée deseonquerans. Pour le choix de l'un de ces deux desseins, d'Italie ou d'Espagne , ils ne rénssi* ront jamais qu'en suivant ce qui est dict cy dessus , de ne laisser rien derrier soy : et celny d*Espagne , le plus glorieux et le plus malaisé , veut une grande resolution, grand courage et beaucoup de prudence , par lesquels sera .annullée l'opinion de la difficulté de conquérir ce royaume, pour la stérilité d'iceluy; et pour l'autre dessein , changeant de proverbe, que l'Italie soit le cimetière des François , par un grand aguerriment et ordre contre les retranchemeiis des Espagnols, lesquels par un temporiscmcnt ont tousjours espéré de mattcr les François , croyant que ceux qui ont le dernier cscu ont la victoire. Et d'autant que le duc de Savoye est allié en apparence à la France , l'on le pourrait recompenser au mi-
QUATRIÈME ADVIS AU ROY LOUIS XIII
as
Bel du royonme en terres eqaipollentes à la nHeor de oe qa'il possède , si mieux il n'ai- ■oit bisser tontes les places de son Estât à la IM&ance des François. Ces entreprises bien csaduttei , et nommémeDt celle d'Italie , y obsemat les moyens cy- dessus allégués»
me l'if de de Dieu réussiroient.
Oalriaiie ftd^Ss pour faire la guerre contre les Turcs.
Ls joslice et rutilité du dessein contre les Tires est de fiicile démonstration ; reste le pouvoir de Texecuter. La religion chrestienno ■MS^ oblige : la cruauté et barbarie d'iceux se Tok joameUement en la ruync de la chresâeaté : deux mil enfans., annuellement arradws du sein de leurs père et mère, sont forcés de rcceToir les superstitions mahometancs; lescostesde TEurope courues par les pyrates ; es descentes d'iceux dans les lieux maritimes, enleYent les femmes et les cnfans , les trocipent , les Tendent comme s'ils estoicn t bestes , et ioatfs sortes de tourmens ne sontcspargnés pocr lenr fiiîre renier leur foy. Ils possèdent h Terre Saincte , arrousée de tant de sang de généreux fVançois : leur postérité est obli- {êe k cesie Tengeance ; les saincts lieux où Kottie Seigneur Jesus-Ghrist a fait tant de andes , et où son advenement a esté si divineiaent prophétisé par tant de patriarches et propbeies , illustrés de tant de merveilles eaaienws an ^ieil et nouveau Testament , les y eoBTÎenL Y a -il rien de plus raisonnable qae de chasser et chastier des meurtriers et Mnijniffuri , sans honneur , sans foy et sans kvy , viobtenrs des droicts des gens , et cnnenyide la vraie divinité? L'utiUté n*est moins ooBBÎderabie. Si Solyman eust piis Vienne en ^ AnAricfae, qu'il avoit assiégée , c'cstoit une digne rompue pour inonder rAllemagne et FEorope -, si le siège de Malte luy eust réussi , oè estoit le commerce de la chresticntc ; et si fa descente iaicte an cap d*Autrantc fiist esté auvie , lltalie estoit en branle , sans que cela eost exempté ceux qui disent en estrc fort esloignés , d'autant que , ces premières barrières fiiussces , le danger se verroit duns leur propre pays : et si les Perses fuisoient une paix asseurée avec les Turcs, touti's les puissuKes de ces infidelles tomberoicnt tout à
coup sur la chrestienté , laquelle , si no s'esveilie et s'esvertue plus qu elle no faict ^ ils trouveront de grands moyens pour la porte d*icelle. Et quoy que la quantité des Turcs ne leur permette d'occuper tant de terres , combien do fois s'cst-il veu qu'en Asie et en Affrique aucuns des roys ont pris le party des Romains contre les autres? et encore que les logions romaines en fussent assez esloignées^ ils ne laissoient , par la crainte , de prester toute obeyssance aux Romains , qui enfin les engloutissoient sous leur domination.
Les confédérations et associations , amitié et intelligence avec les Infidelles sont prohibées et défendues de Dieu, et de tres-malheureux succès : c*est la ruyne de Tempire de Gonstantinoplo , pour laquelle secourir contre les Bulgares furent invités les Turcs » guidés des chrestiens au passage d*Asie en Europe. C'est la véritable division du christianisme quand partie est joincte avec les Infidelles ; c'est la perte de la Grèce , de THongrie de nostre temps , et de la Terre Saincte conquise par nos ayeulx. C'est la mefliance et le soupçon qui empeschent l'entreprise de tous les potentats de TEurope , dont partie craignent que les alliés des Turcs ne les assistent , du moins que , se tenant neutres , ils regardassent l'aObiblissement de leurs Estats par cesto guerre , pour après les envahir et supediter r leur semble que les uns ne sont plus obligés que les autres à ce dessein , avec imprudence des roys qui ne se veulent mesler d'une telle entreprise, d'autant que ceux qui Tentreprendroient et en viendroient glorieusement à bout, fondcroient une monarchie qui leur seroit formidable ; sans considérer que si les Turcs venoient à opprimer l'Allemagne avec ceste grandeur démesurée , la France seroit en eminent péril. Et parce qu'il se dit que la France ne patit point , ains seulement l'Hongrie et autres villes maritimes , il faut se souvenir que nous sommes sous une mesme religion, et tous frères en Jesus-Christ , qu'autant devons nous avoir de regret de la- perte dos estrangei*s que des François mesmes. Aucuns rendent nécessaire Tunion de tous les princes de l'Europe pour abolir l'empyre des Turcs , ce qui est du tout impossible. Et par ceste difficulté ue faut rejetter cesto entreprise,
estant d*advi$ contraire , et semble cpie les deux coronnes de France et d'Espa{pie , aydées de ceux d*Austriche qui y sont alliés, sont suffisantes pour atterrer ceste monarchie,[empescher les autres princes de se mouvoir pendant Texecution d*icelle.
