LIVRE NEUVIÈME
propres amis et serviteurs , tels qu'estoit le mareschal : s^ils eussent bien considéré ce qui en advint entre César et Pompée , peut estre s*en fussent ils retournés^ on au moins ils eussent on peu lasché la corde .de Vmtc , qui n*estoiC que trop roidement bandé contre ce seigneur plein de bonté , d'honneur et de modestie.
Or le mareschal estant demeuré saiisfiiict , il fit entendre au roy que Sa Majesté estoit desjà si puissante en Piedmont , au Hontferrat , et aux Langues , qu*il ne s*y faioit plus amuser , ains porter les armes vers Gennes , Savonne et Milan mesmes , et que pour ce faire il foloit adviser à deux choses : la première , à faire que Tarmée turquesqaeae vint joindre à celle du roy pour essayer d*empor* ter tout ce qu*il y a depuis Nice jusques à Gennes , la réduisant par ce moyen à telle extrémité , que , se trouvant privée et de la mer et de la terre, elle fust contraincte se jetter entre les bras du roy ; Fautre , que pour rapporter honneur de toutes ces entreprinses, il fial<Ht adviser aux moyens nécessaires pour payer Tannée avec tel ordre , qu'on ne retombast plus aux précédons inconveniens que la nécessité avoit engendrés, aimant trop mieux , quant à luy , demeurer près Sa Majesté que de retourner delà sans avoir moyen de la bien servir comme il desiroit faire ; et qu'au change on recognoistroit la différence qu'il y a d*un naturel fidelle et débonnaire à ceux qui ne sçavent que servir du plat de la langue, et qui ont la vaillance aux talons, i
Ces seigneurs , qui ne demandoient pentestre que les siens , tindrent souvent conseil pour trouver dequoy luy fournir ce qu'il demandoit ; en fin , ayans calculé les forces et la despense , avec celle de l'artillerie et des vi* vres, ils luy firent despescher un estât des assignations qui luy seroient particulièrement
•aire elles se tronteroient autant honno- »s et fidelles qu*elles estojent , que ces irats fiCGusateurs , qui se mesloient de lire et causer de plus gens de bien qu'ils irent ny seroient peut estre jamais, fusfort exemplairement chastiés; et que sstoient de sa portée , qu'il auroit le couaussi bon que l'espée pour les en faire ire.
roy y qui en son particulier aimoit unilent le mareschal , et qui recognut bien I n'y promplement remédiant il en sortiquelques desmenlis en campagne qui illeroient le monde , il print le tout sur et déclara, presens tous les seigneurs cour, qu'il sçavoit que le mareschal rendu et à luy et à sa couronne tant de is et de mémorables services , qu'il avoit iuste occasion de l'en grandement aimer, jver et estimer , comme il feisoit ; et que snoit à sa cognoissance que qui que ce n parlast autrement , qu'il feroit cognoistout le monde combien les mesdisans et ivieux luy estoient à contre cœur, et que Ltention estoit plustost d'augmenter que minuer kl charge et l'auctorité qu'il avoit Qctement maniée parmi toutes sortes de usités et de fortunes , et dont il esperoit endre la condigne recompense qu'il mesi tost que Dieu luy donneroit la paix. mr de Sa Majesté envers le mareschal rta jusqu'à dire au vidame qu'il estoit Qgrat envers luy, à la seule Âveur du* elle luy avoit donné Testât de colonnel ; l'aatrement elle n eust jamais faict , et i doreanavant il n'honoroit et reveroît rescbal , qu'il le priveroit de sa charge, ire ouvertement ce qui en est , il semble » princes de la maison de Guise se monsit un peu trop aspres à Tembrassement ^ .
raires , veu la grande puissance qu'ils ' affectées , et qu'ils asseurerent estre bonnes
)t desjà en main, et avec laquelle ils lient doucement caresser et gratifier belle ame du mareschal, et modérer intentions, se souvenant que le trop est urs dangereux par tout, mais mortelle* parmi les ambitions mal mesurées ; car se maintenir seuls au maniement de . ils sont contraincts de faire assez soûles fascheries ou irriter à tort leurs
et recevables , et toutesfois , s'en estant dili* gemment enquis, il trouva que c'estoit marchandise meslée, et dont se plaignant, on lui fit response que c'estoit tout ce que la nécessité des affaires avoit peu permettre , et qu'estant à Lyon il essayast de faire party de celles qui estoient les plus vertueuses, et que le roy en porteroit la perte et Tinterest.
