‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 153 sur 224 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Que , quant au" conseil que le mareschal lui demandoit sur le futur demeslement des affaires, et mesmes sur le donner ou nonba* taille aux ennemis , Sa Majesté , relevant ceste importante proposition , luy manda que luy , qui avoit tousjours si bien et si heureusement exécuté tout ce qu'il avoit entreprins , n'avoit besoin d'^Mitre conseil que de celuy qu'il sçauroit a^z prendre luy mesme , et que par ainsi elle remettoit le tout au jugement et discrétion de luy , mais plus encor à sa valeur et à sa fidélité, età celle aussi de tant de gens de bien qui estoient avec luy.

Du sixiesme avril, que, combien que tout le renfort ne soit encores arri^ , non plus que Fargent , et que les pluyes luy ayent faict perdre trois ou quatre jours, il a résolu, par le conseil universel des seigneurs de l'armée, d'aller attaquer Valfenieres, qui est la plus proche et la plus ennuyeuse.

Et de faict, environ le huict ou dixiesme dudict mois , après avoir assemblé , au mieux qu'il peut , un petit corps d'armée , il s'alla camper devant ledict Valfenieres, à la conqueste duquel chacun s'obstina de telle façon, que , combien que les pluyes et les fanges incommodassent fort et les honunes et les batteries , si est-ce neantmoins que le vingtdeuxiesme du mesme mois nos gens se preparoient avec un tel courage pour donner l'assaut, que ceux]de dedans, estonnés d'une telle resolution , donnèrent la chamade ; mais ils firent si mauvais guet pendant qu'on disputoit des capitulations , que nos gens , demy par force et demy par belles paroles , entrèrent dedans , saccagèrent et tuèrent presque tout. Il y avoit dedans six cens Espagnols , trois cens Italiens et cinq cens AUemans, soubs le capitaine Retverto, qui apprindrent, à leurs despens , que durant les parlemens sur la red* dition des places, il faut faire plus soigneuses gardes que jamais, et ne se laisser endormir de paroUes.

Or, pour autant que plusieurs se présente^ rent au mareschal pour porter les nouvelles au roy de ceste prinse, il fut advisé au conseil qu'il y faloit envoyer quelqu'un cogneu et versé aux affaires , pour vivement soliciter le roy à envoyer le payement de l'armée.

pour y redresser la réputation et les alFaircs. ( quelle , a ce deffaut , demeurera m^

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MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLAllS.

ruyne do l'estat. Je fîis choisi pour faire ce \oya{;e , rendre compte de Tcxpugnation « porter ies drapeaux et discourir au long de ce qui s'estoit passé , mais sur tout représenter au roy que si eu toute extrême diligence Sa Majesté n'envoyoit doquoy payer Tannée, que la plus part se desbandcroit , et que le reste seroit ramené aux garnisons ; que pour donner quelque loisir à Sa Majesté de pour-* voira ces nécessités inexorables, il condui- Toit Tarmée es environs de Cairas ou Gony pour manger le païs ennemi , en intention , selon ce que les derniers s*advanceroient , cTassailiir Tun ou Tautre ; # De faire instance sur le faict des poudres et renfort de la goiidanncrie , qui n*estoit encores toute arrivée , mais vcnoità la file seulement ;

. De remonstrer au roy le devoir qu'avoient fait en ccsic expugnation et aux combats de dehors , les sieurs Ludovic de liiraguo , d'Aussun , La Motte Gondrin , vicomte Gourdon , de ( Jiavigny , Saiuct-Ghaumont , Caillac , de La Cmvc, de Sanfi-é et autres ; , Qu'ainsi qu'on faisoit la depescbe dudict Boyvin il cstoit venu nouvelles que le marquis de Pescaire s'advançoit , nonobstant la prinse de Valfenieres, pour venir au combat j que là dessus h'dict sieur maresclial et tous les sei;;n(Mirs, qnoy que fatigués et lassés, comme aussi estoit I armée , avoient résolu de pri'ndro h^ lo(;is de vSainct Paul, si fort et si udvuntagcux , qu'il n y avoit à douter que la vicloirc ncdenicurast , Dieu aidant , do nostre costé.

' V oilà la principalesul)stancedcmonvoyage; le reste ce ne furent que particularités ù la recommandation de plusieurs bons serviteurs lie; Sa Majesté. Or est à noter (lu'ainsi que ces 4*ommandemcns m'estoioiit donnés , on vint ;!dvcrtir le marescbal que Boudet , secrétaire tlo M. le connestable , estoit monté à cheval au mcsme instant que la chamade se donna par ceux do \ alfonicros , et qu'il s'estoit vanlt'^ d'en porter les nouvf llos devant tout autre. Le niaroschal , se tournant vers moy , me dict : fi C'est à loi <jno ce paquet s'adresse ; je te prie , force la nature pour gaignor le devant, «ulronicnltoutiï rarmro , et moyen parlicuèier , cl toy-mesme aussi , en soullrirout. »