De plus , ils mettent tout {;ain en la puissance maritime , laquelle seroît utile pourconquester le royaume de CjTpre et îsics de l'Archipclague , non pour renverser cest empyre, les forces de terre demeurans sur pied ; et ainsy que disoit un des capitaines d'Anthoine h son gênerai : « Combattons là où nous avons » le pied ferme , et que nostre seule valeur » demeure dans nos courages et dans nos bras , • et ne la remettons à Tinconstance de la mer. » Et quant ^ ce qu'aucuns allèguent que les Turcs saisissans les ports de Ragouze et de Tunis , qui pourroient empeschcr le commerce en cas que Tentrcprise generalle contre eux ne se fist , il est bien vray qn il faudroit armer puissamment pour leur résister; mais quand le trafic de Levant et celuy d'Egypte et de la Palestine seroient rompus , ce seroit le profit des chresliens, d'autant que pour quelques sortes de marchandises , soyes, tapis et drogues inutiles , se porte dedans ce payslà Tor et l'argent , et ce qui est de pis , le fer de France pour nous faire la guerre , estans leurs denrées fort inutiles depuis que les costes d' AfTrique jusques aux MoUuques , et celles de Baccalaaux jusques au destroict de Magalan , nous fournissent toutes les espiceries et autres marchandises nécessaires. Et pour monstrer davantage l'utilité de ceste entreprise aux François , le dessein est profitable où il n'y a perte ; la France est tellement esloignée des Turcs , peuplée de tant de gens , qu'elle ne peut recevoir aucuns dommages d'iceux , au contraire un profit de quelque perte. C'est un peuple belliqueux , léger et inconstant qu'il faut occuper à la gueire estrangere, ou la civile prend naissance dans eux-mesmes ; c'est un sang bouillant lequel se doit purger par nnc saignée , à l'imitation des anciens, qui, à la forme des abeilles jcttant leurs essaims annuellement , envoyoient hors une grande quantité de leurs peuples , à ce que le reste dcmeurast en paix. Tels furent les Scimbres et Gaulois , dont les uns prirent Rome , les autres
furent deiuicts par Marins; tant de dispersés qui ont esté chercher la gœrre jusques au Pain Meotide en Grèce , acquérant le nom de Gallo-Grecs ; et , de la souvenance de nos ayeulx» ceux qui ont possédé Tempyre de Constanthiople et délivré la Terre Saincte : à quoy les armées et les esprits occupés ne projettent point de faux prétexte contre l'authorite royalle , pour s'en prévaloir et diviser d'Estat. L'expérience a fait voir que les entre prinses où il n'y avoit pas beaucoup d'apparence de bon succès , celles qui estoient faites par des jeunes roys en sortant de l'enfance , et quelquesf ois avec peu de forces , heureusement réussissoient : ce qui advient , parce que Dieu veut monstrer que la victoire , les progrès et bon-heurs des entreprinses dépendent tous de luy , sans qu'ils se puissent attribuer à la vaillance , prudence , et oioins aux forces des chefs , laissant toute la conduitte à Dieu , qui par miracles et merveilles rend les desseins heureux. Telle chose advint au règne de Saloiîion , depuis ^ l'entreprinse de la Terre Saincte , et de nostre temps à Charles VIII , à la conqueste d'Italie , estant foible de conseil et de complexion, dont l'arrivée estoit prophétisée ; ensuitte la liberté des Grecs à la niynede l'empyre des Turcs, si les péchés des François n'eussent détourné la volonté de Nostre Seigneur,
Il semble que Vostre Majesté, enrestre anquel elle est , tout juste , tout vertueux, plein de courage et générosité , que ceste entreprise vous soit réservée, estant en âge sur lequel les péchés n'ont eu encores aucune puissance; que s'il y en a eu , ils doivent estre attribués à ceux qui ambitieusement ont gouverné l'Estat sous le nom royal. A ce dessein est opposé deux foibles objections : l'une ,'qu'a soustenue Martin Luther : qu'il ne falloit aucunement faire la guerre aux Turcs; qu'iceux estoient une punition de Dieu qu'il faut souffrir pour l'expiation de nos péchés , et la vaincre par prières et bons exemples ; que c'est trouver à dire au cliastiment qu'il plaist à Nostre Seigneur nous envoyer : ce qu'il disoit pour avoir commencé son hérésie sous couverture deprescher contre la croisade. Au contraire , il a pieu à Dieu mettre les sceptres et les couronnes entre les mains des chrcsticns, comme elles avoient esté
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dans celles des roys d'Israël , pour opprimer les idolftlres ; differens en ce que les chrestiens , par Tobeyssaoce qu'ils deferoient aux DiagistraiSjObeyssoientaqx empereurs payens. Maintenant qu'ils ont la magistrature en main, ils y ont aussi Tespée , pour entreprendre et chastier meritoirement les Turcs , hérétiques et rebelles.
Une autre difficulté , que cependant que les souverains ont fait la guerre à la Terre Saincle , ceux qui estoient demeurés proche de leurs Estats les envahissoîent » et mesme que le roy Richard d'Angleterre fut pris prisonnier en Allemagne en revenant de ce voyage^ et qu'outre les voisins de la France il y a plusieurs partis en icelle qui pourroient entreprendre contre l'Estat en l'absence de Yos Afajestés et des forces royalles esloignées : accidents ausquels on se peut pourvoir , essayant de foire que tous les roys chrestiens fussent en bonne intelligence » ou que , pour la pieté , ceux qui n'y voudroient ayder se continssent en paix : jetter dans cette entceprise tous les plus mouvans de la France ; emmener , s'il se pouvoit , la plnspart des gens de guerre ; et lors qu'une grande armée seroit bien disciplinée , elle seroit la citadelle de l'Europe. Ainsi les empereurs romains marchoientdiligemmentd'orient en occident contre les eslevations qui s'y faisoient. Faudroit laisser des personnes fidelles et vertueuses pour régir l'Estat , et résister ani mauvais desseins en Tabsence : ainsi fit le roy saittct Louys , durant la captivité duquel n advint aucun mouvement. Puisque la justice et Tutilité paroissent « il ne reste que le pouvoir , qu'il faut premièrement chercher en la suprême puissance : se considérer soy mesme, et purger détentes ambitions et avarices, réduire ce dessein tout à la gloire de Dieu et à radvancement de la religion chrestienne, se ressouvenant que ceux qui veulent estre les premiers sont les derniers en mérite.
Et d'autant que cette guerre ne se peut bonnement faire que par le consentement et union de Vostre Majesté avec le roy d'Espagne , ou par la toUerance et support d'iceluy , ausquels deux obstacles naistronl à la source , pour le commandement gênerai et partage des conquestes, celuy qui aura plus de pieté et de dévotion le montrera en cédant le premier lieu
à son compagnon , et , ne s'en pouvant accer der, le déférer à un légat du Pape. Quant aux conquestes , s'en remettre du tout ( après qu'elles seront faîtes ) à ce qu'il plaira à Sa Saincteté d'en ordonner : heureux qui aura la plus grand part aux victoires et la moindre au partage ! A la facilité de ce dessein est grandement ng^essaire que la maison d'Austriche y favorise, pour estre toutes leurs provinces proches de celles que possèdent les Turcs. U ne faudroit suivre l'exemple de nos prédécesseurs, et moins celuy du roy sainct Louys, qui assaillirent premièrement Damiette proche la Terre Saincte; ains faudroit faire la guerre de proche en proche, délivrer les Grecs et prendre Gonstantinople , avant qu'entamer la guerre en Asie ny en Afrique, ii l'imitation des Turcs , lesquels ont laissé aucuns ennemis derrière eux. La proximité, l'alliance qui unit ces deux couronnes de France et d'Espagne , est un grand preparatif pour ce dessein , dont les contraires ( quand mesme le roy d'Angleterre en seroit) se peuvent arrester par des puissances médiocres laissées pour la protection de leurs royaumes ; à quoy serviront beaucoup cesdictes deux grandes puissances joinctes , qui peuvent donner terreur et loy à l'Europe ; et cessera par la force et raison ceste considération que les médiocres souverains ont que l'un des deux roys ne se face monarque , pour la crainte d'estre opprimés , puis que leur conqueste n'est que sur les Infidelles, mesmementsi les principaux commandements sont donnés à des personnes non suspectes , rendant participantes toutes les nations de l'honneur et du profit.
