‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 154 sur 224 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

moy mcsmc dans mon cœur ; j ayme les miens , mais il faut que ce soit avec reteiuion, comme j*ay faict. Allez vous en m'attendrc en la | chambre du roy> et je vous feray si bien depescher que vostre maistre se louera infiniement et de moy et de vous. Je sçay que le roy a envie de vous advancer , et j'y tiendray la main. » Vous pouvez penser si je deslogeay soudain pour aller rendre raison au roy de mon combat , qui en fut si aise , qu*il n'est possible de plus , aimant le mareschal en particulier sur tous les autres ; il Tappelloit aussi sa créature. Je {faignay la chambre do roy , où peu après Sa Majesté entra , accompagné de M. leconnesUible ,qui , soudain menant le roy ù la fenestre , m'appella , et dict en ma présence au roy : » Sire , il le faut depescher dès demain , et , afin que Tarmée ne se deflace, luy faire fournir comptant soixante mil escus , qu*il faut que nous tous qui sommes ici prestions à Vostre Majesté , et que luy-mesme les porte sans passer par la main des trésoriers , qui y feroient quelque bresche. Je vay faire assembler tout vostre conseil , où il est nécessaire que Vostre Majesté se trouve pour disposer chacun ù cequo je dis. ^ Ainsi dit, ainsi fut- il fait; dès le lendemain je fus depesché du tout , et avec les plus {vracieuses promesses et paroles que j'eusse sceu désirer. Et en prenant mon congé, ledicr sieur connestable me fit donner un prcsent de huict cens escus comptans , que le roy m'avoit donnés en faveur des bonnes nouvelles et de la reconciliation.

Au refrard de toutes les dépesches particulières (|ui m'avoient esté commises, j'en raportay de qnoy contenter un chacun , et sur tous le mareschal , qui ne sravoit quelle chcre me faire, mesmes venant les mains pleines d'un si beau et d'im si soudain secours qn*estoit cehiv desdicts soixante mil escus en or , tous trebuchans , comme puisés es cabinets des plus riches seigneurs et dames de la cour.

Or , faict à noter que tandis que j'allois et que je poursuivois mes despeschos ù la cour, le mareschal trouva moyen, avec quelcjncs deniers qui furent empruntés, de consi)l(»r les soldats du travail prins à Valfenieres , vi

{[arçoD , vous avez aussi avant pénétré que 1 les animer à aller assÉ

"vec Tar*'

MÉMOIRES DE BOYVIN DU YILLARS.

tillerie : et encores que la cavallerie et fantarie fussent tous debiffés et descouragés par la pauvreté , qui ravit tousjours le cœur des plus courageux y si est-ce que la grande croyance que les uns et les autres avoîent au mareschal , leur fit oublier les misères passées, pour embrasser nouvelles espérances de gloire, de victoire et de secours y s^offrans à le^suivre par tout. En ceste disposition, U fit marcher Tannée et rartillerie contre Gairas, qui fut battu en deux batteries, avec vingt pièces, les douze sur le haut de la campagne qui tire contre Beynes , et le reste par le bas de la rivière de Sture, duquel costé il a mesme assiette que Laon en Laonois. L'artillerie fit telle diligence, qu^en trois jours il y eust bresche siâbante pour donner Tassant des deux costés. r

Par incident , je dirai icy que , durant ce demeslement , le vidame de Chartres , destiné colonnel au lieu de feu M. de Bonnivet , arriva , et en ceste arrivée , ayant promis monts et merveilles au mareschal , il traictoit avec luy avec telle familiarité que le père Caict avec Tenfent. Retournant à nos bresches , le mareschal ordonna , de costé et d*autre , ce qui luy sembla nécessaire pour aller à Tassaut et en avoir la victoire ; sur tout il ordonna que les batailtons donnassent à mesme temps Tun que Tautre , pour plus estonner et occuper tout en un coup Tennemi , ayant à respondre en deux divers endroicts. Et de faict, ayant commandé au vidame d*aller faire , avec son auctorité , marcher Tassaut d*embas soudain qu'il ouiroit un coup de canon du haut , où il se tiendroit pour le foire donner à propos ; ayant donc peu après faict tirer ce coup , et regardant ce que feroient les trouppes d*embas , il veid qu'elles se remuoient sans donner dedans, comme avoient faict celles d'enhaut : il y courut luy mesme , et trouva que le vidame avoit voulu chausser les chausses de son père, et, s'estiroant plus habile que le mareschal , il ordonnoitde Tassaut tout aur trement qu'il n'avoit faict. Je laisse à penser à un chacun quelle devoit lors estre la colère et la douleur que cecy luy devoit apporter. Lors , sans faire compte du vidame , il commanda de donner dedans : les soldats, parla révérence de leur chef souverain, et pour

