‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 142 sur 224 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

[ rembarrée de mesmes. La place reue par le mareschal , elle fut trouvée orte qu'on n*avoit précédemment estît selon cela les aproches se firent par es tranchées. L'artillerie plantée au *e de douze pièces , elle commença dès tin à tirer dans ceste terre nouvellement fe, où elle ne faisoitpas grand promais sur le midy , on commença à voir vers des courtines , où fennemy travailns faire contenance autre que de braves dus. Pendant cela , le mareschal orsix cens François , cinq cens Suisses et cens Italiens , pour aller à Tassant y i tenir autres trouppes prestes pour le schir et renforcer selon ce qui seroit de ig. Mais parce que le mareschal se doule le marquis de Pescaire feroit tous ses ; pour venir secourir la place , ou au empescher Tassant , il fit mettre en ba- , sur les advenues de Tennemi , tout le de Tarmée et la cavalerie , et traverser de la colline de force barricades. Cela )rdomié, il commanda qu'au premier de la trompette on marchast à 1 assaut. idis qu'il difleroit le signal , un bas^ ie la maison de Boissy, qui estoit dans andes françoises, partit de la preirouppe , et , Tarquebuse au poing , la d'une contenance fort asseurée droict resche, où arrivant il tira son coup, et (it puis Tespée au poing , combattit sur sche , si bien armé de la garde de Dieu De fust point blessé. Ses compagnons, s le jeu , partent tous de furie droict à îsche, sans attendre le signal. Quoy t, le mareschal , criant et tempestant, donner le signal, afin que tout à coup n se donnast , comme il fit , par deux icls par les autres. S'il fut bien sous- )ar ceux de dedans l'espace d'une bonne y les nostres n'assaillirent pas de moin- )ura{;e ; de manière que , voyans approleurs compagnons qui venoient à leur is firent tout à coup une grande huée, et Tent si furieusement dedans comme à perdu , qu'ils forcèrent la bresche par ige y tuans tout ce qui s'y trouva , jusques nbre de douze cens hommes , sans en

ni les mesmes goujats, la pluspart desquels avoient les armes dorées et les habillemens fort braves. Leur gouverneur, pensant fuir la mort , se jecta , blessé de vingt quatre ou vingt cinq coups , dans un puits , tous lesquels , en ce pals montueux , ont de vingt à trente toises de corde. Le marquis de Pescaire , durant que la batterie se faisoit , corn* parut avec douze cens chevaux et environ trois mil arquebusiers ; mais il n'osa jamais entreprendre de donner dans la barricade , voyant à vingt pas de là toute Tarmée en bataille serrée , et les enfans perdus mis à la barricade , qui le saluoient de force arquebusades.

De façon que le bruict et Tassant estant passé , il se retira en Alexandrie , dont il estoit party. Ainsi que le combat de Vignal fut achevé , le mareschal entra dedans , et , passant au long du puits où le capitaine Gaspard Pagan, chef du lieu, s'estoit jecté, il ouyt la voix et le bruict de ce pauvre seigneur , et demandant que c'estoit on luy dict son infortune. Il s'arresta tout court, et commanda lors qu'on luy dcvalast des cordes pour le tirer et sauver ; mais , comme le malheur ne nous poursuit jamais pour une seule fois, il advint que ce pauvre seigneur estant desjà retiré à quatre pieds près le bord du puits , que la corde se rompist , et retomba à bas plein de vie. Et toutesfois le mareschal repassa encor par là pour le voir 'et consoler : on luy dict Tinfortune, et lors» ayant plus que jamais commisération de ce desastre, il fit apporter des cordes du canon avec un grand panier au bout , qu'il fit dévaler à ce pauvre seigneur, qui à ce coup fut tiré hors si deffaict , qu'il n'avoit presque plus de sentiment. Le mareschal en eut tant de pitié , qu'il le fit porter en son logis, panser , medeciner et traicter comme s'il eust esté son parent : delà à huict jours ayant un peu reprins SCS esprits , il le renvoya sur une lictiere à bras audict marquis , lequel en rendit grâces infinies au mareschal, louant la dcbonnaireté françoise. La place fut rasée de fond en comble , pour éviter la recbeute que l'assiette de la place presentoit.