Ceste monarchie turquesque est formidable en puissance , possédant dans TEurope toute la Grèce , la Trace , Gonstantinople , les royaumes de Macédoine , l'Esclavonie , les confins de la mer Majore jusques aux Tartares , la moitié de l'Asie près Babylonne, toute la Terre Sainte , grande partie de l'Affrique , Teropire deMamelucs , le Gayre , Alexandrie , toutes les costes de Barbarie jusques en Faiz et Maroc , avec deux grands advantages sur les chrestiens : le premier , l'obeyssance en forme d'esclavilude , en (|uoy leurs gens de guerre sont réduits en créance que l'exlerminemcnt et chasliment de telle quantité que
voudra le Grand Sei{j[ncur sera receue do tout le reste ainsi qu'une punition de Dieu; et en ceste créance font aller à la {][uerre et à la mort tous leursdits subjects ainsi qu'il leur plaist, sans qu'aucuns osent demeurer en leur maison à la première apparence d'icelle : Tau* tre , que tontes ces forces sont commandées d'un seul chef, et au contraire les chrestiens sont contraints d'en avoir plusieurs , dont Tunion dure si peu , que, lors qu'il y a appa* rcnce de victoire et recevoirlesfruictsd'icclle, ils se rompent , entrent en soupçon , jaloux de la gloire Vun de l'autre ; leur semble que Texaltaiion d'un d'entre eux est le péril de son associé; qui ont divers buts, divers desseins, différents en naturel , en langues , en capitaines , en artifices , finesse et conragfes : ce qui fut expérimenté après la bataille de Lépante , qu'au lien qu'ils dévoient penser à suivre leurs victoires , foire de nouvelles conquestes , deffiance , envie et jalousie dissipèrent et annuU lerent tout leur bon-heur, et, se rendans indignées de la grâce que Dieu leur avoit faite , s'allèrent rompre et séparer au siège de Navarrin , à leur honte, chacun crai{p[iant l'entreprise de son dict associé. Tellement qu'auparavant et depuis il a tousjours esté facile aux Turcs de résister , n'ayant à faire qu'à une partie des chrestiens , aux Hongres, queU qucsfois aux Vénitiens séparés , en autre temps aux Espagnols ou Allemands , et rarement se sont jointes deux puissances contre eux , ayans ceste finesse de maintenir la paix et confédération avec tout le reste des chrestiens qui n'estoient assaillis d'eux , demeurans les esloignés paisibles ; et tant s'en faut qu'ils secourussent les oppressés , qu'ils se resjouissoient de l'affoiblissement de leurs puissances par les Infidelles.
Ces ligues tant traversées estant susceptibles de toute défiance les unes des autres, les cffects et progrès s'en doivent tirer promptement , au contraire de ceux qui ont dit qu'il falloit deux ou trois ans pour en avoir le fruict ; ains , à l'imitation d'Alexandre , qui en deux batailles dcbella Darius et toutes les forces d'Asie , et de Gesar dans les Gaules , du moins il faudroit reconquérir toute la Grèce et Gonstantinople à la première pointe des armes , et dans six mois ^ dont les moyens sont esclair-
cis cy après. L'occasion s'en présente i leur sceptre est en enfance; les prophéties, les signes , menacent d'une entière ruine et bouleversion lenr Estât : tout consiste au gain de deux batailles. Tune en Europe, l'autre en Asie. Leurs forces , leurs gens de guerre , lors que le Grand Seigneur y est en personne , peuvent estre de deux cens cinquante mil hommes , les deux tiers de peu de valleur ; à sçavoir, la cour du Grand Seigneur, les chaoux et autres , font trente mil hommes ; les tlumariaux , qui sont ceux qui possèdent les seigneuries , fiefs et biens , à charge d'entretenir nombre de soldats , peuvent estre vingt mil ; trente mil janissaires ; cinquante mil les forces d'Asie qui sont payés ; le reste des ha* zapy , qui sont les moindres soldats , la pluspart laboureurs ; et se joinct le berjer-bei de l'Asie avec celuy de l'Europe, amenant les forces qui y sont. S'ils cognoissent que ce soit un grand dessein opposite , ils s'aident de grande quantité de Tartares. Leur ordre de bataille est en trois croissans , les pointes d'iceux sont fortes , à dessein de charger par flanc , enclorre ceux qui s'y enfoncent ; et desordonnés , se retirent dans le milieu da second croissant , protégés des pointes d'iceloy, qui charge par flanc ceux qui suivent la vie* toire , cependant que les fuyards se r^allient pour retourner au combat, ayant cognoissance que la grande quantité d'escadrons emporte la moindre ; d'autant qn'enoores que leurs ennemis soient plus valeureux, Tescadron victorieux d'une charge ne le peut estre sans avoir souffert de l'embarrassement , et à la rencontre d'un qui n'a encorescombattn, quelque ordonné qu'il soit , se treuve empesché ; et leur principal stratagème est enfin d'entourner et enclorre par circulation leurs ennemis. Ils construisent un fort de pallia enchaisnés , pour se r'allier derrier à l'extrémité : devant ce fort il y a grande quantité d'artillerie , partie enchaisnée les unes aux autres , assistée de douze mil janissaires qui sont leurs meilleurs soldats , et derrier ce fort il y a de grands osts de cavalerie que nous pouvons nommer des osts de reserve en nos ordonnances de bataille ; estant r'alliés avec iccux , ils retournent au combat. Leurs armes sont des lances , cimeterres^ des arcs,
QUATRIÈME ADVIS AU ROY LOUIS XUI
aMMqaefs , peu de pistoliers , et sont couvorts de couionines , turbans , brifjantins , et fort pei de Guyraccs à Tespreuve. Le principal de kurt forces eonsiste en la cavalerie ; et dcspms pea de lemps , ayant pris pins de confiaace en kelle , ils ne s*aident des forts et pslîf qi'ib BOuloient porter avec eux. Vray tn-iltpÊt c'est pour le mespris qu'ils font des MMes armées chresliennes, et que le Grand Seignevr n'y va en personne , lequel a accous- Hoé d^avoir sa retraicte dedans et derrîer cedit fort garny de jannîssaires ; leur ariilterie placée dans icelny , excepté quelque nombre de pièces qui sont snr les flancs de la cafilerie. Ib ne sont invincibles à une beaucoup ■oitdre puissance que celle qui se peut preprer contre eux. Scanderbey, n'ayant que i*AlhaDle et partie de la Macédoine , résista iiitqu il vesqui t à toutes leurs puissances ; Jean Uayade et Mathieu Gorvin les ont esbrank'^s ; les Perses les ont plusieurs fois battus , et Taaborlam en a triomphé. Leurs victoires i*oat esté que par les fautes chrestiennes ; les as témérairement s'y sont précipités , ainsi qseJean, roy de Hongrie, qui avec quinze mil kamnes hasarda la bataille contre deux cens ■il; antres desordonnément , par ambition et jdomie , ainsi que les François, sous Jean duc de Boorgongne, qui firent la journée de Nicopoly» à laquelle , voulant devancer Thonncur des Hongres , ils perdirent le leur et Tarmée chrettienne par imprudence ; et Ladislaus Havandin qui se précipita , contre Tadvis de Jeaa Unysde. Sages par les fautes d'auu*ny , le doc de Hercur fit la retraicte de devant Caiie , et le comte Charles de Mansfeld prit h viHe de Strigonie en leur présence , par l'observaiion de ne se desbander ny suyvre b rjcfoire inconsidérément. Les généraux apprennent par les histoires anciennes et celles de Mslre temps , de ne retomber aux fautes peées , dont la plus remarquable estoit qu'en tèid'tm pende prospérité au commencement ds combat , et suivant la victoire , estoient endos, i la forme de laquelle usoicnt les Parihes envers les Romains.