amender la foute , dooner^t à la alaine de ceste montée si iurieoseaiai i ^ bresche, qu'à la deuxiesme boutade îlst^. portèrent. Pendant le combat , le vidbae v vint présenter au mareschal, lequel lay^ une si rigoureuse rq>rimaode , qu'il se ïn aima jamais depuis. Tant y a que de tas^tt d'autre nos gens combattirent si ven^i^. ment qu'ils surmontèrent la valeur de oec de dedansj au nombre de mil fonesk^ qu'Espagnols , qu' Allemans , qui fom ^ tués, et la ville saccagée de fond en o^comme fort mauvais Franç<NS que naiorekment ils estoient.

Le mareschal, parlant depuis de onn prinse, disoit avoir veu, sur le'barddeî bresche, un Allemand, ayant b barbe Ibsr che jusques à la ceinture , qui renvera ié courageusement hnict ou dix des oostn^ que , admirant son courage , il Teast foK tiers sauvéj mais il fut tué comme le8affi^ Nous y perdismes de cent i six-vingts fact mes, que morts , que blessés*

Ceste foetion, si faenreosement acheut fit reoognoistre au roy et i chacun qœ ïhc me vrayement magnanime etgeneraa^&u me estoit le mareschal, se sçavûmiir contre les nécessités , ainsi que fakibpàae contre la pesanteur de la charge.

N'est en cest endroict à obioeare tpm Cairas et Carmagnoles il y a le gros bie? de Sonunerive , ayant uo assez honchsta dans lequel commandoit le cupilUBeLaCoKi' Lyonnois, modéré au possible : cettoy-^^ qui avoit cinquante siddats avec hiy, an: recognu que ses forces n*eatnent im^M pour tenir en bride la grosse gamm^ Cairas , qui tousjours couroit et ravageok à tous costés , il eut recours à la peao do xf nard : et de foict , il dressa un filé de corè^ assez fortes , et tellement ordonaées , qnei? tendans de nuict au travers du grand àt min venant de Cairas à Sommerive, (pH i avoit cavalier ny fontaciu qui n'y desevc atrappé : d'ailleurs, pour plus senreni jouer son personnage, il cai^oit, de ccsir d*autre du filé , une vingtaine de ctmpçm qui couroient au filé, soudain que la sok? qui estoit attachée au bout, donaMaér que le poisson estoit dans la nasse. Parn

LITRE huitième;

^s fois , et par divers endroits , il y at- )a une vingtaine de chevaux , et plus de lante hommes de pied ; mais la ratoire it despuis descouverte ^ les rats n'y vint plus.

marescha! en donna advis au roy par ^mmissaire Plancy, qui arriva à Sainctlain au mesme instant que je retoumois icdmont.

Fut chargé , de la part du marescbal, de nstrer librement au roy que si , à son ée vers Sa Majesté , elle ne luy envoyoit ]ue bonne somme par les postes, il folaire estât que Sa Majesté n'auroit plus re armée que ce qui estoit départy par amisons , en tant que tout se desbandecomme il eust des-jà fàict sans ceste :he curée de Cairas, le butin' duquel