Estant enrores en cour , je supHay lo ma-
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
resclial d obtenir du roy pour moy un estât de secrétaire des finances , comme Tavoit eu Millet . secrétaire de M. de Guise , à sou retour d'Italie. Le roy le trouva bou , remettant toutosfois tout au cardinal , auquel le inareschal on parla en u)a présence ; la responce qu il fit, ce fust que la misère des affaires rcipieroit qu*on cassast , non pas qu'on au|;mentast les ofliciers. La jeunesse , la colère et l'inlerest pariiculior , me i)ortereut lors à luy respondre tout sur le champ : » Si vous avez trouvé raisonnable, monsieur , que Millet, secrétaire de .M. de Guise vostre frère, en ait eu un pour ce {glorieux voyage de kuîct mois qu*il a faict en Italie , |)ourquoy le ti*ouvez vous mauvais pour moy, qui sers il y a dix ans , estant uuict et jour quasi tousjours à cheval ?» Il me tourna la teste sans autre response , sinon qu'il y ]>euseroit. Je m'en plai{;nis au roy, qui me dictées mesmcs mots : « Boy vin , mon amy , ne le fasche point , car je te promets qu'il ne passera {jueros de temps que tu u'ayes mieux que tout cela , et par la main de moy-mesme qui te veux approcher de moy. » Et de faict je sceus par M. de Fresne ilobei-tet , secrétaire d'estat , que Sa Majesté me reservoit plus que je ne pouvois jamais espérer , et que le commandement en estoit desjà faict à luy et ù messieurs ses compagnons. Aucuns diront que j'ay tort de rapporter en ce théâtre ce qui me touche , et moy je respuns (lu'il est permis à celuy qui est mal traicti'; pour les bons services qu'il a rendus d'en repousser Taudace par le propre récit de ses mérites.
* Quoy qu'il y ait , qu'il s en fallut retourner en Piedmont avec ces belles dopesclies , qui ne portèrent depuis gueres de fruicl, les passions particulières esiaiis trop avant enveloppées parmy le service du maistre, qui porta la peine des fautes d'autruy, ains que la (in de vos Mémoires fera r(»co{;noislre au doijft et à ro'il aux moins passionm's. Tant y a que les gens de bien qui ont le maniement de Testât doivent faire la {{uerre , non aux )onan{;es ou aiix mérites dos hommes , ains ù leurs actions si elles ont esté mauvaises.
Le mareschal , rslaiil Mnivéà Lyon , eslima que c'estoii chose ijiiptM'lineuie , de retourner
en Piedmont sans premièrement recojnoisire seulement ; que Lioux , gouTeriieiir d*AÎI
quel fondement il poarroit faire sur les gnatious qui luy avoient esté données pov payer Tarmée de partie du passé , et cowquemment de Tadvenir , et niesmes ewyer de porter une ou deux payes avec luy , IV mée estant en ceste attente.
Le sieur du Plessis, déclaré intendant fa finances au lieu du président Bailly , arm bien tost après luy ; toutes sortes de paitii furent tentés, tant avec le genei*al Oellieie, M. Obrets , qu'autres ; mais il se trouva qae la pluspart desdictes assi{;nations estoient i frivoles , qu'à peine en pouvoit on espérer h moitié : ce qui f ust remonstré au roy , et qae les soldats du Piedmont , qui avoient arraté leur espérance sur le retour dudict maresdal, se mutineroient s'ils le voyoient arriver la mains vuides; et que là où Sa Majesté ne povroit faire fournir d'autres assignations fe celles qui avoient esté baillées, qu'il vaUt mieux retenir la pluspart des forces qui avoiol esté ordonnées pour le Piedmont , que de loif conduire pour en recevoir de la honte et à dommage.