Deux batailles gagnées renversent cet empyre : il n y a point de forteresses , que Bude , jnsqoes à Constantinople , laquelle ne se peut dire forte. C'est en ce dessein qu'on peut tra-
cer une grande monarchie , ne consistant qo*en la force de la campagne , et n'y a que la Pologne , l'Angleterre et la Moscovie , dont pareillement leurs puissances sont en semblable péril , n'ayans forteresses qui vaillent . Heureux Alexandre , qui finit ses conquestes en la victoire de deux batailles ! et César encores plus dans les Gaules , ayant à disputer la domination avec un million d'hommes mal disciplinés, mal armés , et sans aucune retraicte ! Que si l'un ou l'autre fussent esté en ce temps , ils eussent trouvé dans l'Allemagne , Italie , la France et la Flandre, plusieurs villes qui eussent borné leurs conquestes. Ce ne sont les forces innombrables dont les victoires dépendent : les phalanges macedoniques sous Alexandre , les légions romaines sous les Césars , aguerris au nombre de quarante et cinquante mil hommes^ ont battu les plus grands exercites mal disciplinés ; tout ne gist an nombre , ains au bon ordre et aguerriment. II y a une juste proportion à la grandeur des armées : quatre vingt mil hommes aguerris en doivent battre deux cens mil ; Tordre de ce médiocre nombre est plus aisé à tenir et à ordonner que l'excessif, oii il y a tousjours confusion , mesmement par l'advantage des armes. Contre ces cimeterres , qui ne tranchent le fer , sera à l'opposile nostre cavallcrie bien armée ; le grand nombre de picques et de mousquetaires de nostre infanterie, joincts au bon ordre et obéissance , asseureront la victoire.
Il sembloitque Tempyredes Romains et des Partîtes eussent party la force des armes , les Romains l'ayans mise en rinfanterie , et les Parthes en la cavalerie , comparée en ce temps à la cavalerie turquesque et à l'infanterie chrestienne , laquelle , bien ordonnée , doit soustenir le plus grand choc. Cleandcr en sa retraicte , avec dix mil piquiers grecs, sousUnt les forces de quatre vingt mil Barbares l'espace de soixante lieues, et se mit en seurté; Marc Anthoine , du fond de la Perse , en peu de nombre d'infanterie contre la grande cavalerie des Parthes, se retira heureusement. La turquesque ne pénétrera jamais dans les bataillons de picques , armes plusadvantageuses que les javelots des Romains ; c*est le nmi^i de la victoire ^ et où il faut mettre
ranco » joinct h un bon nombre de cavalerie nécessaire pour tenir la campagne et asscurer les vivres , en esgard que toutes les victoires turquesques sont advenues par la force de la cavalerie , laquelle il faut arrester par quarante mil hommes de pied, composés de François, Allemands , Suisses et Wallons , ay dés de la cavallerie des Hon{][rcs ^ Pollaques^ Moscovites et Tartares, lesquels sçavent combatti*e à la forme des Turcs ; vingt mil chevaux, François, Italiens et allemands , quarante mil, tant Causaques , Tartares et Moscovites , cinq mil Hongres et autant de Polonnois , nombre suffisant, à Tayde des gens de pied, pour gaigner la bataille. Et pour supléement de plus grande force f sera priée Sa Saincteté de commander à di\ mil religieux, capucins, cordeliers, carmes et jacobins , de prendre les armes pour le nom de Jesus-Christ , à quoy facilement ils seront portés , puis qu'ils pâtissent si volontairement dans les cloistres pour maintenir cesle religion ; semblablement convier partie des ecclésiastiques , à TimiUition des evesques chrestiensqui furent à la conqueste de la Terre Samcte , d'assister à cesle entreprise ; et si le nombre des chrétiens peut estre plus grand , sera tousjours plus d'avantage. Pour s'opposer à Tordre de ces trois ci*oissaiis turquesques, suivant Tancienne forme chrestienne , se séparer en avant-garde, bataille et airiere-garde ; en chacun de ces corps placer deux bataillons d'infanterie, un chacun d'iceux mesié des quatre nations susdites. La première observation est de ne mettre ces grands corps l'un après l'autre^ tellement que par la fuitte et desordre de l'un d'iceux celuy qui le soustient ne puisse estre endommagé ; et fnut chercher la campagne la plus large qui se ponrra ; et là où elle ne se treuveroit telle qu'elle seroit nécessaire , ils ne se doivent suivre de si près , que les premiers qui se retireroient rompissent les suivans. Sembleroit bon que les batsiillons d'un chacun corps demeurassent spparés de quelque quantité de pas , pour, en nn besoin , recevoir dans leurs esparos vuidtvs ceux do la cavalerie qui soroionf. désordonnés, pour après rotourner an coml^at. Los escadrons de cavalerie soroni composes de quatre cons cavaliers , et d'auianiqne toute la finesse des Turcs gist à en avoir quantité , pour par
diverses charges embrouiller les chrestiens, se résoudre à soustenir , avec im commandement gênerai, à peine de la vie , de ne chasser les fuyards infidèles plus de cinq cens pas , et nommément les cavaliers qui sont armés pesamment , s'en venant toujours ranger entre deux , ou au costé des bataillons d'infanterie , après leur charge faicte, pour ne tomber point en la faute laquelle ont encouru tous les chrestiens qui , par présomption suivant leur présumée victoire , estoient enclos dans les croissans des Turcs.
