‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 163 sur 224 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

l'on tient , du sieur de yillet>on , qui a du jeu.

i fréquence de pertes si notables ne : que trop de matière pour plourer IX les prospérités passées , et du cœur imités présentes , et pour autant que js n*aguieres recouvert le discours de erte de bataille , j*ay jugé qu'il ne se- *s de propos de la rapporter icy , à fin bien ou le mal qu'il y eut serve pie à ceux qui commandent les ar-

'« du voyage de Dim^uerer, envoyé par 9 mareêckal de Tertnee à monseigneur c de Guiie,

nseigneur , pour l'envie que j'ay que achiez à la vérité comme toutes choserent en nostre voyage de Dunque- 3 vous en ay bien voulu faire ce petit s qui vous fera entendre, monseique si lors que les légionnaires deestre ensemble pour faire monstre et r quant et quant eussent esté prests , issions faict une ouverture de playe si et sensible à Tennemi , que ses affaiîussent reculé de beaucoup , et le ser- I roy advancé ; mais ayant iceux leres tardé de venir plus de quinze jours âge qu'ils ne dévoient , je ne doute pas stre entreprinse ne fust descouverte dicts ennemis, qui fust cause d'une inde conséquence pour le service de ^sté ; car , si dès lors qu'elle nous cornde sortir en campaigne nous en eusu le moyen , il est bien certain que issions eu nostre commodité de faire

grande partie de ce que nous eus- >ulu. Or , estans lesdicts légionnaires a Calais le dernier jour de juin 1558 , ne jour nous les fismes marcher avec i des forces jusques sur le bord de la , en délibération de la passer le len-

pour exécuter ce que nous avions rerant nostre partement dudict Calais , >it d'aller assaillir Gravelines , de lanous espérions avoir fort bonne issue , I qu'il n'y avoit dedans que neuf ensei-

'Allemans, du régiment du colonel

Municossen , et une enseigne de Walons qui avoient tousjours accoustumé d'y estre : toutesfois , ainsi que la plus grande partie de l'armée avoit passé ladicte rivière , et que le reste suivoit à la file , un valet de chambre de Sa Majesté , nommé La Vau , survint avec une depesche dudict seigneur , par laquelle il nous foisoit entendre quelques advis qu'il avoit receus du remuement que l'ennemi vouloit faire du costé d'Arras , et que pour éviter à tous inconveniens , voyant que ses forteresses estoyent toutes desgamies de gens en ce quartier-là , il avoit advisé de les en secourir de ceux de nostre trouppe , adve« nant qu'il en receust encores quelqu'autre plus seur advertissement, et que pour ceste cause il vouloit que nous n'engageassions point nos forces en lieu dont incontinant nous ne peussions retourner en arrière quand il nous commanderoit. Qui fust occasion de nous faire interrompre le dessein qu'avions faict d'atta* quer ledict Gravelines , et en faire prendre un autre pour ne laisser les forces inutiles , et conclusmes de donner jusques à Dunquerere :] et ce faict , M. de Yillebon passa , avec la plus grande partie de la cavalerie , la rivière, pour gaigner le devant, et moy je demeuray à faire suivre le demeurant des forces , de peur que ceux de la ville leur vinssent donner sur la queue ; et ayant rendu le tout delà l'eau , nous advisasmes d'envoyer un nombre de cavalerie battre les chemins de Bourbourg et Dunquerere , laquelle , poursuivant son entreprinse , trouva un nombre de gens soubs trois enseignes , en un village nommé Mardicque , où il s'arresta pour les assiéger attendant que nous fussions là avec^ l'infanterie et artillerie ; et nous en ayant le sieur de Senarpont advertis , incontinent nous nous acheminasmes avec lesdictes gens de pied et artillerie ; mais avant que nous y peussions arriver, il fist si bien , qu'il trouva moyen de les tailler tous en pièces avec la cavalerie seule , de façon que , nous trouvant à une petite lieue dudict Dunquerere, nous advisasmes estre bon dès le jour mesmes l'aller recognoistre , ce que les seigneurs de Villebon , de Senarpont et moy executasmes , quelques saillies que ceux de dedans fissent pour nous

en vouloir eoipescber î et ayant biea à plein

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

reco{|[ncu que ce n'estoii pas forteresse pour I quelques enseignes vieilles, qui se Iomm

