‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 165 sur 224 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Birague de les venir secourir j estans résolus | . ayani

de prendre les aimes pour se conserver sous l'obéissance du roy : luy , qui commandoit à une grosse garnison , qui ne demandoit pas meilleur pain, fit soudain monter à cheval six-vingts chevaux et quatre cens fantacins choisis sous vaillans capitaines , auxquels il commanda que rencontrans l'ennemi , qu'ils menassent les mains basses sans en prendre nul à mercy. Ainsi commandé , tout ainsi futil rudement exécuté ; à quoy faire les communes s'espargnerent si peu , que dix huict pauvres diables qui s'estoient sauvés furent suivis et massacrés comme tous les autres. .

Birague avoit fort sagement mesnagé une entreprinse sur Sainct Germain , laquelle il ne peut exécuter à cause des grandes eaux qui survindrent tout à coup du costé de ladicte Serre.

En mesme instant , Le Birague donna advis au mareschal qu'il avoit surprins les lettres du Figuerol , dans lesquelles il faisoit mention d'un certain Hierome empereur napoli* tain , et jadis soldat de Charles son frère » lequel s'estoit allé rendre à Vulpian lors qu'on marchoit à l'entreprinse de Verceil, et qui estoit lors soldat dans Trin; que ce devoit estre luy et non autre qui avoit l'entreprinse sur Ghivas dont le mareschal l'avoit adverty; qu'il veilloit de si près sur luy , qu'il l'attrapera et fera pendre ; qu'il avoit sceu que le commissaire des Impériaux et Lomelline avoient n'aguieres dit au gouverneur de Novarre qu'il seroit bien-tost plus hautement appointé qu'il n'estoit pas , et dans Casai mesme ; sur quoy il faloit veiller de près pour n'estre surprins.

Que les forces des Ferrarois estoicnt arrivées à Scaldapol , Orno, Serpengo et Sainct Angelo, vers la route de Santia ; que l'ennemi, ayant sceu la nouvelle de la venue du Turc , faisoit nouvelles levées pour envoyer en Sardaigne ; que le comte de Valence est (out recentement arrivé à Mortare avec douze cens hommes , et que ce doit esirc , vcu le propos dudict commissaire , pour entreprendre sur Casai , dont il a donné advis au gouverneur.

En ces entrefaictes le duc de Ferrare remercia le mareschal du secours qu'il luy avoit offert, c* -^'-is de besoing ,

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MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

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de Florence cl de Parme , sur laquelle il altendoit la ratification de rËspa{;nol , duquel il esloit en doute , puis que , nonobstant icelle , il faisait advictuailler Scandian ; que le duc de Parme s' estant à son préjudice esgaré en bravades , qu'il avuit commandé au prince son fils d'assembler ses forces et de courir sus a ceux qui voudroicnt empescher ses desseins -, que les adversaires ayans reco{;neu ceste resolution, tant s'en Taloit qu ils eussent levé les armes , qu'au contraire ils estoieut allés saluer son fils , et promis de mettre dans deux jours en ses mains la place de Montechio , dans lequel il avoit résolu de mettre puis une forte garnison ; et que les ckos;'S succedans ainsi , que toutes les forces qui estoiont de ce costé làtourneroicnt teste vers le Piedmont , comme elles firent depuis

C'estoit véritablement mal mesnagcr les alTaires de Sa Majesté par ceux qui en avoient lors le maniement , que de ne penser seulement ù autre chose qu'à se dcOaire du marescbal et le renvoyer sous des espérances Taines comme ils feisoient, ne considerans pas que ce ne seroit luy qui en recevroit le dommage , ains le roy mesme , à qui le tout appartenoit; mais la passion et leur advancement particulier les aveugloit tellement, qu'ils ne se soucioient par avaoture pas beaucoup des pertes du maistre , pourveu que la gloire du marescbal , qu'ils avoient tant à contrecœur , vint à recevoir quelque obscurcissement.

Il eut cependant advis que Le Figuerol avoit apporté de quoy payer l'armée ennemie pour tirer à la campagne ; sur quoy il siupplia le roy de faire haster les levées de Languedoc , Provence et Daupliiné.

Estant party de Lyon et arrivé à Saiuct- Micliel, il receut lettres du sieur de Gonnort, son frère , qu'il avoit laissé en Piedmont , par lesquelles il luy mandoit que le duc de Sesse estoit arrivé à Milan lieutenant gênerai du roy d'Espagne, et que de tous cosics forces se preparoient pour assaillir le Piedmont; tpioy estant , il estoit hors de propos d'en rotiror trois compagnies de gendarmerie, romme Sa Majesté vouloil faire , et poiu- l'en ilpsmouvoir il luy envoya les propres IjUres dndict sieur de Gonnort, qui ne profilèrent

de rien , la passion des ministres surmoBtaBil la raison.

Le vingiiesme juillet 1558, le maresdal, arrivant en Piedmont, trouva les eaaeaii prests à marcher en campagne avec les fbita suivantes : à sçavoir, unze compagnies de gendarmerie , vingt de cavalerie , neuf ni Allemans sous trente-sept ensei{pies^ trois 08 Espagnols sous vingt-six enseignes, six ni Italiens, sans autres deux mil hommes rappelés de Nice , de Gennes et Savonne , sur la ^^ iruicte qu'a faict l'armée turquesque, n'estant employée comme elle devoit estre pir les resolutions prinses avec le marescbal aspuravant son parlement d'aupi*ès da rvf. I3caucoup de gens eurent lors opinion qa'oi avoit tout expressément renvoyé ceste anaée pour crainte qu'à la favem* d' icelle le mar» chai ne fist les conquestes qu'il esperoitdt costé de la marine, en tant que la prospentf d'icellcs eust peut estre reculé ou obscwtf la gloire et le crédit de ceux qui envioîeatli sienne , ou , pour mieux dire , celle du miltre. Je lairray maintenant juger à ceux qi ont quelque connoissance de la guerre et de l'estat , si ce n'est pas un fort advanlagen mesnage de se tromper soy-mesme , et ni pas le marescbal, luy donnant de hmm assignations ; et de travailler aussi beaucoiy pour avoir ceste puissante armée turquesqUi qui ne coiistoit du tout rien, et puis la renvofff sans en tirer le grand fruict qu'elle poafoit rendre , et faire aussi par là recogndstre 11 Grand Seigneur nos inconsiderations etiv foiblesses.

Qu'au lieu de porter profict , comme elle devoit , au roy, elle luy avoit , par le OMh traire , apporté un fort préjudiciable interest, en tant que la terreur qu'elle avoit donné aux Gcnnois les avoit contraints de solliciter ceste armée que les ennemis avoient mise sbs pour les rcdimer du danger qu'ils eosseit couru ; et de faict ils avoient fourny dcai cens cinquante mil escus , par le moyen desquels on fit revenir de Naples sept ou bniec mil hommes qui peut -estre n'en eussent bougé.

Le roy fut soudain adverty de tout cccfi et supplié d'y vouloir peurvoir d'heure, oob-

sidérant ce que pouvoit foire une année de

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