L'arriere-garde , qui est le vray ost de reserve , est rendue plus forte que tous les autres : c'est celle qui garde et conserve la vie* toire. Plusieurs ayant tenu ferme après avoir veu devant eux défaire la moitié de leur armée, les ennemis poursuivans desordoonément , les ont chargé à temps , et de vîcto-^ rieux les ont rendu vaincus. Ces espaces vnides entre les deux régiments de chacun corps , c'est le lieu où , en cas de quelque desordre et malheur , se ponrroit retirer la cavalerie chrestienne , pour se reordonner derrier les baLiillons de piquiers , et retourner au combat. L'espreuve a fait cognoistre l'utilité de faire combattre l'infanterie et la cavalerie ensemble. Seroit nécessaire d'accompagner les deux tiers des osts de cavalerie , nommément ceux qui sont armés pesamment, d'un nombre de mousquetaires et quelques carabins : ad vantage à rechercher , et qui endcmunagera grandement la cavalerie ennemie avant qu'elle vienne aux mains avec la chrestienne. L'artillerie , au nombre de huict canons , quatre coulevrines, et quarantes moyennes et bastardes, avec double attelage , seroit nécessaire , non que ce grand équipage puisse entièrement servir pour la bataille , et neantmoins seroit utile pour les sièges, advenant la victoire, ceste artillerie séparée , laissant la pluspart de la plus grosse à ran*iere-garde , et quant aux moyennes conduittes à doubles attelages , faudroit qu'elles marchassent d'un costé et d'antre de ravant-(;arde ot bataille , pour tirer promptomonl ot av:inl que les bataillons vinssent aux mains , sans noanf moins s'arresier par trop , estant expérimenté que l'artillerie a ou grand part aux victoires passées, contraignant ceux qui font forme de venir au coiobat en
QUATRIÈME ADYIS AU ROY LOUIS XIII
desordre. Neantatoins , ne seroil nécessaire de MBer ce grand nombre d*artillerie pour donner la bataille, et en faudroit laisser la moitié Jn plus prodies villes clirestiennes des frontières torqnesques , laquelle se renvoyeroit qoerir. après la victoire obtenue , pour le siège de CnBCanlinople. Et pour mieux éviter la premère ftirie de cavalerie , faudroit faire une Anne de fiort portatif , qui sont des palis enrlnisDés Tan avec Tautre , ou bien des char« rk^s attachés , et mettre sur les flancs des bataillons quantité d'iceux : a esté inventé de porter les palis susdits sur des roues de dix en dix pieds , avec lesquels on peut marcher en anot^ ce qui gist en démonstration ; inven* tioo pour ne céder aux Turcs en Tadvantafife qi*ib prennent de faire des forts, lesquels MA aussi nécessaires aux clirestiens , dont les pins forts seroient utiles à Tarriere {][arde ; et à rinîlation des Romains , les soldais qui n'ont qi'nne arquebuse pourroient porter un de ces pA. Cecy est dict pour la nécessité , quoy qae les piques clirestiennes soient de grands pdiicontre les Turcs , qui ne les peuvent en-
L*avant-garde et la bataille peuvent marcher fane après Tautre , pourveti que les corps ne sinent directement Tun derrier Tau- Ire ; ec rarrière-fprde , qui doit de tonte façon gagner la victoire, laissera un grand espace entre deux. Et soit considéré qu'enoores que la principale force soit en Tinfanterie, si fant-il que la cavalerie fasse grande- Beat son devoir , d'autant que , si elle estoit dchicte , l'infanterie recevroit un grand coup, qmyqne les anciens n'en fissent pas d'estat , et qoe tontes leurs victoires s'obtcnoicnt par les gens de pied ; c*est ponrquoy les légions romaines estans de six mil hommes, il n'y ivoit qtt*en chacune d'icelles cinq cens cava« lien , et est à présupposer qu'iceux ne comlâUoient que quand ils vouloient , et laissoient looqonrs le premier lieu de la force à l'infankrie : aiBsi sera-ce prudence qu'elle combatte Cl nesme temps , ou la première s'il se peut. A cet ellet , il faut mettre partie des escadrons de cavalerie dans le milieu , entre les deux T^pments , tant de la bataille , avant-garde , qa'arriere -garde , et pourront à temps combottre , ou se retirer s'ils en ont besoin. Aussi-
tost que les armées seront en présence , à la portée du canon , faut que l'infanterie marche incessamment en bon ordre , et aile droict à la bataille ennemie et à leur fort. Que si les Turcs viennent & la charge contre la cavalerie chrestienne, éviter leur finesse, qui est, qu'ayant plusieurs osts, les premiers s'enfuyent , et les plus proches chargent par flanc ceux qui les suivent ; ainsi se faut contenter de les mettre on routte , et tenir ferme. Les escadrons qui seroient entre les bataillons de gens de pied , et derrier iceux , pourroient sortir à temps , selon l'événement du combat, sans se desordonner pour les charges qu'ils feroient, à ce que la pluralité d'escadrons turquesqnes et les diverses charges qu'ils font ne leur peust nuire , ayans de petites troupes de cavalerie séparée , pour empescher celle des ennemis qui chargent par flanc ceux qui ont defaict les leui's. Le principal est qu'une bonne partie de la cavalerie fasse ferme sans se mesler , et sera celle qui enfin aura la victoire entière. Tout consiste à marcher en avant , défaire les vingt mil janissaires , et ga gner le fort ; non qu'il se faille tellement hastcr que nostre artillerie n'ait fait son devoir , laquelle , comme est dict cy-dessus , a tousjours grand part ù la victoire quand elle est tirée à propos , et se faut bien garder , en s'avançant trop tost, de couvrir son eflet. Aussi est-ce de l'artifice du général de faire descharger celle de l'ennemi sans beaucoup de péril, par le tournoyement de quelque cavalerie , ou autrement , desbandant quelques escadrons , qui par circulation viendront ik donner par flanc : et au pis , il faut baisser en terre les corps de nostre infanterie ù la première descharge , incontinent les relever , et marcher furieusement sans s'arrester , pour gagner l'artilleiic , là où sera le principal combat , à cause des janissaires. Que la cavalerie combatte à temps, et non toute ensemble, ayans ceux qui ont combattu la retraicte asseurée derrier les piques pour se reordonner : et sans doute , quand bien l'avant-garde n'auroit la victoire , les ennemis desordonnés , la bataille , et au pis l'arriere-garde , Tobtiendruient infailliblement, pourveu qu'ils se gardent d'estre rompus par la retraicte des leurs mesmes. L'obéissance et l'ordre , la prudence.
so
ia patience , et la prévoyance bien conduieie , la victoire est asscurée. Kt comme il y a trois croissanSy et que trois fois les Turcs se reordonnent pour retourner au combat , le mesme cOect se peut faire des chrestieus, et bien plus advantageusemcnt , pi'enant {;arde que CCS trois corps de batailles ne soient à la queue Tun de Tautre , ny les escadrons , ensorte que ce soit deirier les premiers , pour éviter confusion. Ce {j^rand nombre de chrcsliens se peut modérer , d'autant que la vaillance et genei'osité d'iceux peut obtenir la vicloire contre des gens mal armés et mal ordonnés. C'est sans doute que les Turcs ne temporiseront point f et viendront à la bataille , à quoy ils n*ont jamais manqué par le passé , non seulemenl pour ne vouloir voir ruiner leur pays , et perdre la réputation , ains principalement sçacliant que , dès que Tarmée clirestieone advancera dans la Grèce , tous les Grecs (pour lesquels il faut poiler des armes), se revoîterout contre eux. I^s vivres et l'argent sont les nerfs de b guerre : les deniei's doivent estre auparavant l'entreprise levés et mis ea reserve ; seroit nécessaire d'avoir un million d'or , et plus s il se pouvoit , après toutes les armées levées. Le roy d'Esp:igne en peut faire le plus-, Vostre Majesté une bonne partie , puisque vostre revenu est de trente millions de livres ; et seroit bon d'exciter les peuples par les prédicateurs, à l'exemple des croisades anciennes , sans suivre les fautes du passé , des deniers mal employés. Les hérétiques , quand ils n'auj'oieut fait autre mal , ont ce blasme davoir empesché les cueillettes d'argent , anuullani les pardons et autres moyens , pour lesquels ils esioient donnés libéralement contre les Iniidélies. Semble que les pères capucins S(^roi4'nt ti'ès-apies pow* conserver et manier ces deniers , les faisant assister de quelques habiles liommes. Quant à la provision de vivres, elle est joincia à uae autre importance , qui est de se rendi*e maistre de U mer par une puissante armée «avalie.