Je montay à cheval dix-nenf heures aprèi ledict Boudet , menant avec moy un descbevaucheurs destinés près du marescbal pov m'accompagner en ce voyage , et fis , à li vérité au danger de ma vie , si grande diligence , que , sans dormir ny manger antre* ment qu*à cheval, jegaignay Lyon tout d*iae traicte , d*où l'autre ne faisoit que partir; je m'y amusay si peu , qu'arrivant à Bessay , i une poste de Moulins , le maistre d*iceUe tte dit : « Boudet sçait bien que vous venez, d se haste fort : mais il a une malle qui Timuse beaucoup, et vous, qui n'avez quefOitre corps , le passerez tout maintenant si vou voulez , car il veut soupper à Moulins , n logis qui est devant la poste ; je vous conseille de passer outre sans desbrider ; sinon , pr^ nez un escu au poing , et iaissess aller mn postillon devant à la poste avec son buchet, et vous et vostre homme irez à pied : or taf demandera Qui va là P il dira : C'êH lepaqml. Jectez-vous loi*s soudain dans la porte du bgis , prenez les clefs et donnez un escu an gîU'çons; ils vous baillerant sans bruit le-s chevaux qui sei*ont tous prests pour l'autre : et ainsi sauvez -vous. » Ainsi dict, ainsi fut-i faict; mais lors que nous fusmes à cheval, je commençay à crier à Boudet, qui souppoil une salle basse toute de verrières : «« Meiw hastoz plus, monsieur , je vous releverayde la peine que vous preniez. » Et de faict, ce baïKlet se voyant cysellé , il s'arresia et ib rt^posa. Si je l'eusse rencontré parmy kl champs , j'eslois delil)cré de luy Uier le ckeval entre les jambes et le payer.

Le poinct de la haste ne consisloit pas a aller ou arriver premier ou second, maisbiei à provenir beaucoup de mauvais oDices qie Boudet avoit faicts et practiqués on Piedinottl contre le marescbal , qui n*estoit lors gveres bien aimé de M. le connestable , pour quelques raisons que je veux taire. Tant y a q«e j'arrivay trois jours devant Boudet à ViBîcre- Costrels , où estoit le roy , qui noe fit cesl honneur de m'embrassor doux ou trms fois, et do m'oscoulor , et gratuler fort favorablement sur tout ce que je luy discourus sur le fait dos C(!iiibats et prinse de Valfenieree, nonobstant los interruptions dudict sieur con* ncstablo; avec promesse, par Sa Majesté t

de nie renvoyer content pour le re{;ard des deniers. De là M. le eonnestable me mena à la royne et au roy dauphin , et puis après à Madame , sœur du roy , parlant à laquelle il me print telle foibicsse , qu'il me fallut porter en la {{urderobbe de madame de Brissac, sa gouvernante. Durant vingt-quatre heures je fus si mal, que sans les secours des propres médecins du roy , (|ue Sa Majesté m'envoya , j*estois mort : tant cestc dHi{;cnce , qui fut de quatre jours souleuient de Tliurin a \ illiers- Costrets , m*avoit matté ! Estant {{uery , et songeant à ce que je pourrois faire pour remettre en graco le mareschal avec leconnestable, qui m*avoit fort rudement tiaiclé quand je me mis à parler des nécessités de Tarmée, le quatriesme jour, m'estant trouvé en la chambre du roy ainsi que M. le connesmble partoit pour aller disner , je dis à Sa Majesté ^e j'avois trouvé Touverture à cesie reconciliation sans qu'elle s*en meslast gueres avant, et que j'allois donner feu à la mine devant ^u'il fust à table.

Je courus soudain chez M. le connestable ; je le trouvay qu il vouloit sortir , et medict : m Mon ami , ostez-vous de là. » Je luy respondis : « Je vous supplie , monsieui* , me permettre que je vous die quelque chose qui .ae vous dcsplaira pas. » Il se relira en un ■^eoing , et lors je luy dis : 'c Monsieur , quand Je vins vers le roy , et que je luy rendois compte de ma charge , je m*apperceus fort bien que toutes les interruptions et rabrouemiens que vous me listes ne procedoicnt pas de mauvaise volonté envers M. le mareschal, ains pour autant que , ayant ccst honneur d*e8tre vosire humble parent et serviteur, voos ne vouliez piis que Sa Majesté ny tous ces seigneurs creussent que vous le favorisez plus avant qu'un autre. Et de fait , quand je sais venu , il m*a commandé de ne m'advancer oa reculer , sinon autant que vous me comtnandcrcz , ne voulant , quant à hiy , suivre autre fortune ou tramontane (|ue la vostre , comme il seiïorce de faire cognoistre à if. d'Ampville vosire fils , qu il honore presque au pair de vous mesmes. »

Lors ce bon seigneur me mit la main sur Tespaule , et nie dict : « V(»us estes gentil

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