‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 151 sur 224 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

pi^il y a deçà les monts , et que Sa Majesté l'a cy-devant ordonné , on pourroit lors dire jae ce seroic un tour de capitaine inconsileré ou peu affectionné à radvancement des ftSaires de Sa Majesté; mais qui faict ce que le maîstre commande , après que la remons- Inmce au contraire a précédé , comme a souvent et souvent faict la sienne , il demeure loasjours hors de coulpe.

Quant à Bassi{piave , comment vouloit Sa Majesté qu*il la fortifiast , puis qu*il ne don- BOit pas seulement le moyen , ny de fortifier Valence , ny de la pourvoir aussi des vivres Mcessaires? D*entreprendre deux mariages à la fois, et n*avoir qu'un seul gendre ny autre moyen pour y fournir que des vaines espérances de cour , c'estoit chose qui ne se pouvoit faire : encores esperoit-il que ce ne aeroit pas peu faict à luy s*il sauvoit Valence, parmy tant et tant d*incommodités et de necesutés inexorables.

* Que s'il plaisoit à Sa Majesté d*accarrer Bcs actions , depuis le commencement de la Boerre jusqu'à ce jourd'huy, aux forces et laiix moyens qui luy avoient esté contribués, M à la longueur et à la contrariété qu'il ^voit apportée , par patience et par artifice ptvalleur, à ceste guerre, elle trouveroit e Taffection et de luy et de tous les aucapitaines et serviteurs de Sa Majesté , it de loing surmonté les mesmes espebances qu'elle en avoit, sans toutesfois que ^unais aucun d'eux s'en fust eslevé , ny l'eust jiressée d'honneurs ny de récompenses , recevans en payement leur propre vertu ec valeur, dont les âmes généreuses font plus d'estat que des biens du monde; et que , quant à luy, il ne les avoit jamais mesurés qu'à l'aulne de la réputation et de Thon- Kcur qu'on acquiert en fidèlement servant •on prince et sa patrie ; et hors cela tout luy estoît indiffèrent, estimant peu tout ce qui pouvoit advenir entre la victoire et la main mesme.

: Que l'ennemi tournoyant , comme il faisoit, le Piedmont , il s'estoit résolu d'y faire une cout*se; mais qu'il avoit auparavant bien iburny Valence , Casai , Montcalvé , Suntia , Masin et Yvrce , et qu'il avoit donné charge particulière Ji Mi d'Ampvillc de combattre et I. '

deffendre Casai, où il esloit fort aimé ,avec sa compagnie, quatre de Suisses et deux enseignes françoises au parsus la garnison ordinaire , afin qu'il peust favoriser les places qui estoient autour de luy, selon ce que les affaires le pourroîent requérir , luy semblant qu'il n'eust sceu choisir seigneur de marque qui eust plus de jugement et de valeur que luy. Que les compagnies de gendarmerie destinées pour le Piedmont avoient bien faict monstre à Lyon; mais aussi -tost qu'elles avoient touché argent , les capitaines et lieutenans s'en estoient retournés en leurs maisons, ne faisans marcher que vingt-cinq ou trente chevaux pour compagnie; et de faict que l'enseigne de M. de La Guische qui estoit arrivé n'avoit amené que vingt cellades : de manière qu'au lieu d'estre renforcé de quatre à cinq cens chevaux , il y en auroit cent ou six vingts qui toumeroient bien tost teste si les capitaines n'y venoient en propre personne les commander , comme il estoit raisonnable qu'ils fissent : qu'il s'estoit desbandé de la cavalerie légère du Piedmont plus de trois cens chevaux , qui avoient suivy M. de Guise, esperans estre mieux traictés avec luy qu'en Piedmont; en sorte que , les assignations enjambans|deux ou trois mois les unes sur les autres, chacun perdoit courage, ne pouvant avoir tant en main qu'il se peust fournir dechaussure ; et que de ces nécessités s'engendroient les maladies, les mal-heurs et les mutineries qu'il avoit toujours prévenues par l'engagement du sien propre et do ses amis , ce que ne faisoient pas messieurs les intendans des finances ny les autres , qui mesuroient assez inconsidérément les actions d'un homme d'honneur, et fidelle serviteur de son roy, à celles d'eux mesmes, qui ne volloient qu'à pas mesurés parmy le repos et l'abondance , et hors la peine et l'hasard.

Pour autant que Montcalvé n'estoit pas en si bon estât qu il peust attendre une grande force , les ennemis s'en estans approchés, il avoit envoyé dedans les capitaines Masencome et Jeronime de Thurin , et ordonné au gouverneur de Verrue de se jecter dedans si l'ennemi l'attaquoit.

Du premier mars, door la fortification fiiîte de

et desquels on ne se peut nucunomoni passer. Que de faire pour luy tout seul , il ne peut, et qu*en pensant espargner trois mil francs ppr mois on acquerra pour cent mil livres de deshonneur , et de la perte pour un million ; que s'il ne plaist à Sa Majesté d*y soudainement pourvoir , il se trouvera bien tost tout seul : de faict, depuis le parlement de M. de Guise, il n*a plus truuvé, en la plupart des personnes ny des capitaines , ceste gaillarde disposition qu'ils souloient tous avoir à bien combattre et à mieux obéir. Procédant ce desordre de trois causes : la première , de ta faute des payemens; la dcuxiesmc, du retranchement des appoinclemcns; et la troi- ^esme , de ce que , combien que tous ceux qui militent en Pii^dinont sous son commandement servent aussi iidellemcnt et courageusement Sa ]\[ajesté que font ceux de France , ils no peuvent néanmoins rapporter les grades, les biens ni les honneurs, dont ils voycnt ^ toutes heures triompher les autres : et que , puis qu'il est ainsi que son crédit voile si bas gu il ne peut moyenner leur advancement, il ne doit pas trouver mauvais qu'ils taschent de s appro(!her du soleil , pour en estre eseliaufl'és coimne les autres. Or, puisque Thon- Beur et les bicnfaicts sont les aiguillons de la jerlu , le maresclial lairra considérer à Sa Majesté si c'est chose propre et convenable à son service que les choses passent de ceste sorte , et si les inconveniens qui en pourront succéder seront à la coulpe d'iceluy ou non. Du dix-neuviesmo mars, que le sieur d*A- Oianzay, qui va trouver Sa Majesté de la part de M. d'Andelot, luy fera entendre que le nouveau re(jiment des Allemans cstoit desjà arrivé à Casai :Major ; que le cardinal de Trente pressoit fort les Milaniioisde trouver deux cens inil escuspour le payomeut de Tannée, et qu'ils avoîent accordé de les fournir pourveu qu'ils fussent (employés au recouvrement de Valence, si non autrement ; et que par la Sa Majesté de voit estre invitée à faire diligemment marcher le renfort (|u'elle avoit promis : que les trois mil Daulphinois levés par fouages estoient arrivés à Iji'ianroii ; mais ils ne vouloient passer plus outre, si Sa Majesté ne cominandoit qu'ils fussent payés , suivant ce qu'elle en avoit précédemment ordonné.

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