Jusques icy j^ay désiré d*assembler toutes h& ptûssattoeA d'Europe , pour, sans aucune \ dtflicullé , obtenir la victoire ; non que je vueiife euim'^é Vostre Majesté de pouvoir.
vostre royaume, avec celles d'Espagne et d'Austriche , conduire ceste entrepi'ise à heureuse fin , aydé des princes qui volontaire* ment se joindroient à vous, ainsi que plusieurs firent au dernier voyage de la Terre Saincte , où estoit Godefi'ov de Bouillon , Boemont , Tancredy, et plusieui*s autres; et pouiriez vous , aydé de toutes les nations susdictes , en nombre de plus de six vingts mil honnncs , qui sufliroient pour obtenir la vicloire , gagnant cest avantage que ceux de la maison d'Austriche se joignissent à vous , employer quelqu'un d'iceux , avec seureté de leur faire part des conquestes. Seroit U*es-necessairc d'obtenir de Sa Sainctelé de publier une croisade , kiquelle a eu tant de pouvoir au passé aux entreprises contre les Infidèles , lesquelles ne sont à rejetter , pour avoir esté , comma disent les Luthériens , une fois mai administrées. Puis qu'il n*y a qu'une Eglise, et que la créance deschrestiens catlioliques ne doute de la puissance du Pape de remettre et pardonner les péchés lors que nous nous en reS' dons dignes, ceste foy, bien entendue, el preschée par les ministres de l'Eglise, tou» diera les cœurs de beaucoup de persoooes. I/O roy sainct Louys , sans autre puissance que de son royaume , fil deux voyages contre les bifideles : que si la conduitte fust esté pnreilla au zèle et à la pieté , sans doute , avec les seules forces de son royaume, il eust (ait d'heureux progrès et de grandes eonquestes. Les Vénitiens, potur la grande quantité de vaisseaux qu'ils onc, seroient tres-utiies; et faudroit voir si ce dessein , proposé par ceux du bras du Magne , qui habitent dans la Morée des rochers non jamais suppedités par le Turc , pourroient servir à l'entreprise dé Vas» U'e Majesté.
Iceux offrent : la révolte de tous les Grecs du pays , le saccagement des Turcs qui y sont » d'occuper la testa de l'istme , et des moala* gnes dans le destroict , qui ne contient que six mil pasj lesquelles fortifiées empescbfiiU toute l'armée turquesque de venu* an secourt \k la faveur de l'hyver, durant lequd ils §*«•seurent ( aydés des chrestieas) de conquester toute la Morée , et que les Grecs f deineiH rans , preadroiii ^îjivarrin et autres UN'Mf^
jurb^4ittt ùm Di(!u, des seiiUM fommUe ; ses ovaiit U deit^Mte 4b)s ^esMeus* PluciMM
QUATRIÈME ADVIS AU ROY LOUIS XIII
ckreslieBS, tant en Allumic , que Mont-Libao, eiaulres lieux , advcrlis , favoriseront ce desleii : diverlissemenl par lequel les Turcs serom conlraiiicts de séparer leurs forces. Lors qoe Vempereur Cliarles-Quiqt entreprit en Uoogrîesoa armée navalle, sous André Dorie, bkêâ ce qu'il vouloit sur la mer , estans les TivcB empeschés en la terre. Geste armée de mer, bien conduicte , sans s'advancer qu a icfl4)Sy se tiendra dans les ports clirestiens aoeurée , tant au golphe de Venise qu autres, jusques k ce que la bataille soit donnée M h Trace , on que , contre la cousiume des Turcs , et où il n*y a apparence , ils temporilasseat ec œ voulussent venir au combat si istf. £c sekm la nécessité de vivres de Tar- ■ée terrestre , faudroit advancer ou retarder, tt là OH se trouveroit Tarmée turquesquc en MT, a'hasarder la bataille si Ion n'estoit bnnconp plus fort. Et seroit nommé un lieu M les années navalles et terrestres se juindroient , qui ne pourroit estre mieux qu'aux Dinbaelles, du costé du clmsteaude l'Europe, k rentrée de la mer de Galipoly. Et pooRoit estre Tannée chrestienne , composée de trois cens galieres, vin{;t {^alliasses, et stiuMe gallions , si le roy Catholique et les VesîiieMlOot joiocts avec Yostre Majesté. Or, ne peot-il esire en sorte que ce soit qu'avant ^■e venir en ce lieu desi{[né, la bataille ne se par mer ou par terre , et une des vicenporte l'autre : c'est pourqnoy la mariÛBe deit estre forte , recardée ou ad vanoêe , sdoB l'advis qn on aura des ennemis.
Les Tores , avans besoin de leurs meilleurs Imbbss pour la terre , n'eu auront que fort psQ IV la mer, qui rendra la victoire plus usée. Cegrand preparatif de mer se fait pour et rendre infaillible la victoire ; mais bien il n'y auroit que larmée de terre qui fiÊÊgoaal la bataille , il s*y joindroit une si Ititnde de Grecs et ciircstions qui des vivres , qn*à un besoin Ton de Tannée navalle , sinon pour k sie|»e de Constantinople , estant mal-aisé fÊê famée terrestre puisse entrer dans le fifs des enneiBis avant le aïoii de juin , pour
que sêuflnrsit autrement la ca- . Wm endroit porler fs^ktaie quantité de vioNs far émmj^ et s m peut emmciier
par le Danube , jusquos à Peste , vis h vis de Bude , sans neantmoins s y amuser, si ce n estoit que Ton y laissast huict ou dix mil hommes pour assio{;cr. Et faudroit faire des forts de huict en huict lieues, y laisser quelques {][arnisons pour favoriser le convoy des vivres, demeurant auprès de Peste une forte garnison dans le principal magasin , pour conduire les vivres à Tannée. Faudroit faire une reveue , ester toutes les bouches inutiles, et qu il ne restastque les gens de combat ^ contraignant ceux qui voudroient avoir des vallets , de les armer, ainsi que font les infidelles. La cavalerie , qui n'a moins d'afleciion et de courage que les Turcs à ptir quelques jours, pourroient porter chacun un petit sac de farine pressée à leur mode , et quelque peu de cliair en poudre , à leur imitation , du moins pour sept ou huict jours. Il faudroit un grand nombre de chariots qui portassent les vivres, ausquels on ne toucheroit qu a la nécessité , et par ordre ; et , sans s^arrestcr , marcher droict à Andiînopoly, qui est à trois petites journées près de Constantinople , ville qui est pleine de grande quantité de vivres, et sans aucunes forteresses , dont la prise est facile et nécessaire pour rassasier toute Farmée.