nous faire en{;a{][er plus haut de deux jours , nous resolusmes de TassailUr , et aussi -tost nous fisnies mardier noslrc infanlorie , et le reste de la l'avalerie , ([ui estuieut demeurés audict Mardictiue , avec la(]uelle de primeface nous fismcs abandonner à ceux qui estoient sortis de la ville le fau\-bour{;, où rinfanteric IVançoise se lo{;ea dès le soir mesme : et pour n'user d'aucune lonjjueur , la nuicl les approches furent faicit»s , et l'artillerie mise en baierie, (pii commença à Taubc du jour , et dura jusques entre neuf et dix heures , qu'elle lit quelque peu de bresche de la longucurdo cinci ou six pas. Quoy voyant ceux de dedans, et ipie nos soldats estoieut desjà au pied de la bresche. se trouvant tous estonnés de se vcoir de si pros adaipiés , ils demanderont à parlemenler, auipu'l parlement ils proposèrent des thoses si eslui^piées de la raison, que nous n'y voulusmes aucunement entendre. Kt eslans sur ci'S enU'efaictes , ayant nosdicts soldats reconnu la commodité qu'ils avoient d'entrer dedans, se mi> rent en devoir et vindrent à chef de leur entrcprinse y lesquels saccadèrent la ville ; et îiprùs les avoir laissés ce jour à faire le sac nous les fismes tous retirer au camp soubs leurs enseignes , laissant dedans deux compagnies pour la {;arde de Li vilh^ , en attendant (pie nous eussions rcsponctî du roy sur depesche (pii luy fusi portée par le sieur de Bazordan , qui retourna vers nous le dou- /iesme juillet : et par icelle depesche nous mandions à sadicte Majesté qu'il luy ph^ust nous f;iir(^ entendre sa volonté sur la fortiiicaliun d'icelle ville d(vl)uu<pierere , que nous trouvions bi(*n fort aisée. Kt durant cesle attente , à fin (pie diucun d'eux eust moyen de s*acconunoder des butins (ju'ils avoient faicts , nous les (ismi^s séjourner nn jour, (;t le lendemain nous fusmesà une autre ville, à trois lieues dndict Dunrpierere^ nommée Her{;ues, avec une [larliî* des forces pour la reco{;noistre ; et ayant veii (pie c'(»sloit eucores moins (pie ledirt Dunquerere , et aussi que quand nous les eiivoyasmes sommer ils res[>ondireiit qu'ils y vouloi(Mil tous mourir, nous y laissasm(»s le sieur de Ci-esec-pies (ït le maistre de camp Le IJreul , avec lesdicts lejjiyniiairi^s et

bien près de la ville , en intention qw partirions le lendemain de bon matin iTiek reste du camp et artillerie, pour,tOBieikl forces joinctes ensemble , assaillir b A: mais avant que j'y fusse , ni ladicteartiÙ, ledict sieur de Villeboo, qui sesloitathminé dès le matin devant , trouTa que m de ladicte ville Tavoient la nuict nhanAi^li y ayant seulement laissé quelque petit i«* bre d'hommes qui se rendirent soulaia:è (pioy m'ayant ledict sieur de Villeboiaévcriy, je fis retourner le reste desfbmi que je menois avec ladicte artillerie, a mesme lieu dont nous estions descaflfà

>• Toutesfois ce ne fust que moy tout ni je ne donnasse jusques audict Ucu de Is- {;ues pour le voir et reco;;noistre; titpâ veu qu'elle ne nous pouvoit servir, siaoi tenir nos foi^ees séparées, il fust adiviséè faire brusler ; ce qui fut exécuté le main. Cela faict et estaus tous onsemUi camp devant Dun(piererc , voyant que soldats estoieut si empesckés des butins avoient faicts , et que pour {ja^rder cel abandonnoient leurs enseignes , il fuU là dessus un conseil, où il fut rcsolg l'on feroit passer tout le butin à Calais, donner occasion aux soldats de se teojr de leurs enseignes et de faire le servioet roy , qu'ils laissoient auparavant pour dre garde à ce qu'ils avoient gagné; ce fut faict , et pour l'escorte ledict siear Villebon s'en alla avec une partie do jusques sur le bord de la rivière, et là donna chai*ge à M. de Senarpontdele duire , avec (piehpie nombre de awésê jus(pi(*s auprès de Calais; en qiioy ill bonne diligence, qu'après avoir rendu le à sauveté il revint trouver ledict sieff Villebon sur le bord de la rivière où il tendoit , et s'en vindi'cnt ensemble jusques camp, où nous les attendions juiqu.es a demain.

