‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 149 sur 224 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

eust ù les diligemment amener ,' armés ou desarmés', pour les jetter dans les places , et en tirer les vieilles garnisons pour luy ai^ der à dresser une armée volante qui ne reposeroit ny ne lairroit reposer les autres.

Que Sa Majesté , au lieu de se servir de rarriere-I)an de Daulphiné , comme elle voulut faire lors qu'il estoit question de secourir Santia , en Gst lever les derniers seulement , pour les convertir à l'entretenement de ces quatre mil hommes daulphinois.

Le roy, ayant trouvé toutes les instances et remonstrances que je luy fis et justes et raisonnables , fit commandement de tous costés tant pour le faict des forces que pour celuy des payemens et pour celuy de Tartillerie aussi , et me renvoya en Piedmont le dixhuictiesme jour de février, sans toutesfois avoir pour encores ordonné les recompenses promises à ceux qui avoient dressé les entreprinses d'Albc , Verceil et Casai.

Le mareschal ayant veu que le roy desiroit fort que Bassignave fust fortifié comme Valence, manda à Sa Majesté que les affaires estoient reduicts à tel poinct , que tont ce qu'il pouvoit en attendant son secours , c'estoit de haster celle de Valence , et de la si bien munir que Tennemî ne la peust emporter, ayant desjù mis dedans deux mil François et mil , que Suisses , qu'Italiens , tous bien délibérés, mais moins pourvens de vivres qu'il ne voudroit , n'en pouvant recouvrer si promptement ; et qu'il esperoit neantmoins d'en empescher la perte , si Sa Majesté hastoit le renfort promis , se jettant tantost de l'un des cosiés du Pau , et tantost de l'autre du Tanare , avec tout ce qu'il pourroit assembler de forces ; et qu'il essayeroit sur tout de ronipre ou brusler le pont qu'il falloit que les ennemis dressassent sur le Pau pour estre secourus de vivres ; qu'en sortant de ce faict avec honneur , on entreprendra celuy de l!assignave , selon les moyens toutesfois que le roy donnera. Cependant il supplia Sa Majesté commander aux capitaines de gendarmerie , <iui estoient tons absons, hormis M. d'Aussun , de s'en venir gouverner leurs compagnies, qui se desbandoient par faute de cliels.

Du vingt-uniesme février , donna advis au roy que Je marquis de Pescaire avec

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

rarmée s'esloit allé loger à Bassignave , où le débat des vivres , qui se trouvèrent courts , avoit mis les armes au poing aux Espagnols et aux AUemans , qui s'estoient si bien entre-frottés qu*il y en avoit plus de quatre cens , que morts , que blessés , et que 8*il en eust eu des nouvelles, la charité Teust invité à les aller despartir. C'est inconvénient fit soudain desloger le marquis , qui s'en alla à Sainct-Salvador , entre Alexandrie et Casai, où il s'est mis après à assembler pionniers et redresser l'équipage de l'artillerie, ayant commandement de son maistre de Caire tous ses efforts au recouvrement de Valence , avec le renfort de huict à neuf mil hommes , qu'Allemans , qu'Italiens, qui luy seroient fournis. Duvingt-deuxiesmedttdictmois, qu'il a esté adverty que le marquis, estant en doute de ne pouvoir forcer ce grand nombre d'honunes qu'U y a dans Valence , a prins resolution d'aller fortifier Vignal , qui luy servoit d'escalle pour aller du Milannois en Ast et au Piedmont ; et qu'en l'un et en l'autre événement il est toujours nécessaire qu'il plaise au roy de diligenter le renfort promis, et le vouloir estendre pins avant qu'à deux mil Suisses , et des compagnies des sieurs d'Annebault , vidasme de Chartres et de Gonnort. '. Du premier mars , le roy manda au mareschal qu'il ne folloit pas tant corner ce renfort, duquel toutes ses dépesches estoient pleines , d'autant qu'il estoit adverty du costé dltalie que les ennemis n'estoient à beaucoup près si f6rts, ny luy si foible qu'il crioît; car le nombre des payes destiné pour le Piedmont estoit si grand , qu'il pouvoit commodément tirer à la campagne de neuf à dix mil hommes et de quatorze à quinze cens chevaux. • Qu'il trouvoit fort mauvais qu'il ne se fust arresté à Bassignave pour la fortifier, comme il pouvoit , sous la faveur des forces qu'il avoit, excedans de beaucoup celles des ennemis ; et que là où il allegueroit que les enseignes ne sont pas complettes , que c'est la propre faute de luy , lequel , ayant puissance souveraine de la part de Sa Majesté, doit chaslier les larrons et rémunérer les gens de bien; et qu'on ne laisse souvent de bien dîsner , encores que les viandes ne soient friandement préparées. '^

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