Faut chercher la bataille , laquelle est tousjours nécessaire aux conqucrans , et le i*etardément d'icelle est le plus grand préjudice de ceste enU*eprise. Et s*il y a du tempoi*isement des Turcs ( à quoy il n'y a point d'apparence), faut que larmée terrestre marche vers Gallipoly et les deux cliasteaux , pour recevoir les vivres et secours de Tarméc navalle , laquelle est grandement utile pour le siège de Constantinople , couppant le secours de la mer. Le cliasteau de l*Euro|)e qui est au deslroit , à l'entrée de la mer de Gallipoly , ne vaut rien, et sera aisé à prendre ; et faudra que trente navires soient cliargées de bled et farine , qui se prendront dans la Sicile , et quantité d'armes: et sans doute au mesme temps qu'on y sera il se révoltera contre le Turc cinquante mU clirestiens. Et se peut dire par celuyquiescrit, que les Turcs sont grandement subjects à Tes* pouvante et a la peur, aux médiocres pertes qu'ils souffrent : ce qu*il vit hiy estant arrivé à Ç^tihliin\\îM\Ae 'à\itàê la bataille de liépunte, vidoiN! qcH li*s eMoiias si fart « qita les loi'
danes da serrail , et tous les principaux et plus riches de Constantinople transportèrent leurs meilleurs meubles dans TAsie à Scutary , passant le traject de mer qui est entre deux. Et y a très-grande espérance qiie , si la victoire est entière par terre , qu'ils quiteront Constantinople et ne la garderont point; et quand bien ils la defendroient , elle se peut prendre en peu de temps, parce que nous sommes arrivés à la perfection d'assaillir et prendre les places ; practique de laquelle est l*obligation aux guerres de Flandre : tellement qu'avec six mil hommes assiegeans il s'en peut prendre quatre mil en une place pied à pied, renversant la terre dans les fossés, et se retranchant pour se mettre en seurlé du secours. Et quant à la foiblesse de la ville de Constantinople, sans contrescarpe , c'est un fossé à fond de cuve , trois murailles Tune sur l'autre , les deux plus basses en mode de lausse-braye , une des enceintes flanquée de tours rondes , et l'autre de quarrées , d'autant plus facile à expugner ,-que les murailles , par la furie du canon, bouleversant les unes sur les autres , font pont pour plus facilement monter à la bresche : forteresse qui seroit grandement mesprisée s'il s'en voyoit de pareilles dans la France ou dans la Flandre : tesmoignage que les Intidelles ont mis toute leur espérance en la force de la campagne , ne se souciant d aucunes fortifications que celles de leurs armes. Ce seroit beaucoup d'avoir mis les Turcs hors de l'Europe , et c'est une tres-forte barrière que les mers Majore et Méditerranée. Neantmoins, si la victoire estoit réussie , telle qu'il y a apparence quasi certaine avec Tayde de Dieu , il ne se foudroit contenter et arrester là , ains passer dans l'Asie , à l'imitation d'Alexandre , qui , sans séjourner après la première victoire , ne cessa qu'il n'eust gagné la dernière bataille et ruiné Darius. Il est certain que les premiers bonheurs estans suivis , la crainte et Tespouvante se met dans le reste, tellement que l'on a bon marché du dernier combat; et adviendroit dans l'Asie (là où les Turcs , r'asscmblant le bris de leurs deffaictcs avec les forces d'Egypte et de la Palestine , pourroient encor hasarder une bataille) la victoire , qui se peut suivre selon la disposiîon des c befs. Que s'il falloit demeurer dans
Constantinople sans passer plus avant , pour la première année faudroit edire un prince ou empereur qui la peust conserver; la plus grande seurlé seroit de passer en Asie et suivre la victoire.
Aucuns ont proposé que , pour diminuer les forces turquesques , il faudroit entreprendre en ACBrique ou en Barbarie ; qu'il y avoit apparence^ si l'on y vouloit tourner toutes les forces de la chrestienté , et aller jusqu'au Caire et Damiette, si malheureuse aux François: mal-aisé dessein^ qui ne se peut exécuter que par mer. Neantmoins les Romains ont tenu Alexandrie et l'Egypte ai importantes , aisées à conserver par quelques rebellions , qu'ils defendoient aux chevaliers romains d'y aller s'ils n'y estoient ordonnés: si le roy sainct Louys eust commencé par Alexandrie , il eust eu plus heureux succès qu'à Damiette.
I^es Turcs ont un grand advantage , en ce que leurs gens de justice, leurs religieux, financiers et tous autres vont à la guerre ; ao contraire , la moitié des chrestiens tiennent les bras croisés. Seroit nécessaire d'employer ce qui se pourroit pour gagner le Sophy de Perse , lequel a une inimitié jurée contre les Turcs : ceste nation infidelle est tres-subjecta à l'argent , et plusieurs d'eux , mesme des bachats , ont esté chrestients , et sont jaloux de la faveur les uns des autres , par laquelle émulation et despit avec de l'argent l'on en poof'* roit gagner quelqu'un. C'est pourquoy il faudroit tenter , par la religion ou par déniera , d'avoir des grands de cet Estât, qui seroit beaucoup d'advantage pour le jour d'une ba« taille , en laquelle il y a tant de différence entre l'expérience , la force et les armes avec celles des Turcs, qu'à la vérité vingt en doivent battre cent , mesmement estans conduicts par les plus grands capitaines de l'Europe , à l'exemple de Godefroy de Bouillon , qui estoit le moindre de tous les princes employéi à la guerre saincte , et neantmoins ils luy cédèrent le commandement. Ainsi faudroit -il employer les expérimentés capitaines et les plus gens de bien , lesquels obeyroient à Voft Majestés Chrestienne et Catholique , si elles y estoient en personne , qui experimenteroienC combien il y a plus d'advantage d'assaillir les
CINQUIÈME ADVIS AU ROY LOUIS Xllf.
eBMUTS dans leurs propres pays que d'aiiendre dans le leur , ainsi que les cbrestiens mal eoBKillésoiit tousjonrs fait jusques à présent. Et après la pieté et preud^bommie , qui est la me qn eonduit les victoires , la libéralité doit ettv exercée , gravant dans le cœur des nldbtt l*esperance d'bonneur et de profit. Cetf attaquer ses ennemis dans le cœur de inr eoBpyre , et non par ces foibles desseins qa ne toident qn*à acquérir une province. OU qoi escril s*est trouvé à la révolte de eott mil Moldaves et Grecs contre le Turc. iirivulCigalle » qui fut depuis bascha , avec trememilbomaies, les Moldaves en sa présence coopèrent la teste à leur chef , et firent leur pui: c'est pourquoy il faut bien prendre prde oonune il se faut servir de ces nations miMnniées à vivre en servitude. Si vous estiez ii henrenx que de gagner la première babilie , il n*y a doute que la plus-part de TEunpe ne se declarast contre ce commun enr. Et si Yostre Majesté se jette pieuseet conrageusement en celte entreprise , 1 y a beaucoup de créance qu'elle vous est râerfée , et que Dieu vous fera la grâce de heondôre à heiveuse fin.
GBfiiîeBe whH pour réduire FEorope en Tobeyssance te royi de France et d*£spagne.