» Le jour niesmes je fus surpiins it goutte , (pii me tenoit aux deux pieds deux genoux , aux deux bras et au col, ment que je ne me pouvois aucunement tenir sans estre couché eu un lict, eux mesnus le sçaveni-, et, cstaul^

nité , nous regardasmes à ce que nous is faire pour le service du roy , à fin de ;ser les forces inutiles , dont i) y en âvoît S qui estoient d'advis d'aller jusques à pori; toutèsfois il se trouva une diffi-

qui estoit que d'a|ler |à ce n estôit rlcliir nos soldais pour n'en tirer après

service , et nous laisser 'en un inconit : ce qui fuf trouvé à propos ; et là

4 ledict sieur de Ville^on proposa aller l Gravelines , en allendanl |a responcc dicte Majesté , que nous espérions de

antre , sur la dçpesclie qui fui portée dict sieur de Bazordan ; à quby chacun rda , et s'en partit le dixiesme juillet , nt laissé audict Dunquerere en Testât es que j'ay dict cy dessus : et \e lendelu'il fut arrivé audict Gravelines, il me

1 m ^ • • II..

i , par le sieur de IjdorviUier et un comre de rartillêrie, comme il avoit rccbla nuict la ville , et qu'il trouvoit que ent se pouvoit faire bresche ; mais que B»(piicourt estoit dedans avec quatre >mmes. Alors je luy fis responçe qu'il ne mbloit pas raisonnable que six mil que pouvions estre dehors en assaillissent

5 m'A dans une place , et au contraire , estofs d'opinion qu'il se retirast sur le ;e de la rivière jusques à {'armée dudict de Bazordan, lequel nous apporta la che envoyée de Sa lytajesté,' par la- 3 il nous estoit mandé de fortifier ledict uerere , ayant pour cest effect envoyé mil éscus pour commencer, outesfois , voyant que l'ennemi s'estolt rcé , il nous sembla , pour ceste cause , n'y avoit nui propos de nous y amuser tors ; et m'ayant ledict sieur de Viilebon ty, le douziesme jour de juillet, par r sieur de MorvilUer, que les enneîstoient sortis de la ville tous en ba- , et qu'il sêroit bon et nécessaire que se jusques au camp pour regarder de e nous aurions à faire , je luy fis res- ! que pour ce jour là je ne m'y pouvoîs ?r , mais que le lendemain de bon matin rois , comme je ne faillis , et à mon arje trouvay ledict sieur de Viilebon qui uloit aller pourmener par le camp , leeusemble ledict sieur de Senarpbnt , le

LIVUE NEUVIÈME.

maistre de cafnp et les autres capitaines , fusmes incontinent assemblés, et fut conclud qu'à la marée l'on feroit passer tout le ba- Çaçe pour le faire acheminer droict à Calais, accompagne d'un® ^r^"PPP ^^ cavalerie, et que le jendfemain , à la mariée du matin , nous passerions avec tout le camp pour aller loger entre Éàlàis et Gravelines , au mesme lieu où nous campasmes à nostre première sortie de Calais, en intention de tfcû bouger sans cognoistre ce que Venhemî auroît délibéré de faire ; car s il s en fust retourne du cosle de Luxembourg nbslre dessein estoit de repasser l'eau et rentrer en pais , pour tant plus faciliter les entréprinsés dîi cosïé où vous estiez , monseigneur; et ainsi que nous attendions qiie ladicle marée ^ust b^sse , et que ledict bagage se mist en ordre pour passer , nous allasmes desjeuner, et après avoir beu un coup ^e montay' à cheval , ayahs prins avec môy ledict maistre dé camp et quelques autres capitaines , et allay recognoisire l'endroîct jusques où les ennemis vindréiit. , \ » Je trouvay qu ils avoient esté jusques dans nostrê camp , et à quatre cens pas près du logis d'iceluy sieùr de yillebon , mettre le feu d^ns une maison q^ui éstoit là à deux mil pas dé la ville , où l'on les pouvoit cornbaare avec grand advanlage qui eust voulu ; et demandant auKdicts maistre de camp et capitaines à quoy il dvoit tenu , ils me respondirent que c'estoit à cause du mauvais ordre qu'il y àvôit , et que personne ne leur en avoit rien commandé; et sur cela je me retirayau logis dudict sieur de Viilebon pour faire diligenter le partement dudict bagaige, où estant on nous vint advertir que Ton voyoit passer la i^iviere auxdicts ennemis au-

Eres de la ville , où la marée est plustot asse d^une bonne heure qu^au lieu où il nous faloit passer ; et voyant cela nous advisasmes de passer aussi incontinent, craignant qu'ils ne se voulussent camper entre ledict Calais et nous, pour seulement coupper le passage des vivres qui nous venoient : et là dessus ayant conlremandé ledict bagaige aflin qu ils ne passassent point , de peur de désordre, ledict sieur de Viilebon passa le premier avec toute (a cavalerie , excepté les compagnies de messieurs de Vassé et d*Ânnebaut , pour

MÉMOIRES DE BOYYIN DU VILLARS

mettre le tout en bataille à mesure qu'ils passeroient.