un peu adoucy la colère ; que tandis s estoient en quelque bonne humeur , il lloit mener vers Gony, abondant en vi- , pour les y raire vivre aux despens de emi , avec resolutiou de le forcer si Sa sté luy en envoyoit les moyens sans less tout estoit réduit an dernier desespoir, irrivay à Cony, huict jours après Tarmée ; sstant divulgué que IJ*avois apporté dei , chacun |se commença à resjouir et eux e^rer de Teffort de Cony. Et ens que ceste somme fust fort petite à si de debte qu'estoit celle de Tarmée , si :e que le conseil , sur ce assemblé , fut ^'is qu'on donnast à la banque cinquante ( pour capitaine , et deux ou trois escus soldats , à la proportion de leurs appoincns. Or le vidame , qui avoit envie de re un maistre de camp à sa dévotion auue le baron de Chepy , qui dependoit du du marescbal , commença à mutiner luyles les capitaines et les soldats , «Usans s ne vouloient rien recevoir , fust peu , beaucoup , que de la propre main de capitaines, qui les avoient tousjours irus, ce qu'ils ne feroient plus si ceste stoit introduite à leur préjudice.

mutinerie et le desordre passèrent si l par rinconsideration du vidame , que cens soldats se desbanderent en une trouppe pour prendre le chemin de

Le mareschal , ayant sceu ce malheur , monta soudain à cheval , accompagné d'une vingtaine de notables seigneurs , qui attrapèrent ceste trouppe, à laquelle le marescbal fit tant de plaintes etde remonstrances , meslangéestantostde menaces et tantost de promesses, qu'ils luy jurèrent ne partir de l'armée, et n'obéyr qu*à luy, rapportant ceste foute aux impressions qui leur avoient esté données au contraire de la part du vidame.

Les affaires ainsi adoucis par la prudence du mareschal , et la ville de Cony bien recognue , il fut résolu de l'assaillir avec la mine et l'artillerie , à quoy faire chacun travailla courageusement de son costé. Mais auparavant que passer plus outre , il fout dire quelle en est l'assiette , afin de mieux comprendre avec quel artifice et diligence elle fut assaillie. Elle est presque de forme ovalle , sur un tertre fort relevé , circondé des quatre costés , les deux de la rivière de Rets , fort im* petueuse , ayant ce tertre les rives si inaccessibles et droictes, qu'il n'y a point de murailles de ce costé là : de monter et descendre par là c'est chose impossible , estant composé de cailloux ronds , qui n'ont ny prinse ny tenue. Les deux autres costés sont armés d'une forte muraille , de bons fossés , et de quatre boullevards , et d'un petit , qu'on appeloit le Bastion Yerd , parce qu*il estoit tout faict de gazons , ayant un ruisseau au pied , qui foict moudre quatre moulins pour la commodité de la ville , laquelle est assez doucement relevée en haut par ces costés-là.

Il fut donc résolu que l'artillerie serott plantée en la foçade qui regarde le costé du monastère des Anges, et, qu'à cause de la grande contr'escarpe , et terre-plain qui est au dehors et au dedans , on dresseroit une plate-forme au dehors , pour battre à cavalier le dedans de la ville ; et que du costé de ce Bastion Yerd on y dresseroit une mine^ avec l'aide de quelques Anglois que le mareschal entretenoit à la suite de l'armée , laquelle ne sceut foire si bon guet que le capitaine Menegon , qui estoit parti de Fossan , n'entrast dedans avec trois cens hommes ; qui donnèrent un grand renfort aux habitans fort obstinés à la defence , et lesquels , à coups

le , pour de là se [rendre en Provence. | de frondes , tiroient incessamment de grosses

MÉMOIRES DE BOY VIN DU YILLARS

pierres qui blessèrent beaucoup de nos {jens qui s'approchoicnt un peu trop. Pendant que ceux de la plate-forme » sur laquelle furent assis et braqués huict canons , faisoient leur oflice , on travailloit diligemment à la mine , qui sadvançoit fort, sous la conduiclc du sieur de Bossane , qui se rangea au service du roy peu après laprinse de Busqué.