Le mois de may et tout celuy de jû tt rent employés en ces pratiques , en cesiemonstrances et répliques ; Biais en fin toaiei que le maresclial sccut faire , avec l-aide et dict sieur du Plessis , ce fut de Caire rdoir le régiment du baron de Uelven , et dépoter avec luy une paye aux soldats. Cepewhi Gonnort donna advisaumaresclialqueledc d'ilrbin avoit prinsle service d'Espagiie;^* les galleres de Gennes se preparoient fm enlever dix-sept ensiMgnes d'Espagnob «I huict de lansquenets , pour les trajetier à& pies ;'que tout aussi-tost qu'ils seroîentdefchargés en terre , qu'elles relouroeroiei prendre le duc d'Alve et sa femme ; qiiek marquis de Tariife estoit destiné vice roy de Naples , au lieu de domp Garcia de ToUêdo, et le duc de Sesse de Lombardie an lieoà Figuerol ; que Tarmée turquesque deioil venir en ces mers pour aider runircprinseà Savonne ; (]ue les ennemis du costé de Hibi font nouvelles levées au lieu de celles q> sont parties, et que luy , au rebours d'en, peri tous les jours les siennes par faute à payement , n'estans secourus que de Jià
avoit délibéré de quitter sa charge , à cause du reffus qu'on luy avoil faict de convertir sa compagnie de gens de pied en cavalerie : que les ennemis se sont leiiés en campa{p[ie pour aller prendre Robcllc et plusieurs autres chasieaux du Monlferrat , et qu*il fera tous ses efforts pour les secourir.
Qu'ayant crainte que les ennemis prinssent aussi Primel , qu'il Tavoit fuiet brusier ; que la (erreur de la venue do Tarmce tiiniuesque avoit tellement esbranlé les Gcnnois , qirils avoient envoyé de grands prescns au baeba qui la commande , et qu'il leur avoit couvertement promis de ne les endommager aucunement : voyià le fiat qu'il y a en la palenostre des InHddes.
Que les Impériaux faisoicnt grand amas de TÎvres pour avictuailler Cuiras, Fossan et Cony reduicts à nécessite extrême.
Qu'il esloit nécessaire de casser six ou sept capitaines qui mutinoient touie Tarmée , pour le renforcement de laquelle commençoient à arriver quelques crues assez mal equippécs. je voudrois , à ce propos , que les François lissent en p:ireille occasion ce que font les Espagnols ; c'est que (out aussi tost qu'il arrive en Italie quekpic trouppe de pied-deseliaux, qu'ils appellent bisognes, les vieilles *, bandes s'assemblent pour délibérer sur la pa- #rade de ceux-cy , aux(|uels l'un contribue les "' louliera , le cliuppeau , et les autres de main en main tout ce qui est nécessaire pour le remplumer de pièces rapportées , et surtout pour luy apprendre son entregent ; à quoy fiiire ils sont tous si soigneux , que en moins de rien vous les prendriez pour anciens gouzmancs , que nous appelions lances-spezades à rimitution des Ituliens , mais , à mon advis , selon nous appointés en la funterie : quant à la morgue, cela ne leur manque jamais.
Gonnort , qui trottoit tousjours de costé et d'autre, tant pour surprendre (pie pour n'estre surprins , fut adverty que cent chevaux et quatre cens faniacins estoicnt partis de Verceil , Triii et Saincl Germain, pour aller faire sur les communes du Biellois l'exaction des vingt doux mil cscus dont il a esté cy-devant parlé ; toutes lesquelles en ayans eu avis , envoyèrent soudain à Santia prier Ludovic