» Les vieux François passèrent les premiers, les légionnaires après , et les Allemans les derniers, et moy je demeuray avec quatre ou cinq cens arquebusiers et les compagnies desdicts sieurs de Yassé et d*Annebaut de delà, tant pour faire diligenter le reste desdictes forces et bagaiges, qu'aussi de crainte que ceux de la ville , où nous voyons encores remuer force enseignes au lieu mesme oii ils s'estoient campés hors ladicte ville , nous vinssent donner sur la queue , ayant envoyé dire au sieur de Villcbon qu'en faisant mettre la cavalerie en bataille, il la fist armer sur Taisle droite de quelques arquebusiers. Et estant sur le bord de la rivière en un lieu d'où je ne pouvoisvoir les ennemis et bien peu les nostrès , où je faisois diligenter le passage de ce qui estoit resté encores , Ton me vint dire que les ennemis marchoient , et qu'il seroit bon que je fusse auprès de nos gens ; pourquoy , laissant la charge pour laquelle j'estois là audict sieur d'Annebaut et au fils dudit sieur de Yassé , qui estoient avec moy , je passay du costé de nos forces , et allay droict à la teste de la moitié de nostre cavalerie , laquelle j'exiiortay de bien combattre; et voyant que lescadron de la cavalerie ennemie estoit de beaucoup plus gros que le nostre , je donnay jusques à nos gens de pied qui estoient à la main gauche , assez près de là , pour prendre un nombre d'arquebusiers et les mener à costé de la nostre pour la soustenir; ce que je fis : et après que le premier choq de la cavalerie se fit, je commençay à voir que les ennemis s'en retournoient du costé mesme qu'ils estoient venus, et nos gens parmy eux , de façon que je pensois une fois qu'ils fussent en routte.

» Quoy voyant Je m'en allay faire marcher nos gens de pied pour les mener au combat : et pour sçavoir à la vérité comme les choses passèrent audict combat , je m'en remets à tous les {;cus de bien qui y estoient, qui me gardera d'en faire aucun discours pour ne vous envoyer aussi de plus grand langage. Faict à Paris le vingtiesme jour d'aoust loJ9. «

;^ Qu'ayant sccubien au vray que le duc d'Alve

doit passer vers le roy d'Espagne j) dre resolution sur tout ce qui sera à desmesler en Italie à ceste prin desadvantage de la France , il su; humblement Sa Majesté luy doni d'aller faire un tour vers elle pom grandes et dignes considérations , dict sieur de Gonnort son frère en protestant de se rendre vers elle jours , et de s'en retourner tout au pareille diligence, afin d'estre prepa servir ce prochain esté.

Le congé fut enfin accordé au marec me il avoit demandé ; mais la froide que luy firent messieurs les cardinal Guise luy fit assez recognoistre qui bition ne pouvoit endurer près di celuy lequel , par sa vertu et par U rieux exploicts de guerre , estoit g ment recommandable , craignans qi le retint près de luy ; et toutesfois i dis desdaigné non plus que tous les et seigneurs de la France, le coi excepté , d'aller souvent à la guem commandement du mareschal , tant il sa valeur et sa vertu , n*estant lors ronnel gênerai de la cavalerie. Qas Majesté , et en public et en particulic très-bien veu et caressé ; mais il long-temps que le mareschal avoit des que ceste maison guisicnne se senoil dame de Chartres comme d'un insi fort propre à le travailler, esperanspei par ces attaques continuelles , tellenM celer le mareschal , qu'il seroit contn quitter sa place à M. d'Aumale leur f) ce faict , par Tentremise de cestuylaisserent couvertement couler, coœ avoieni desjà précédemment faict, qi accusations au préjudice du marescl quel , ayant en fin tout descouvert i le roy, eu leur propre présence, tfe pendant qu'il estoit près de luy fii formation ei de sii vie et de ses a pour^ les trouvant indignes du lieu qu' tenu , l'en faire chaslier , s'estimant h la où l'on le irouveroit avoir autreo de sa char/jo qu'en homme d*honnear, à jamais honnoré d aucun grade ny OQ dément de Sa Majesté ; et que là ci

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