Or , le mareschal ayant nouvelle que Tarnire des ennemis s*asscnibloit pour venir au sccoui's , il envoya prendre h.'s chasteaux de Roques-Parviore , Demont et Kocaviou , qui sont sur Tadvenue de Tende à Cony, qui furent aisément rendus. Ceux de Ouny, se voyans si estroictemcnl bridés et battus qu ils nauroient nouvelle de secours, ny aucune relasclie pour respirer tant soit peu , entrèrent on quelqu opinion de se rendre \ comme je croy qu ils eussent faict sans un malheur qui advint de la part des nosires; c*est que quatre ou cinq soldais , parmi lesquels estoit le fils du pi-orurour du roy à Saluées , s advenlurerent une nuict d'entrer dans le fossé do la ville pour recognoisire , de la part du capitaine La Baume, leur capitaine, certain flanc de ce Ikistion Vei'd qui repondoit au fossé : ils furent descouverts et si bien chargés , que les trois n'en parlèrent plus. Ce fils du procureur du roy, blesse on une jambe toute fracassée , fut porté en la ville , sous la promesse que , luy sauvant la vie , il leur diroit un grand secret. Le Menegon Tapasta de belles paroles : lors il leur dict : •< Messieurs, ne soyez pas si mal advisés de vous rendre aux Franvois, car ils ont délibéré do tuer hommes, femmes et enfans, et du bruslerla ville , quel(|ue chose qu ils soient pour vous promettre au contraire. » Ce rappurt les mit en tel desespoir, qu'ils jurèrent de s'ensevelir tous dans les ruynes de leur patrie, et dcslors se niunlrerent plus rudes et plus obstinés que jamais au combat : et , toutesfois, c'estoit chose à laquelle jamais le mareschal ny autre n*avoit pensé, ces cruautés estant abhorrées par une anio si dcbonuaii e qu*esloit la sienne. Il v avoit dans la ville un soldat sur ce Bastion \erd, lequel , à chaque voilée que nous tiiions , nous monstruit le cul par dérision : or, pour l'altrapcr, le sieur de .Caillac commanda que des huict pièces^ qui

tiroient de ce costé-là les deux fussejat plies de cailloux, et qu'elles ne tirassent qoH peu après les autres , pour attraper le ooapagnon, comme il fut; et vismes voiler lu pièces de ce pauvre corps , qui receut leslairc de sa témérité et moquerie.

Or , la mine se trouvant preste à receiv le feu, le mareschal ordonna que tonler» mée se mottroit en bataille es environs (ie|| ville ; ordonna la forme de Tassaut , b fitmiere pointe duquel de voit estrecoodaicietf commandée par le baron de Cliepy , uaàm de camp , avec douze enseignes ctcinqsiB || gentils-hommes volontaires y et la deuxiefli pareillement par le vidame, colonncl.aitt environ autre cent gentils-hommes voloriiires et douze enseignes. Luy qui s estoit f0suadé d'estre le principal et le plus safiol chef de Tarmée , et non pas membre d'icdi^ n<^ pouvoit endurer que le mareschal diif^ sast de Tassant , ny que le baron de Cbqf fusten telle estime de condtiicte et de roilbar qu'il estoit; en liaine de quoy aucuns nudî' nerent doux grandes meschancetés : \m, qu il faloit faire tuer ledict Chepy, cdoumI fust, par derrière , marchant à l'sissaati f» tre , qu'il ne faloit seconder ceste prcDia ti'ouppe au combat , ains marcher lenteneii ù fin qu'elle f ust la pluspart defaicte , à h et deshonneur du roy et à celle dudict aM'Il chai; et qu'après ces* eschec le vidâmes» cbasl pour avoir Thonneur et la.cooqueslt

Or voyons maintenant ce qui en advint :k feu fut donné à la mine ; elle fit un si graii' eflbrt , que on pouvoit monter à cheval te la propre tranchée et rotraicte des caneBi Soudain que la poudre se fust eslevée etip l'advantage fut recogncu , le signal de T*s;)ut fut donné ; le baron de Chepy , ea doinant courageusement , fut tué par derriot Les trouppes ne laissèrent de s'advanetfi et mesme la noblesse , qui donna et enn jusques dans la tranchée ennemie , d'oà cb (ut lourdcmont repoussée, n'estant suivieooimc elle devoit. (juov vovant le mareschal,! courut du costé où estoit le vidame , qui s» vançoit leniemeni ; contre lequel se connttt* çant fort ai{j[renient , et contre ses troupp* aussi qui ne s'advançoient ny recuUoicitti' ne faisans ny l'un ny l'autre estoient Ui^i

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