PiirifiiA i^orope peut apporter quelque Hilité i la vie et du danger à la mort. Yostre Mqerté unie avec le roy d'Espagne , pouvez eoaqnerir grande partie d'icelle : c'est la terreor des Vénitiens , Anglois » petits potentaux tyriH drualie » et des princes de Tempyre , qui 9 cm crainte de la monarchie d'un de vous , tenent ci nourrissent la division entre Vos dictes Majeslés, par laquelle ils jugeroient kw liberté opprimée , nommément si l'un •incnoit ladite monarchie ; c'est pourquoy ils Maydé lonqoursau plus foible contre le plus fart , pesant leur salut à la balance et égalité de ms denz puissances , l'une desquelles ils opèrent à tous événements avoir favorable. Et qnoy qu'ils soient en semblables interests , h m sont en pareilles intelligences , ayant les défaits ooustumiers aux ligues en la resoluiion ttdvée d'icelles , quand ils ont aflaîre à des ctrps solides , contre ces confédérations de
plusieurs estais différents en prétentions , en périls et utilités. Semble que l'Angleterre devroit estre la première assaillie. Yaudroit mieux y porter la guerre que de la recevoir , et ce d'autant plus que les Ollandois ne pourroient estre ramenés à leur devoir tant que le roy d'Angleterre seroit contraire. La conqueste ne conste qu'en deux batailles: le roy d'Espagne , par le duc de Parme , l'entreprenoit avec vingt mil hommes , si son armée ne fust perie ; et le duc de Guise , pour le salut de la royne d'Ecosse , y descendoit avec douze mil. Ils sont partis en trois religions , catholiques secrets , luthériens et puritains : il n'y a doute qu'un de ces partis se joindroit avec les conquerans , gens de légère foy ; Marie d'Austriche les avoit fait catholiques , Elisabeth les retourna luthériens. Ainsi , les deux forces de Vos Majestés joinctes, l'une d'icelles , faisant descente en Angleterre , peut se rendre maistre de cette isle, cependant que l'autre attendroit dans les ports pour donner des rafraischissemcns et fortifier les conquestes. Seroit nécessaire de donner recompense au duc de Savoye de ses pays, de s'accorder à qui ils appartiendroient , d'autant que tant qu'il demeurera dans iceux , il ne cessera jamais de mettre division entre Vos Majestés Chrestienne et Catholique , pour , prenant le party d'un de vous , s'agrandir au préjudice de l'autre ; et après, quelque part que tourniez vos armes , rien ne vous seroit impossible ; ritalie , tenue par les deux bouts , facilement obéiroit, et les Ollandois ne pourroient résister. Je ne m'estendray à discourir des moyens beaucoup plus faciles de venir à bout de co dessein , d'autant que je le tiens injuste , et auquel Vos Majestés ne s'accorderoient des partages : aussi avez vous peu de droit aux royaumes] et principautés qui sont à conquérir. La Flandre seroit trop en danger si le roy de France estoit roy d'Angleterre , et le roy catholique , qui possède quasi toute l'Italie, ne voudroit point de compagnon. Que s'il y a quelque droit en cette entreprinse, ce seroit qu'en tous deux vous prissiez le nom et l'effect d'empereur , débattant la vieille querelle de réunir toutes les puissances sous l'empire romain, ou du moins que les royaumes, republiques et principautés s'assujettissent et
obéysseot à Vos Majestés à rexecation et entreprinse contre les Turcs.
Devant que Yostre Majesté cbobisse une des voyes sus-dictes, implorei la grâce de Dieu à l'acquit de yostre conscience ; connoissez vostre naturel et inclination , vostre pouvoir et celuy de vos contraires. Le premier , d'une juste tranquillité , sera Tadvis des gens de bien ; celuy contre les Espagnols et Infidèles , entrant en vous mesme » connoissez si vous vous pouvez résoudre à tous événements , accompagnés de vertu , de pieté , patience , libéralité , valeur et magnanimité , sans donner ny trop ny peu à la fortune , sans beaucoup s'arrester sur les heureux succès d'Alexandre , de Gesar , de Tfaimur. Les desseins de TEurope sont plus difficiles maintenant qu'alors , quoy que le temps et l'expérience nous ayent donné l'expugnation des places facile. Vray que Charles YIII , sans argent et peu de conseil , conquist Naples et Milan ; pareillement liOuys XII prit Milan et défit les Vénitiens. Plus difficile fut la ruyne des ducs de Bourgongne par le roy Louys XI , où il fallut que la peau du renard allongeast celle du lyon. Us s'aidèrent de l'occasion , considérant la disposition du temps de leurs aflaires, des forces ennemies et des leurs, pour rendre le succès de leur entreprise heureux ; ce qui estoit nécessaire en vostre dernier dessein, par lequel il semble qu'avez choisi du moins d'aflbiblir les hérétiques. L'empereur Charles-Quint faillit Tunis , se retira honteusement du siège de Metz ; le roy Charles IX se leva devant La Rochelle. Et n'estes le premier qui se soit redré des sièges: la proximité de l'hyver , le meslange de vostre armée de ceux de mesme religion que les rebelles , vous excusent. La réputation est un grand advantage aux souverains : semble , pour la conserver , que Yostre Majesté doit entrer par une paix le plus fort dans Montauban , rompre toutes leurs fortifications nouvelles , recevoir leurs personnes et biens en vostre protection ; et s'ils estoient bien conseillés sur ceste résistance qu'ils ont monstrée , ils Iraicteroient en toule seurté.
Que s'ils sont si aveuglés de proposer des conditions déraisonnables , croyez , Sire , qu'il est Ires-aisé de les faire obéyr, soit que sui-
viez les moyens proposés de prendre tontes: les foibles places, on attaquer celle en laquelle il semble qu'ayez laissé du vostre. U se trouvera des capitaines en vostre royaume qui 8'offi*ent (si Yostre Majesté les veut croire) de prendre Montauban dans trois mois sans beaucoup de péril , ayant une armée de trente mil hommes , la moitié d'étrangers , lansquenets , reistres et Suisses. Sinon que sans feinte vous vouliez confisquer et déserter tout le bien des rebelles > en peu de temps ils seront abandonnez des leurs mesmes. Seroit il possible que des gens sans assistance , sans argent ny alliance , peussent résister à un grand roy ayant les armes, les finances et l'authorité pour soy ? Il n'y a qu'à prendre une bonne resolution , d'autant plus considérable , qu'il semble que vostre authorité doit prendre coup pour s'affermir par ceste délibération , ou faire place à d'autres mauvais accidents qni peu* vent survenir ; pour lesquels éviter , faut mettre le tout pour le tout. Puis qu'avez con-mencé de vous jetter dans la guerre, vont estes nécessité que vos plaisirs et contentements soient dans tcelle , les armes à la main , jusqucs à ce que l'obeyssance vous soh rendue par tout vostre royaume , et que vos subjects se contentent de vivre sous la protection de vos dictes armes. jTadvoue n'avoir la prudence , le conseil ny la capacité de donner advis sur tant^ d'importance. Je du^y seule* ment qu'aucuns croyentque régner en justice et pieté , ou faire la guerre aux Infidelles, doit estre préféré à la reunion des hérétiques et entreprinse contre l'Espagne , ou assoclatioa avec eux. Si tant est que les François ne paissent vivre en paix , et que l'émulation d'honneur et d'érection de trophées en tant de provinces par vos prédécesseurs émeuvent Yostre Majesté aux armes , et qu'elle se contente de faire des actes pieux et justes qui seroientsuflsans pour servir de mémoire à la postérité que Vostre Majesté auroit heureusement régné, Dieu , qui tient le cœur des roys entreses mains, veuille conseiller et assister vostre dicte Majesté à la voye plus salutaire , accroissement de la religion catholique, bien et utilité de vos subjects , conservation de la réputation fran* çoise , à ce qu'ayez ks bénédictions divinei eo la terre et au ciel.