Tout achevé, le mareschal fit assembler

re un seul à mercy, non pas les garces | Tarmée en pleine campagne, a laquelle il fil

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MÉMOIRES DE BOYYIN DU VILLARS

cestc courte repreheDsion : « Mes compagnons et mes amis, j*estime cesle journée malhenreuse , en laquelle je vous ay vu violer les comroandemens de vostre chef , et la mesme discipline miliiaire que vous aviez jusqa*i ce jourdliuy religieusement observée; le combat que vous avez rendu à la prittsc de ceste place , ores que brave et {généreux , ne vous sçauroit excuser ni exempter de la peine capitalle que vous avez encourue, et de laquelle je vous ferois sentir la peine , sans la prière que tous ces princes et seigneurs m en ont faict , m*asseurant que vous laverez cy-après ceste si orde tache par quelque généreuse action à la gloire du roy et à lexpiation de vostre désobéissance , que j'en demcureray content. » Et là dessus , faisant semblant d*admirer la valeur de celuy qui estoit allé à la bresche sans commandement , promit de Iny faire du bieu s'il le recognoissoit.

Ceste amorce print si bien feu , que le pauvre Boissy se vint présenter par la main de son capitaine. Soudain le niarcschal , au lieu de le recompenser, le fit mettre ës-mains du prevost , luy en recommandant la garde au prix de sa \ie , et de le mener tousjours à la suitte de Tarmée si bien garrotte, qu'il n'eschappast. Cela faict, il fit prendre par roolle le nom de tous ceux qui avoieot conquis les treize drappoaux de ces pauvres Napolitains , à tous lesquels , estant arrivé à Thurin , il donna une chaisne d'or de cent escus, avant un cscusson en ovale au bout, avec ceste inscription : Donum Caroii Cossei, oh signum fnilitare incruenta f ignalis expu^

gnatione capium ; par ceste libéralité et faveur invitant un chacun à courageusement entreprendre toutes les plus hasardeuses entreprioses , telles ([u'avoit esté ceste-cy, à laquelle nous ne perdismes que soixante hommes et trois canonniers.

Quinze jours après son retour à Thurin , plusieurs seigneurs le pressèrent de délivrer Boissy ; mais, nu lieu de ce faire, il fit appeler au conseil tous les seigneurs de Tannée , auxquels il proposa le commandement qu'il avoit faict de n'aller à Tassaut auparavant le coup de trompette , l'audace et la témérité de Boissy à violer les lois militaires en un

affaire si dangereux qn'estoîl Vordoi d*un assaut ; que ceste faute estoit à g qu'elle ne ponvoit estre expiée qie mort de celuy qui l'avoit commiie, | quelle chacun apprendroit à se revlre vateur de ses commandemcns : tooi que cestny-cy estant sorty , ores que c vers , de la maison de feu madame sa il leur en remettoit le jugement , m les prioit tous de procéder hors toit sion. Les choses débattues par co voix , il fut jugé coulpable de mort I mareschal, lequel peu auparavant i baillé une chaisne de deux cens ei garde, me commanda de faire app prevost et Boissy ensemble.

Estans tous deux entrés en la chan le conseil se tenoit , il luy tint ce { 1 Boissy, ta vertu et ton courage , ten ment monstres à l'assaut de Yignal, i ceptibles de quelque faveur et recon tion ; mais la loy militaire , qui doit se guide à toy et à moy , et que tu as si sideremcnt violée , a faict que par l de tous ces seigneurs tu as esté jugi du dernier supplice ; mais moy, | et mesnageant Tentre-deux de la fa de la grâce , je t'ay faict porter la d'une ignominieuse prison pour exp péché et ta faute; et d'autre costé e sant la miséricorde , et considérant valeur, plustost que la malice, t'avo tomber en ceste desobéissance , je te I aujourd'huy pardonner, à la persuai prière de ces seigneurs , et recognoisti tout d'un train cest intrépide conra|*e as monstre , te jectnnt à corps perdo < bresche , dont Dieu t'a miraculensemeo pour tirer de toy quelque autre signa vice à la gloire de sa divine majesté , main en main , de celle du roy nostrc tre ; voilà pourquoy je te donne cesle < d'or (que je luy mis moy-mesme ai Vas à mon escuyer , auquel j'ay cos de te donner un cheval d'Espagne, ni tant et des armes , pour doresnavant I auprès de moy et servir en ce que je l mandcray. » Tous ces seigneurs tcoi l'acte de la correction et celuy de la r pense si admirables , qu'il n'y eost cetu

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